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22/12/2018 06:00 EST | Actualisé 16/05/2019 17:36 EDT

Petite histoire de Noël à NDG, en décembre 1988

Aurez-vous une petite poussière dans l'oeil en lisant l'histoire de cet homme qui a été volé pendant les funérailles de son père...?

Elizabeth Fernandez via Getty Images
Charles ne regardait rien d'autre que cette montre. Il ne voulait rien d'autre que ce souvenir.

Nous venions tout juste de frapper un point de vente de cocaïne dans le secteur Notre-Dame-de-Grâce malgré le fait que, pendant les Fêtes, nous étions toujours à court de personnel. Sur place, en plus de huit détenus, des armes et d'un lot de stupéfiants, nous avions ramassé un lot impressionnant de radios, stéréos, télés, bijoux et à peu près tout ce qui se revend. Mes gars étaient euphoriques.

Pour ces jeunes flics, le sergent détective Aubin était un catalyseur d'énergie. Depuis des jours, nous écumions le secteur en ramassant nos revendeurs et nos voleurs et à l'époque, il y en avait plus qu'il n'en faut dans le secteur.

La période entre Noël et l'Épiphanie allait nous séparer pour quelques jours. Mais, pour l'instant, l'heure en était encore à identifier tout ce que l'on venait de ramasser. J'avais la très mauvaise habitude d'accaparer la salle de conférence du directeur de poste. C'était en fait le seul local disponible dans ces cas-là. Tout le monde savait qu'il ferait une crise de nerfs sans jamais m'affronter. En fait, il se pointera le bout du nez sans même desserrer les lèvres.

Alors, comme à mon habitude, j'invitai les journalistes du secteur pour une petite conférence de presse. Le but étant de faire identifier les biens en notre possession. Cette façon de faire contribuait aussi au déplaisir du directeur. Le pauvre allait devoir se passer de sa salle pour la semaine tout en monopolisant quelques policiers devenus portiers et accompagnateurs pour l'occasion.

Dès la parution des journaux, des dizaines de personnes se présentèrent pour identifier leurs effets. Nous fermions quelques plaintes et tout le monde était heureux. Nous en étions à la troisième fructueuse journée, nous avions retracé une trentaine de plaintes et pour nous, ce serait la dernière journée de visite. Nous étions quand même le 23 décembre.

Alors que je causais avec un plaignant qui ne trouvait pas ce qu'il avait perdu, je vis passer un jeune couple un peu intimidé, un peu gêné, qui semblait chercher quelque chose, mais sans trop s'approcher. Je m'excusai auprès de mon interlocuteur et j'allai les rejoindre.

- Vous cherchez quelque chose en particulier?

- Oui monsieur, une montre.

Je pointai du doigt l'endroit approximatif des bijoux sur la table, puis je les laissai regarder. Comme il y avait d'autres gens qui se présentaient, dont certains par simple curiosité, je dus m'éloigner du couple.

Tout en discutant avec les nouveaux arrivants, je remarquai tout à coup le jeune homme aux yeux remplis de larmes. Sa compagne lui frottait le dos tout en douceur comme on caresse un enfant que l'on console. Je m'approchai d'eux sans trop déranger. La jeune femme se tourna vers moi.

- Est-ce que Charles peut prendre la montre grand-père?

- C'est la sienne?

Sans détourner le regard de la montre, le jeune homme, les yeux encore mouillés me répondit d'une voix neutre:

- C'est la montre de mon père... Monsieur, à l'intérieur sont gravées ses initiales.

Je ramassai l'objet et l'ouvris. Le jeune homme ne mentait pas, c'était la montre de son père.

La compagne de ce jeune homme m'expliqua que Charles venait de perdre son père et que pendant les funérailles, quelqu'un était venu voler dans la maison. Charles ne regardait rien d'autre que cette montre. Il ne voulait rien d'autre que ce souvenir. C'est sa compagne qui fit le tour de la table pour identifier le reste des objets, Charles demeura à mes côtés la montre en main, comme pour ne plus la perdre.

Finalement, Noël allait mieux se passer pour eux. Mon directeur retrouverait sa salle de conférence et la vie poursuivrait son cours.

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