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02/10/2018 11:45 EDT | Actualisé 16/05/2019 17:30 EDT

Comité sénatorial: comment être aussi borné qu'insensible

Je sais par expérience que la politique c'est assez sale, mais j'ai hâte au retour d'une certaine humanité.

Jeenah Moon / Reuters
Trois autres femmes se sont dévoilées. Des femmes qui, elles aussi, sortent de l'ombre. Malgré tout, les 11 républicains ont décidé d'appuyer en bloc la nomination de ce juge.

Je ne sais pas si vous suivez avec un certain intérêt la saga du juge Brett Kavanaugh, un aspirant à la Cour suprême de ce formidable pays que sont les États-Unis d'Amérique, et qui a comme slogan «In god we trust».

Représentez-vous la scène. Pas moins de 21 personnes sont présentes, dont 11 républicains (et pas une seule femme), contre 10 démocrates (incluant deux femmes). Devant eux, une femme qui se tient debout, elle est éduquée et fortement structurée. Cette personne vient courageusement et péniblement raconter à des millions de téléspectateurs ce qu'elle a dû subir il y a 30 ans, de la part de ce protégé du président des États-Unis.

En posant ce geste, elle se met courageusement à nue pour une deuxième fois.

Puis, au cours des trois derniers jours, trois autres femmes se sont dévoilées. Des femmes qui, elles aussi, sortent de l'ombre. Malgré tout, les 11 républicains ont décidé d'appuyer en bloc la nomination de ce juge.

J'ai vu et entendu les propos de quelques-uns de ces brillants politiciens. «Manigances démocrates pour salir le nom de ce juge». «Une menteuse», et j'en passe. Et, finalement, une lettre de l'ami du juge, disant n'avoir jamais vu de comportements douteux de la part de celui-ci. Wow! Mon ami dit que je suis un bon gars... Ça devrait être suffisant pour tout le monde. Ceci me rappelle les mots du fils de Monsieur Appelbaum au juge avant la sentence. «Mon père est un bon père». Un bon père certes, mais un fraudeur, l'un n'empêche pas l'autre.

Je sais que certains de ces sénateurs, en d'autres circonstances, auraient voté différemment, mais la ligne du président était: «Ne lui apportez aucun crédit, nous avons besoin de ce juge républicain» et en bons politiciens qu'ils sont, ils ont suivi l'ordre venu de haut. Pas d'enquête poussée du FBI, une nomination à la va-vite, avant les élections de mi-mandat. Refus d'une nouvelle enquête, un vote précipité. Belle leçon de démocratie de la part de gens élus par le peuple.

Pourtant, ces hommes doivent bien être pères, grands-pères, maris et avoir quelques femmes dans leur entourage. N'ont-ils pas de cœur? Quand la ligne de parti passe avant tes intimes convictions, tu n'es plus à ta place. Ou, tes convictions sont tout à fait tordues et tu n'es pas plus à ta place.

Je sais par expérience que la politique c'est assez sale, mais j'ai hâte au retour d'une certaine humanité.

Et maintenant qu'ils ont voté en sa faveur, le président demande hypocritement une enquête du FBI. Comme quoi chez nos voisins du sud, le ridicule ne tue pas.

Ceci me renvoie à certaines causes d'agressions sexuelles que je pilotais en tant qu'enquêteur. Des causes ou entendait un juge dire «Vous l'avez suivi parce que vous pensiez qu'il était riche et là, vous portez plainte parce que vous êtes déçue». Ou, «Ce n'est pas que je ne vous crois pas, mais vous savez... C'est un homme marié père de famille et il semble sincère». Ou, «Vous pensiez qu'il allait vous épouser, c'est une question de perception». Pire: «Un homme est un homme, mademoiselle, si vous l'aguichez...»

Et moi, qui les avais persuadées de témoigner, devais ramasser ces jeunes femmes à la petite cuillère. Quand tu es père et que tes victimes ont à peine quelques années de plus que ta fille, tu te poses de sérieuses questions sur ce que tu ferais avec l'agresseur.

Il y aura eu quelques changements dans les cours du Québec, mais ce n'est pas encore ça. Nous verrons si ces changements vont s'opérer dans l'affaire Rozon, une affaire qui se déroule au pas de charge de l'escargot. Pour le moment, l'homme frappe de tous les bords, c'est son droit, il n'est pas un coupable, mais un suspect... Pas même un accusé pour le moment.

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