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08/12/2018 06:00 EST | Actualisé 08/12/2018 06:00 EST

Crime organisé: des coups d'épée dans l'eau

Malheureusement, le crime ne s'arrête pas. Des gens prennent la place de ceux qui meurent ou croupissent en prison, c'est la loi de la nature.

Je me souviens qu'à l'époque, nous disions à la blague que nous désorganisions le crime organisé de par notre propre désorganisation.
CANADIAN PRESS/Graham Hughes
Je me souviens qu'à l'époque, nous disions à la blague que nous désorganisions le crime organisé de par notre propre désorganisation.

La fin de semaine passée, nous avons assisté de façon médiatique au faste mariage de Martin Robert, un membre influent des Hells Angels, et d'Annie Arbic, la princesse de Kanesatake. Ceux qui sont surpris de cette démonstration de force, sont assurément de parfaits naïfs.

Entre 2001 et 2005, les corps policiers se sont vantés d'avoir coupé la tête au crime organisé. Les motards, les Italiens, les Irlandais, les gangs de rues, tous ces groupes avaient été touchés. Le gouvernement de l'époque y avait investi des millions de dollars pour des filatures, de l'écoute, des perquisitions et des saisies, des arrestations, des accusations en masse par la couronne. On avait même construit un palais de justice spécial.

Malheureusement, le crime ne s'arrête pas. Des gens prennent la place de ceux qui meurent ou croupissent en prison, c'est la loi de la nature.

Puis, il y a ceux qui maintenant ont fait leur temps de prison, ceux qui ont été libérés faute de preuves suffisantes ou en raison de la longueur des procédures, puis ceux qui continuent de contrôler les affaires à partir des centres de détention.

La seule chose s'étant produite est que maintenant, tout ce beau monde tente de mieux coopérer. Les motards ennemis se sont unifiés, les Italiens le font maintenant, les gangs de rues se font moins gourmandes et les Irlandais nouveaux reprennent là ou ils avaient laissé.

Ce mariage n'a rien d'anodin, il s'est fait à Montréal et dans un des plus grands hôtels. Tout le monde a mis ses «Patch» et, par le fait même, défié non seulement la police, mais la population en général. «Regardez les bonnes gens, nous sommes là pour rester.»

Cette vieille rivalité entre les chapeaux (GRC), les verts (SQ) et les bleus (SPVM) est toujours aussi présente.

Il ne reste plus beaucoup de policiers de 2001, ils sont à la retraite maintenant. Alors, les nouveaux enquêteurs doivent presque recommencer à partir de rien. Ceci, sans compter l'égocentrisme de plusieurs et le carriérisme de certains. Les corps policiers ont toujours gardé jalousement certaines informations pour eux-mêmes. Cette vieille rivalité entre les chapeaux (GRC), les verts (SQ) et les bleus (SPVM) est toujours aussi présente. Pire, encore aujourd'hui, entre confrères dans la même section, les informations ne se donnent qu'au compte-goutte et tous les Brutus* ne sont pas disparus, ils attendent le moment propice.

Je me souviens qu'à l'époque, nous disions à la blague que nous désorganisions le crime organisé de par notre propre désorganisation.

Pour les plus vieux, il y aura eu la CECO, les belles années des commissions d'enquête. Nous y aurons vu défiler la crème de la crème du crime organisé. Nous avons eu droit aux scandales en direct de la viande avariée, du clan Dubois et des Italiens. Nous avions frappé un grand coup à l'époque, le crime organisé avait été désorganisé. Quarante ans plus tard... À ce mariage, nous retrouvons des membres du clan Dubois, des Italiens mafieux, des Irlandais, des Amérindiens. Tout ça pour ça!

Dans quelques mois ou années, s'ils veulent asséner un nouveau coup d'épée dans l'eau, les penseurs politiques ouvriront encore une fois les goussets de dame justice et passeront bien inutilement le balai. En fait, ce n'est pas si inutile, on donnera l'impression d'efficacité** et le bon peuple se sentira en sécurité.

Pour l'heure, le crime organisé se porte à merveille et cette fois, il est un peu plus uni devant l'ennemi commun. Les criminels organisés ont un but commun... S'enrichir. Les services de police ont des visions différentes, ils réagissent aux commandes et, pour cela, ça prend des budgets.

Le nerf de la guerre est l'argent et le but: les résultats. Malheureusement, nous sommes en manque des deux. Bâtir, garder et renouveler des sections est une chose. Les financer et conserver le cap en est une autre.


*Brutus: Fils adoptif de César, qui assassina son père avec quelques conspirateurs.

**Impression d'efficacité: Tiré du cours «Fonction et organisation de la police», donné au Cégep Ahuntsic. Un capitaine de police donnant ce cours répétait régulièrement cette phrase aux étudiants: «Il faut démontrer un semblant d'efficacité».

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