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09/02/2019 06:00 EST | Actualisé 09/02/2019 06:00 EST

La force nécessaire

Utiliser la force nécessaire est un concept assez vague. En fait, juste assez pour que tout le monde soit en désaccord.

Exemple de gants d'assault, renforcés aux jointures, dans ce cas-ci portés par un membre du SWAT («Special Weapons And Tactics»), aux États-Unis.
nimis69 via Getty Images
Exemple de gants d'assault, renforcés aux jointures, dans ce cas-ci portés par un membre du SWAT («Special Weapons And Tactics»), aux États-Unis.

À Ottawa, nous assistons au procès d'un policier qui aurait asséné un coup de «gant d'assaut» fatal pour maîtriser un homme de couleur en crise.

J'écoutais les commentaires de ce matin à la télé de Radio-Canada. «On ne devrait pas envoyer des policiers sur les lieux de tels événements». «La police devrait suivre des cours pour tenter de maîtriser les gens en crise et en délire». Jusqu'au: «C'est un crime raciste».

Tout cela tient du fait qu'une opération policière se fait en quelques minutes et qu'il faut doser l'intervention. Les spécialistes ne veulent plus que les policiers utilisent les balles de caoutchouc: on peut tuer avec ça. Les spécialistes ne recommandent plus le «Teaser»: on peut tuer avec ça. Le poivre de Cayenne est plus souvent inopérant dans les circonstances. Le bâton n'est pas la solution et le gant d'assaut* ne le sera plus. Il reste l'arme de service, et ça, on ne peut s'y tromper... c'est létal!

Comment juger de la force nécessaire lors d'une intervention?

Maintenant, la force nécessaire: comment juger de la force nécessaire lors d'une intervention? Dans ma vie de flic, j'ai eu à me confronter au moins vingt reprises à des «psychiatrisés en pleine crise». Dans 95% des cas... il a fallu me battre pour maîtriser la personne devant moi. Parfois, il fallait les étouffer, les contenir et souvent à deux ou à trois.

Les citoyens d'aujourd'hui s'offusqueraient de nos méthodes. Mais quand ce même citoyen est aux prises avec un bonhomme dangereux, il est plutôt heureux de voir arriver des gens capables de faire face à la situation.

Lors d'interventions contre des gens qui ne sont pas tout à fait avec nous, il y a des risques. Parfois, les policiers n'ont pas le temps d'élaborer des stratégies. Souvent, ils doivent être créatifs et, si cette créativité est d'employer la force nécessaire, alors ils l'appliquent.

Ceci me rappelle une petite histoire. Nous étions de nuit sur l'autoradio quand un homme «s'est jeté» sur notre voiture. C'était un vétéran de la guerre. Une fois maîtrisé, il est revenu calme, mais nous avons décidé de l'emmener quand même à l'hôpital des vétérans. Pendant le voyage, il a eu trois crises du même genre et j'ai dû lui passer les menottes.

La docteure de garde me passa «un savon du Diable», j'étais sans cœur et sans sensibilité. Maintenant détaché et avec la jolie doctoresse, notre bonhomme lui sauta dessus, déchira son joli sarrau et cassa tous les instruments à portée de la main. J'ai dû affronter l'homme dans un réduit de deux mètres par deux. Ce fut une belle bagarre et la doctoresse se confondit en excuses... après lui avoir administré une dose impressionnante de somnifère.

En 1987, j'ai connu de près l'affaire Griffith et ses séquelles: passer des dimanches à recevoir à déjeuner des membres de la communauté noire venant nous dire à quel point nous étions racistes. En plus de se faire insulter et traiter de tueurs de «n*gres» par une population exaltée.

En 2008, j'ai aussi été impliqué dans l'affaire Villanueva dans un rôle de conciliateur. J'ai reçu les mêmes doléances et récriminations. «Tous les flics blancs sont racistes». Certains affirmaient même que nous avions tué plus de 30 Noirs dans les dernières années.

Ce que je veux faire comprendre avec tous ces cas, c'est que nous ne choisissons jamais les appels. Les policiers doivent penser rapidement et intervenir tout aussi rapidement. Ils n'ont pas le temps de se réchauffer les muscles ou de planifier les opérations. Si, dans le feu de l'action, un coup de poing s'impose...

Nous pourrons toujours blâmer le policier. «J'aurais fait ça comme ça.» «Il aurait dû faire telle chose.» «Et pourquoi avoir utilisé ceci au lieu de cela». Même avec un entrainement correct, il y aura toujours des bavures.

Tentez d'imaginer le nombre d'appels de ce genre dans une seule année. C'est presque un miracle qu'il n'y ait pas plus d'incidents déplorables.

Ce qui me fascine dans tout ça — et dans tous les cas où il s'agit d'une minorité —, c'est qu'immédiatement, des groupes de pression se forment et tentent rapidement de s'emparer de ces incidents et de les dénoncer comme étant du racisme.

Utiliser la force nécessaire est un concept assez vague. En fait, juste assez pour que tout le monde soit en désaccord.

*Gants d'assaut: gants de cuir renforcés aux jointures.

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