Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.
Les blogues

Le système, le pédophile et ses pulsions

Le jeune pédophile n'aura mis que quelques semaines avant de succomber à ses pulsions. Moins de cinq mois après sa libération, il est de nouveau derrière les barreaux.

Depuis le 28 juillet dernier, Phylip St Jacques est de retour en prison pour les mêmes délits pour lesquels il avait été arrêté le 14 décembre 2014. L'homme était dehors depuis le 2 février 2016. Donc, moins de cinq mois après sa libération, il est de nouveau derrière les barreaux. En moins de deux mois, il aura brisé la presque totalité des conditions imposées par la cour.

Il faut se rappeler qu'en 2014, j'ai malheureusement dû me battre contre un système policier déficient, les enquêteurs de grands corps policiers du Québec refusant de s'investir dans une enquête qui se serait avérée longue et complexe.

Dans un premier temps, nous avions un jeune homme du nom de Phylip St-Jacques qui écumait les sites et blogues sur l'autisme, se rendant pratiquement indispensable auprès de mères d'enfants autistes plus que démunies. Dans un deuxième temps, tissant sa toile patiemment, il implorait ces mères de l'aider dans son hygiène corporelle. Il demandait ainsi de voir comment elles faisaient avec leurs enfants. De fil en aiguille, il aura approché plus de 109 mères en moins d'une année.

Après avoir vainement tenté d'intéresser les différents corps policiers, parce que je ne voulais pas laisser tomber ces mères dévastées, j'ai dû en tant qu'ex-enquêteur monter une petite équipe de bénévoles pour m'attaquer à ce dossier. Il fallait rencontrer plusieurs victimes, consoler, conseiller, retenir des pères, colliger des centaines et des centaines de pages de conversations, retracer les enfants sur les photos en notre possession. Bref, une enquête comme elles devraient toutes être menées. J'ai aussi fait arrêter ce pédophile en juin 2014, au parc La Fontaine, pour des bris de conditions.

Ce sera la SQ qui, finalement, reprendra le dossier monté et prêt pour la cour. Résultat : 14 mois de détention préventive, plaidoyer de culpabilité et une série de conditions dites sévères.

Malheureusement, le jeune pédophile n'aura mis que quelques semaines avant de succomber à ses pulsions. Il a fait son retour en ligne, sur des sites de végétariens cette fois. J'imagine qu'il se sentait assez sûr de lui. Reprenant exactement le même modus operandi, il a échangé des photos d'enfants, tenté de travailler là où il y avait des enfants, réussissant à entrer chez des mères alors qu'elles ne connaissaient rien de son passé.

Cette fois, grâce à une jeune femme plus soupçonneuse, il se fera prendre en flagrant délit.

Je dois féliciter les policiers qui ont agi avec une étonnante célérité. Onze chefs d'accusation, ce n'est pas rien. Notre Phylip n'a pas chômé. S'il est reconnu coupable, il aura certainement une peine de plus de deux ans, sa première ayant été une du même ordre. La société sera encore une fois protégée pendant quelques mois.

Maintenant, que faire avec ce jeune homme? Une peine de prison? Il a passé quatorze mois en isolement, du temps dur. Il a été vu par un psy de la défense, qui ne le considérait pas comme pédophile. Il a reçu tellement de conditions que le simple fait de sortir de chez lui devait devenir une aventure. Je n'ai pas l'ombre d'une idée de nouvelles conditions à lui imposer. Interdiction de tout cellulaire, interdiction de tout ordinateur, interdiction de sortir de chez lui sans sa mère, un bracelet électronique. Mais tout comme les tueurs en série, les pédophiles sont des gens de pulsions, n'ayant que peu d'empathie, manipulateurs et menteurs. Ils n'ont qu'un but : assouvir leurs désirs. Leurs victimes ne sont que des objets sexuels et leurs pulsions sont toujours plus fortes que la peur de se faire prendre.

Comme le disait dernièrement un détenu pédophile : «Laissez-moi en dedans, je sais que si je sors, je serai un danger pour la société.»

Nous ne pouvons faire cela, alors Phylip devra raffiner ses approches et nous devrons continuer à le surveiller.

Si d'aventure, vous êtes une mère de victime qui ne connaît pas Phylip St Jacques, n'hésitez pas à communiquer avec les enquêteurs de la SQ du module crimes sexuels.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.