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16/02/2019 06:00 EST | Actualisé 17/05/2019 11:41 EDT

Un mot pour mes amis musulmans

L'acte en question est ignoble, comme tous les meurtres, je ne vais pas argumenter là-dessus. Mais la sentence est conséquente.

Jacques Boissinot/The Canadian Press via AP
Said El-Amari, qui a été blessé lors de la fusillade dans la mosquée en 2017, réagit à la suite de l'écoute du verdict.

Au départ, j'aimerais compatir avec vous pour cette perte d'êtres chers. Dans un pays civilisé comme le nôtre, un tel drame ne devrait jamais survenir. La haine est une folie qui n'aurait jamais dû aller aussi loin. Mais, comme nous avons pu le constater, ces choses arrivent. Nous avons la chance de vivre dans un pays plus que pacifique. Et les citoyens qui composent notre nation ont des valeurs prônant la paix et le respect.

Cela dit, je crois bien que la colère qui gronde en vous empêche votre esprit de voir la forêt en fixant l'arbre droit devant. Effectivement, Alexandre Bissonnette a tué plusieurs personnes en ciblant les musulmans. Mais quand vos porte-parole avancent qu'une peine plus sévère préviendrait d'autres massacres, permettez-moi de vous dire qu'ils font preuve de fabulation, selon moi. Notre société n'est pas basée sur la haine... pas plus que sur la vengeance. Nous n'avons pas, comme société, un passé de massacreurs.

Le massacre précédent celui-ci est celui de Polytechnique, en 1989. Ce garçon misogyne était né Gamel Gharbi, baptisé par la suite Marc Lépine. Et là, je ne ferai pas de rapprochement oiseux. Il n'était qu'un individu perturbé dans cette société.

Nombre de jeunes musulmans d'ici ont rejoint l'État islamique depuis, malheureusement, quelques années. Notre société est prête à les rapatrier et tente — on l'imagine — de les déradicaliser. Plusieurs de ce groupe ont commis des actes terribles, aussi terribles en fait que celui qu'a commis Alexandre Bissonnette. Pourtant, en tant que société, nous tentons de ne pas stigmatiser une religion plus qu'une autre. Notre société en est une qui se réclame d'accueil... et ce qui nous reste de religion parle d'amour et de pardon. Au pire, notre société avance les mots «réhabilitation» et «réinsertion».

Quand un membre de votre communauté dit: «Je respecte la décision du juge. (Mais dans 40 ans), les orphelins pourraient rencontrer le tueur de leur papa dans un supermarché. C'est ce qui me touche. C'est très dur». Bien que d'autres ont exprimé dès le lendemain du verdict que «l'émotion a pris le dessus», il serait important de mentionner que ce tueur aura près de 70 ans, et que pendant quarante ans, il aura pu faire un cheminement nécessaire. J'ose espérer que ces enfants — aussi — auront appris à pardonner. Le cheminement est long; 40 ans devraient suffire à évoluer.

Notre société est contre la peine de mort. Exiger une peine plus lourde ne semble, à mon sens, qu'assouvir le désir de vengeance. On dit que c'est la Loi du Talion. Nos voisins du Sud, très croyants, la pratiquent avec beaucoup de régularité. C'est en fait pour ces mêmes raisons que vous les évoquez. Ils ont quand même un des plus hauts taux de récidive des pays développés!

Des sentences de 200 ans ne veulent rien dire. Personne ne s'y rend, c'est une peine de mort. Sortir possiblement après 40 ans de détention — et j'insiste sur «possiblement» —, ressemble presque à une sentence de mort. L'acte en question est ignoble, comme tous les meurtres; je ne vais pas argumenter là-dessus. Mais la sentence est conséquente.

À Montréal, en 1972, 37 personnes sont mortes dans un incendie criminel. Mus par la colère, des jeunes avaient mis le feu intentionnellement aux escaliers menant au bar Blue Bird. Il n'y avait rien de religieux... juste de la colère. Nous ne les avons pas mis en prison pour les 100 prochaines années.

Je suis heureux que notre société soit accueillante, qu'elle accepte les différences et sache faire part d'humanisme. Nous sommes laïcs par choix et par conviction. Nous sommes aussi d'une tolérance exceptionnelle.

Il est possible qu'un jour le pardon vienne dans nos et dans vos coeurs. Le difficile cheminement qui mène à cette étape ne sera pas facile... Mais il sera nécessaire.

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