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16/09/2016 10:46 EDT | Actualisé 16/09/2016 10:47 EDT

Opération SharQc: tout ça pour ça!

C'est bien joli de démolir un local des Hells, c'est bien de montrer des motos saisies, quelques armes et de la drogue. Mais quand quelques années plus tard, la majorité des accusations tombent et que l'on remet pour 500 000 $ de biens, il n'y a pas de quoi pavoiser.

Voilà, ça devait arriver. Les Hells sont venus récupérer le butin saisi lors des perquisitions. Une bagatelle d'un demi-million de dollars. Nous n'en sommes plus à quelques dollars de plus ou de moins. Cette comédie bouffe nous aura coûté, selon le Journal de Montréal, 30 millions de dollars en frais d'avocats et entre cinq à six millions en frais de filatures, perquisitions, arrestations, enquêtes et préparation de dossiers. Sans oublier un petit trois millions pour le délateur et un autre petit million pour sa sécurité. Donc si je sais compter, un total conservateur de quarante millions de dollars. En ces temps de compressions budgétaires, ce n'est pas rien.

Le gouvernement de l'époque nous avait raconté qu'il avait fait un coup fumant en réduisant en miettes les derniers membres de cette grande confrérie. Après le demi-succès du projet Amigo au printemps 2001, l'opération SharQc devait asséner un certain coup de grâce aux bandes de motards organisées. C'était sans compter sur la présence d'avocats vénaux et retors, de redoutables spadassins ayant devant eux quelques bons procureurs aux prises avec une tonne de paperasse et de preuves à décortiquer.

SharQc a démontré que la méthode GRC -- « Je t'en donne tellement que tu vas te noyer » -- ne fonctionne que lorsque la défense n'a que peu de moyens à sa disposition. Ayant réussi à se faire payer par leurs accusateurs, les avocats des Hells se sont mis au travail et la Couronne n'a pu soutenir le rythme.

Les «mégas trucs», quand ils fonctionnent, c'est joli, mais quand ils foirent, ils mégafoirent.

C'est bien joli de démolir un local des Hells, c'est bien de montrer des motos saisies, quelques armes et de la drogue. Mais quand quelques années plus tard, la majorité des accusations tombent et que l'on remet pour 500 000 $ de biens, il n'y a pas de quoi pavoiser. Comme le disait un de mes anciens patrons : « On ne peut pas tous les gagner. » Mais à ce prix-là, pouvait-on se permettre de perdre?

Maintenant que les groupes de motards se sont réorganisés, ils sortent sans pudeur les couleurs qu'ils avaient dû cacher pour un temps. Nous verrons de plus en plus de « Full Patchs » retourner à des activités lucratives tout autant qu'illégales.

Le travail n'a pas été fait, il n'y aura pas d'enquête sur les « pourquoi ». Les affaires Davidson, Roberge et Paul ont malheureusement défrayé les manchettes, mais il y a plus. Des méthodes inefficaces, du laxisme, de la mauvaise gestion et voilà le résultat. Ne me dites pas que personne n'est à blâmer, que c'est la faute à pas de chance. Ces excuses sont pour les perdants.

Comment les départements de police pourront à l'avenir justifier les grandes opérations? Comment les procureurs de la Couronne feront-ils pour démontrer qu'ils peuvent mener à bien des enquêtes d'envergure? La question qui se pose est celle-ci : combien de fois pouvons-nous dépenser 40 millions sans obtenir de résultats, ou si peu?

Il y avait une vieille méthode à l'époque qui consistait à s'attaquer au groupe membre par membre. Cette méthode a fonctionné assez bien dans les années 70 et 80 et même jusqu'à la moitié des années 90. Les « mégas trucs », quand ils fonctionnent, c'est joli, mais quand ils foirent, ils mégafoirent. En attendant, ce sont 40 millions qui n'iront pas dans l'éducation ou les hôpitaux.

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