LES BLOGUES
20/05/2016 10:00 EDT | Actualisé 21/05/2017 05:12 EDT

Le ridicule finira par tuer

Depuis 2001, les corps de police tentent de désorganiser les groupes motards. Un geste louable et souhaitable. Mais quel en est le prix? Et surtout quels en sont les résultats?

Depuis 2001, les corps de police tentent de désorganiser les groupes motards. Un geste louable et souhaitable. Mais quel en est le prix? Et surtout quels en sont les résultats?

Nous pouvons, sans trop nous tromper, dire que les groupes motards se sont réorganisés. Ils ne se cachent plus, organisent des fêtes où leurs dossards trônent bien à la vue des policiers et du public.

Au cours des années, les policiers ont saisi pour près de 10 à 12 millions de dollars aux groupes de motards. C'est bien, mais cet argent n'est que la pointe de l'iceberg. Pendant l'enquête, les policiers auront vu passer encore plus d'argent, sans pouvoir intervenir et c'est normal dans le cadre de ces enquêtes.

Ce qui l'est moins, c'est le montant en temps supplémentaire, que coûte l'exercice. Des millions de dollars en temps supplémentaire, oui... Vous voulez calculer?

Les filatures

Nous comprenons que pour suivre ces bandits, il faut plus d'une quarantaine de personnes à temps plein, du sept sur sept, de six heures du matin à deux heures du matin, quand ça va bien, disons un petit 8 000$ de temps supplémentaire par jour. Ici, je ne fais que 200 jours de travail et j'en suis à un million six cents milles. Maintenant, ces enquêtes durent deux à trois ans, faites le calcul.

Les enquêteurs

Ceux qui doivent suivre la filature, ceux qui doivent colliger et prendre des décisions. Disons qu'ils sont aussi plus de trente à trimer dur et que pour la filature, ils ne sont que dix à participer.

Le temps enquête et le temps court.

Vite comme ça, allons vers le cinq millions au total, en étant conservateur dans mes chiffres.

Ici, je ne dis pas qu'il ne faut pas s'attaquer au crime organisé. La police est là pour justement faire ce travail, mais qui fait les comptes? Qui paye la facture? Comment se fait la supervision? Que fait-on devant un policier qui sur 16 heures de supplémentaire écrit clérical (rédaction de rapports) pour 13 de ces 16 heures?

Maintenant les résultats

Juste dans l'enquête SHARQC, un nombre impressionnant de personnes ont été mis à la porte de la prison par un juge, pour des délais jugés déraisonnables, d'autres, faute de preuves.

Le Journal de Montréal de cette semaine nous apprend qu'il en coûte 30 millions aux contribuables pour la défense des membres des différents procès. Y a-t-il quelqu'un pour m'expliquer pourquoi nous la population, nous les payeurs de taxes, devrions payer les frais d'avocats des motards?

Les avocats vous diront que les biens des pauvres détenus ont été saisis. Mais, quand tu n'as pas de travail connu, que ta maison vaut un million, que ta voiture en vaut cent mille et que tu es arrêté dans le cadre d'enquêtes pour vols, stupéfiants, armes etc. faudrait peut être se garder une petite gêne. À ce compte-là, pourquoi ne pas étendre cette façon de faire à toute la population. Nous aurions tous le droit à une défense pleine et entière aux frais des contribuables.

Dans un autre ordre d'idée, les mégas procès où on enterre la défense de caisses de documentation, détruit toute la crédibilité de ces procès. Ceci vient de vieilles tactiques de la GRC de l'époque. Décourager la partie adverse qui ne peut survivre à ces vagues déferlantes de boites aux pages répétitives.

En fait, depuis les années 80, avec l'arrêt Stichbombe*, les avocats de la couronne ont l'obligation de dévoiler toute la preuve, je dis bien toute, même si parfois on y met tout et n'importe quoi. Vous voulez du papier, vous allez en avoir.

Cette façon de faire est toujours en vigueur. Il y a un procès en cours dont je tairai le nom des accusés pour le moment. L'exercice se présentait comme un grand coup porté contre une partie de la mafia et se définissait comme retentissante. Encore une fois, des mois de filatures, des centaines de milliers de dollars dépensés. La page une du journal. Quelques mois plus tard, mes sources m'apprennent que la couronne est maintenant prête à des absolutions inconditionnelles pour 10 des douze accusés et des amendes pour deux autres **.

Pendant ce temps, le département de police du SPVM pousse des policiers impliqués dans ces filatures et ces enquêtes vers la retraite, pour ne pas avoir à les discréditer et la SQ court après certains hauts gradés pris la main dans le sac.

À qui profite le crime? On n'a pas fini de payer.

Parlant de gars de filature, encore une fois, le Journal de Montréal nous apprend que deux policiers, dont un ancien de la filature, possèdent un holding valant 25 millions en immeubles.

C'est ok pour moi, mais lisez la déclaration du directeur de la police, l'insipide, sans saveur et surtout invisible Philippe Pichet, issu de ces sections.

«Et ce que je comprends, c'est que ces informations ne rentrent pas par le service de police, mais par les médias. Alors, on va les prendre lorsque vous les transmettrez.» sic.

Belle occasion ratée de se taire, Monsieur le Directeur.

Références

* Dans R c Stinchcombe, la Cour suprême du Canada a statué à l'unanimité que la Couronne a l'obligation de divulguer à la défense tous les éléments de preuve qui pourraient s'avérer pertinents à la cause, peu importe si la Couronne avait l'intention de présenter ces éléments de preuve au cours du procès et que la preuve soit favorable ou non à sa cause. La Cour a statué que l'obligation de divulguer de la Couronne provient du droit de l'accusé de présenter une défense pleine et entière, droit reconnu comme principe de justice fondamentale à l'art. 7 de la Charte.

** Je reparlerai de ce procès et de pratiques peu éthiques de certains policiers et procureurs dans cette cause.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost Voyez les images