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17/06/2016 10:08 EDT | Actualisé 18/06/2017 05:12 EDT

À l'ère de l'autoportrait

Les autoportraits sont le prolongement de la pensée narcissique d'une partie grandissante de la population, la génération des enfants rois et de leur descendance, les Y.

Nous sommes malheureusement en plein dans l'ère de l'autoportrait. Maintenant, quoi qu'il arrive, quelle que soit la situation, il y a toujours quelques brillants esprits pour se démarquer par des «Regardez je suis là». Nous l'avons vu lors de prises d'otages en Australie et en France, d'accidents, de manifs de casseurs et autres drames, tout autant que pour des balivernes sans intérêts. C'est comme si une mouvance sociétale s'était soudainement installée. Nous sommes passés de «Je suis membre d'une société» à «Je suis la société et le reste de l'humanité n'est qu'accessoire». Tout le monde devenant l'accessoire de tout le monde, tout en étant le centre d'attraction de l'univers. «Je selfie, donc je suis».

Les médias sociaux, qui au départ avaient, entre autres, pour mission de faire connaitre le monde, ont permis et encouragé un narcissisme à outrance. Car ces portraits, ils vont bien quelque part. Les deux idiots de cette semaine, se filmant en train d'asperger un itinérant et de trouver ça drôle, ne sont pas les seuls à occuper la scène médiatique. Rappelez-vous «mon père est riche», sans compter tous ceux qui nous montrent leur bouche en cul de poule, qui se photographient le derrière, les seins, les boutons, etc. Les nouveaux adultes se promènent maintenant avec un bâton à égoportrait, comme si leur insignifiante vie devenait tout à coup palpitante. Regardez, je marche dans la rue, je mange une glace à la vanille, je regarde une voiture passer et derrière moi, il y a un accent mortel. Tout le monde est une star du moment et tant pis pour les autres.

Cet état de fait amène une vision égocentrique de notre société en devenir. Jeudi dernier, dans le Journal de Montréal, le propriétaire d'un pit-bull, posant fièrement avec sa bête venant d'arracher une partie du postérieur d'une dame, répond: «Je lui ai dit que j'avais un chien et qu'elle devait faire attention.» Donc, ce n'est pas à moi de m'occuper de ça et je passe dans le journal! Un peu comme nos tatas ayant aspergé l'itinérant: «Je m'excuse, mais il avait achalé ma blonde.» Le pire, c'est qu'il y a des gens pour prendre leur partie. Maintenant, ça ne peut pas être notre faute, le reste du monde a compris qu'il avait la responsabilité de ma personne.

Je ne veux pas être alarmiste, parler de décadence, mais que pouvons-nous espérer d'individus qui inventent des décès pour ne pas rentrer travailler et postent sur les médias sociaux, avec grand sourire, la cabane dans l'arbre qu'ils construisent. Ou d'autres préférant perdre leur emploi que de cesser d'aller sur ces mêmes médias sociaux pendant leur temps de travail. Dites-moi que sans votre intervention salvatrice, le monde risque de s'écrouler.

Les autoportraits ne sont que des symptômes de cette vision sociétale. Ils sont le prolongement de la pensée narcissique d'une partie grandissante de la population, la génération des enfants rois et de leur descendance, les Y. Tassez-vous, vous autres, l'histoire commence avec notre naissance, la preuve... Vous n'avez pas d'autoportraits de vous, réalisés par le meilleur photographe qui soit, c'est à dire moi-même.

Je ne sais pas si nous irons encore plus loin dans l'admiration de nous-mêmes, mais si rien ne se redresse, cette nouvelle société sera à l'opposé de ce qu'une société doit être: un rassemblement d'êtres humains portés par un besoin d'entraide et d'empathie.

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