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21/07/2018 06:00 EDT | Actualisé 23/07/2018 12:17 EDT

La rectitude... tueuse de démocratie

Depuis quelques années, une insidieuse censure s'installe dans notre société très démocratique.

fcscafeine via Getty Images
«La démocratie, c'est le pouvoir pour des poux de manger des lions.»
Georges Clemenceau

Depuis quelques années, une insidieuse censure s'installe dans notre société très démocratique. Une censure au nom d'une rectitude presque victorienne, inventant de nouveaux qualificatifs pour nommer des êtres et même des objets. Très démocratiquement, des groupuscules lancent un pavé servant à culpabiliser plus qu'à civiliser la masse silencieuse.

Un mot qui faisait rire il y a quelques années devient maintenant une insulte

Au fil de la dernière décennie, des changements de vues et de mots se sont pointés le nez dans notre société. Un aveugle devient un non voyant, un sourd un mal entendant, un nain une petite personne, une prostituée une travailleuse du sexe, les obèses deviennent des gens en surpoids. Nous avons maintenant des personnes appartenant à aucun genre, nous sommes des neurotypiques pour les Aspergers et je ne sais plus combien d'autres termes nous définissent dorénavant.

Et que dire de la couleur de la peau? Maintenant les mots noirs, couleur et tous les autres termes décrivant l'origine, deviennent des insultes provenant de la masse et un extraordinaire levier pour certains groupuscules. Il est quand même drôle d'entendre des... euh... «non Blancs» se traiter de «n*****» dans les deux langues, s'insulter à qui mieux mieux. Mais quand nous, les «de souche», disons «mulâtre»* par manque d'informations, nous nous faisons rabrouer... Le mot est métis. Aux nouvelles, on n'ose plus dire «Il est Noir», pourtant ça se voit!

Les humoristes de tous les temps ont utilisé des mots pour faire rire et souvent faire réagir. Au Québec, les Cyniques, Yvon Deschamps, R.B.O., etc. furent pour un temps considérés comme de grands humoristes. Ils seraient maintenant vilipendés par nos néo-démocrates puritains qui, au nom d'une population outrée mais silencieuse, dénoncent des comportements, des mots, des pensées.

Nos groupuscules de la rectitude frappent et frappent bien tant qu'ils n'obtiennent pas gain de cause. Mieux encore, ils utilisent tous les moyens mis à leur disposition pour y arriver. Il y aura toujours des avocats pour pousser le bouchon plus loin et ceci au nom de la démocratie et de la justice sociale. Ou peut-être tout simplement pour avoir son nom inscrit dans une jurisprudence.

Cette semaine encore, après SLĀV, une autre pièce de Lepage est montrée du doigt, Kanata. Il n'y a pas de comédiens amérindiens dans la pièce. C'est reparti! Qu'allons nous faire pour Anna Karina? Je suggère d'arrêter de produire des pièces ou des spectacles, surtout d'humour.

Peut-être faire adopter par l'Assemblée nationale un lexique des mots convenables, non offensants, respectueux et, tant qu'à faire, un modèle à suivre pour les auteurs, humoristes et créateurs, ainsi qu'une police des mots et des comportements inacceptables.

Pourquoi allons nous dans cette direction?

Il est possible que la majorité silencieuse soit au travail, qu'elle n'a pas le temps de manifester ses idées, de s'organiser et de défendre ses vues. Et quand cette population s'indigne, elle le fait mollement ou se fait tasser durement par des groupuscules menaçants, garant du non droit de parole, car tous leurs discours finissent par racisme, phobie ou anti**. Alors, la majorité silencieuse fait ce qu'elle fait de mieux, elle recule et accepte petit à petit ces changements bénins qui, formant un tout, deviendront finalement indigestes.

Quand, dans une démocratie, la masse accepte que des groupuscules changent les règles au nom et pour le bien de la société, je trouve que nous nous rapprochons de la dictature. Quand la masse ne réagit pas, de peur de blesser, d'insulter ou de confronter, elle laisse s'installer une malsaine et dangereuse société faite de petits dictateurs croyant posséder la vérité.

Nous n'en sommes pas encore au règne de la pensée unique, mais pas loin. Nous sommes sommés par ces «Robespierre» de civiliser nos blagues, nos chansons, nos pièces de théâtre. Drôle... dans les années soixante le maire Jean Drapeau avait fait interdire les «Ballets Africains», car des seins nus bougeaient. Tout le monde avait bien ri à l'époque surtout les Cyniques. Aujourd'hui nous aurions peur d'en rire sans risquer l'opprobre d'un groupuscule moralisateur. Car oui, quelqu'un aurait bien quelque chose à revendiquer.

La démocratie meurt de la démocratie.

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*Le mot mulâtre viendrait du mot mulet, croisement entre un âne et une jument. Il aurait été utilisé par les planteurs qui couchaient avec les esclaves.

**Quand, lors de plusieurs contre manifestations, Jaggi Singh chante «Gens du pays vous êtes des racistes» peu de gens réagissent.

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