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24/02/2018 08:00 EST | Actualisé 24/02/2018 08:00 EST

Ne pas vouloir devenir enquêteur au SPVM

On ne peut pas blâmer les jeunes policiers de ne pas vouloir devenir des robots.

D-Keine via Getty Images

Le 16 février dernier, le Journal de Montréalet TVA rapportaient un manque d'enthousiasme, pour la fonction d'enquêteur au sein du corps de police de Montréal.

Pour un vieux de la vieille comme moi, c'est incompréhensible. La Sûreté (enquêtes) a toujours été l'endroit mythique où 80% des policiers rêvaient de terminer leurs carrières. Mais, c'était au temps, où l'enquêteur pouvait encore être le maître de ses enquêtes et gardait une certaine main mise sur celles-ci. Puis, lentement, la «procédurite» a pris le dessus. Un peu avant mon départ, la direction du SPVM, avait commencé la sélection par entrevue. Tu venais de passer les tests de connaissance, il te restait à passer celui du moule. Nos brillants stratèges, qui pour la majorité, étaient nuls en enquêtes, cherchaient de bonnes pâtes à modeler.

Premièrement, la direction a parqué les enquêteurs, dans des centres d'enquêtes. Ceux-ci ayant des tâches définies et peu de contacts avec la piétaille. Finis l'enquêteur rebelle, l'Hercule Poirot ou l'Eliott Ness. Finis le temps où tu entrais pour demander un conseil ou de l'aide, ton poste de quartier est à cinq kilomètres et souvent les locaux sont vides. Le nouvel enquêteur est formaté pour ne pas trop penser. Il doit respecter la règle du «Pas de temps supplémentaire», être filmé lors des entrevues, s'enterrer sous une montagne de paperasse: Une arrestation pour vol comprend: un rapport d'enquête, relatant toutes les phases du dossier. Un précis des faits de douze pages avec comme page d'entrée: précis des faits. Ceci en 5 copies. Ici, je parle d'un cas simple, pas de perquisitions, pas de complices. N'oubliez pas de code postal, l'ordinateur ne va pas le prendre. Oubliez les liens entre flics, plus personne ne se connaît et personne ne veut se connaître. La direction voulait ça, diviser pour régner. Et c'est surtout vrai pour les sections spécialisées.

Maintenant, sur le terrain: si ton suspect recherché pour vol qualifié où autre crime, se cache et que vous avez un mandat d'arrestation. Pour l'arrêter, vous aurez besoin d'un mandat d'entrée pour vous rendre chez lui ou ailleurs. Si vous avez un mort, il vous faut un mandat pour fouiller les pièces. En fait, il faut un mandat pour tout. Alors, en bon fonctionnaire, le nouvel enquêteur attend patiemment que son suspect se fasse arrêter par hasard. Maintenant, les paroles d'enquêteurs sont : en as-tu fait d'autres? Puis, signe ta promesse de comparaitre.

Le seul avantage à devenir sergent-détective, est de travailler de jour et avoir ses fins de semaine de congé.

Ces enquêteurs vont de moins en moins à la cour, font de moins en moins de mandats de perquisitions et surtout d'entrée. On ne peut pas blâmer les jeunes policiers de ne pas vouloir devenir des robots. Le seul avantage à devenir sergent-détective, est de travailler de jour et avoir ses fins de semaine de congé. Pour le reste, si l'idée de base était de courir après des voleurs, oubliez ça, un enquêteur est maintenant un accusateur et remplisseur de paperasse. Fermes bien toutes les portes, fais un joli rapport et surtout, coche: sera rouverte si éléments nouveaux.

C'est bien de porter veston et cravate, ça fait professionnel. Comme le disait si bien un ex-directeur de la police: «J'aime mieux être soigné par un médecin en cravate incompétent, que par un médecin compétent en jeans». Il est mort.

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