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29/12/2018 11:13 EST | Actualisé 16/05/2019 17:36 EDT

Un Jour de l'An à oublier

«Je me retrouverai avec une côte cassée, l'os de la cuisse fêlé et des douleurs au dos. Yves s'en tire avec l'épaule endolorie. Par chance, notre chauffeur de taxi, n'a pas une égratignure.»

Jaromir Chalabala / EyeEm via Getty Images

Yves et moi en étions à notre troisième nuit de travail. La veille, le 31 décembre donc premier janvier, nous avions fêté comme d'habitude avec un blessé à la jambe cassée, deux gars ivres morts et trois bagarres en famille. Oui, le Jour de l'An c'est bien connu, tout le monde s'aime. Nous avions même dû écourter notre repas et les cellules étaient pleines.

Alors ce premier janvier, donc pour nous le lendemain de la grande fête, nous serions sûrement beaucoup plus tranquille. Comme il est célibataire, Yves n'a pas beaucoup dormi et son visage défait me le fait remarquer. Je ne suis pas beaucoup plus fringant, nous avions un repas de famille et par chance ma belle-mère demeure assez proche du poste de police.

Nous voici donc pas très frais tous les deux. Habituellement je laisse Yves conduire les premières quatre heures et je prends la partie dure, celle où les yeux deviennent plus lourds. Mais ce soir, je décide de le laisser se reposer.

La nuit commence exactement comme la veille, un homme blessé à la suite d'un combat au tesson de bouteille. Virée à l'hôpital Saint-Luc la banquette arrière maculée de sang. «BONNE ANNÉE» aux infirmières et nous sommes de retour sur la route pour dix bonnes minutes. Autre soirée, autre bagarre, autre visite à Saint-Luc.

Finalement, il est plus de deux heures du matin quand nous retournons vers le poste pour le repas. Malheureusement, à la radio, on demande des voitures pour une bagarre à coups de couteau au cabaret Lion D'or de la rue Ontario. C'est le silence total, nous sommes les seuls à répondre.

«Nous sommes disponibles Monsieur.»

Comme nous sommes devant le poste, il nous reste qu'a traverser le secteur d'un bout à l'autre.

«Ok auto 4-8, il semble qu'il ait un mort sur les lieux.»

Nous voici en pleine course, la chaussée est glissante et les feux rouges nombreux. J'ai beau avoir les gyrophares et la sirène, ça demeure risqué. Yves surveille son côté et moi le mien.

À partir de la rue Amherst, les feux sont au vert et je file comme une fusée vers la rue Papineau. À la radio quelques voitures se libérant filent elles aussi vers le club, nous aurons de l'aide.

Mais... La chance tourne et au coin de la rue Plessis, la lumière tourne au jaune. Tant pis je fonce. De son côté, un taxi descendant la côte voyant la lumière changer, à le même réflexe que moi. BANG... sa voiture enfonce la mienne directement au centre de celle-ci et nous voilà propulsés dans le mur de la bijouterie du coin, descellant une partie des briques . Notre carrosse est maintenant à l'état de ferraille.

Le temps de rassembler mes idées, je vois mon partenaire coincé sous la console et moi, la jambe gauche prise entre la porte et le volant, pendant que le reste de mon corps se retrouve côté compagnon, presque au-dessus d'Yves.

«Ça va Yves?»

«Pas tellement non, mais j'vais survivre.»

Je suis rassuré, s'il blague, c'est que tout va bien.

Je vois bien la voiture de mon lieutenant qui modère et je lui fais signe de continuer, l'appel est important. Alors il file à son tour vers le lieu du drame. Quelques minutes plus tard, c'est une autre voiture de police qui nous conduit à l'hôpital.

Je me retrouverai avec une côte cassée, l'os de la cuisse fêlé et des douleurs au dos. Yves s'en tire avec l'épaule endolorie. Par chance, notre chauffeur de taxi, n'a pas une égratignure.

Finalement, la voiture sera envoyée à la casse, j'aurai sept jours de repos et... sept autres de faction à pied comme sanction. Au club, il y aura eu meurtre et blessures. Bien sûr c'est la bonne année!

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