LES BLOGUES
01/07/2016 10:54 EDT | Actualisé 01/07/2016 10:54 EDT

L'affaire Guy Lafleur, ou la démesure

Oublions le « Démon blond ». Disons que si ça vous arrivait, seriez-vous heureux que l'enquêteur accomplisse son travail de façon humaine? Qu'il laisse le livre de côté et se serve de sa matière grise? Éthiquement, on ne peut rien reprocher aux policières. Moralement c'est toute autre chose.

Cette semaine, les médias ont passé rapidement et discrètement la nouvelle : « Guy Lafleur devra payer ceux qu'il poursuivait après avoir perdu ». L'ancien hockeyeur devra ainsi rembourser les frais juridiques engagés par la police et le procureur général qu'il avait poursuivi pour 2,1 M$. Poursuite dont il avait été débouté par la Cour supérieure en septembre 2015.

Rappelons brièvement les faits. Dans une cause impliquant son fils, Guy Lafleur avait été accusé de parjure et d'entrave à la justice à cause de son témoignage que les policiers et la couronne entrevoyaient comme mensonger. Depuis, il a été acquitté. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la méthode des policières et de l'avocate de la couronne fut disgracieuse, opportuniste et irrespectueuse. J'imagine que ça va avec la nouvelle génération, celle du « Moi et le reste du monde ».

Qu'elles aient eu tort ou raison, ces crimes ignominieux passibles de la peine de mort, c'est à dire en pratique quelques centaines de dollars d'amende, auraient dû se régler par un seul coup de téléphone. Oui, des policiers sensés auraient appliqué la règle du « Il ne va pas disparaître ou s'enfuir aux É.-U.. » Des policiers sensés auraient donc pris leur téléphone pour demander au dangereux criminel qu'est Guy Lafleur de passer au bureau pour la prise d'empreinte et les accusations. J'ai moi-même été enquêteur au SPVM, et nous appliquions cette règle avec des gens criminalisés qui, accusés pour des peccadilles, venaient au poste de police rencontrer l'enquêteur et tout se faisait dans le respect.

Oublions le « Démon blond ». Disons que si ça vous arrivait, seriez-vous heureux que l'enquêteur accomplisse son travail de façon humaine? Qu'il laisse le livre de côté et se serve de sa matière grise? Éthiquement, on ne peut rien reprocher aux policières. Moralement c'est toute autre chose. Elles pourront se vanter d'avoir traité un gros nom comme le commun des mortels. Il faut croire que l'imbécilité ne fait pas dans la nuance.

Dans ce dossier, les policières et l'avocate de la couronne ne sont pas fautives. Elles ont suivi à la lettre et sans réfléchir les directives d'enquêtes. À quoi donc servent le jugement, le gros bon sens, la clairvoyance et l'empathie? Le juge ayant entendu la requête ne peut rien reprocher aux policières et à la couronne. Elles ont suivi les règles. Mais entre vous et moi, il y a la loi et l'esprit de la loi. Ces gens formés pour ce travail ont décidé d'agir de façon légale, mais sans cœur. Tant pis si l'homme est un pilier de notre communauté, on en fera un exemple.

Être idiot, sans cœur ou juste opportuniste n'est pas criminel, c'est juste mesquin.

Le service de police ne va surtout pas blâmer les policières. Elles ont fait le travail comme recommandé. Surtout ne pas penser et surtout ne pas donner l'impression de passe-droit. Pourtant, l'homme aurait eu ses accusations, il se serait présenté en cour et tout aurait été fait humainement, sans tambour ni trompette. Il faut croire que tant à l'université qu'à l'école de police, on n'enseigne plus la compassion ni le discernement. Encore une fois, personne n'est dans l'illégalité, c'est la façon de faire stupide, bornée, proche du crétinisme qui me fait rager. Le juge n'y peut rien, c'est légal. Être idiot, sans cœur ou juste opportuniste n'est pas criminel, c'est juste mesquin. Le système quant à lui s'en lave tout simplement les mains.

Tout ceci s'ajoute aux policiers donnant des billets pour être trop près ou trop loin du trottoir, des roues devant faire angle avec la bordure dans une côte, des portes non verrouillées, des stands à bicyclette obstruant la plaque, des trappes à billets, des cibles à atteindre, des vélos interdits sur la rue Prince Arthur à 8 h du matin. Oui, c'est illégal selon les règlements municipaux ou le code de sécurité routière. Mais entre vous et moi... C'est carrément absurde, Kafka pourrait en rire.

J'imagine que c'est comme dans « Trouvez Charlie » : où donc se cache le gros bon sens?

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost Voyez les images