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23/03/2019 06:00 EDT | Actualisé 23/03/2019 06:00 EDT

Les cigarettiers ou le cynisme à outrance

Nous parlons de compagnies ayant fait des milliards et des milliards sur le dos et la santé de toute une population, et ce, pendant des décennies.

Il est vrai que des taxes sont prélevées et que les cigarettiers remplissent les coffres de l'État. Mieux, ces sinistres compagnies avancent le fait qu'ils créent de l'emploi. Donc, mourez en paix bonnes gens! Vous faites vivre les travailleurs du tabac.
JP Moczulski / Reuters
Il est vrai que des taxes sont prélevées et que les cigarettiers remplissent les coffres de l'État. Mieux, ces sinistres compagnies avancent le fait qu'ils créent de l'emploi. Donc, mourez en paix bonnes gens! Vous faites vivre les travailleurs du tabac.

Depuis plus de quatre ans, des actions intentées contre les cigarettiers JTI-Macdonald, Rothmans, Impérial Tobacco et Benson & Hedges, pour le dédommagement de 100 000 personnes ayant été malades ou tout simplement mortes en raison du tabac... ont été déposées contre les fumeurs canadiens.

À toutes les étapes à la cour, cette coalition antitabac a réussi à démontrer la mauvaise foi de ces cyniques en cravate. Des compagnies ayant fait des milliards et des milliards sur le dos et la santé de toute une population et ce pendant des décennies.

Finalement, le 7 mars dernier, après avoir étiré la sauce pendant de longues années, ces grandes compagnies se retrouvaient devant la cour d'appel du Québec... qui les déboutait une nouvelle fois et de belle façon.

«Dans sa décision, le juge Brian Riordan, de la Cour supérieure, avait estimé que les trois cigarettiers avaient fait "passer leurs profits avant la santé de leurs clients", qualifiant leurs actions de "particulièrement répréhensibles".»

L'affaire aurait dû s'arrêter là! Mais ces sinistres individus ont soupesé les risques d'aller en cour suprême et la flopée d'avocats-conseils, payés à prix fort, ont sûrement évalué les chances de succès comme étant nulles. Finalement, il semble que seul Benson & Hedges ira de l'avant avec l'idée de la cour suprême.

Maintenant, surtout pour ne pas compliquer les choses, les deux autres compagnies ont pris la décision d'invoquer la loi sur les arrangements avec les créanciers, auprès de la cour supérieure de la province de l'Ontario, qui a immédiatement acquiescé à leur demande.

C'est un déni de justice. La Cour supérieure de l'Ontario se trouve à suspendre des droits reconnus par six juges au Québec. C'est inacceptable.Mario Bujold, porte-parole du Conseil québécois sur le tabac et la santé

Non seulement ces bandits en cravate ont réussi à faire suspendre le jugement, mais aussi les actions prises en recouvrement des soins de santé par les gouvernements provinciaux. Mieux encore, ces compagnies sans scrupules peuvent continuer à envoyer les profits qu'ils font ici, dans des sociétés liées à l'extérieur du pays. Alors, si ça va mal, personne ne pourra aller chercher cet argent. Astucieux, mais malhonnête; pas criminel, immoral!

Comment un juge peut-il être aussi laxiste, condescendant et presque complice. Ce juge aurait dû refuser d'entendre la cause.

L'affaire se déplace maintenant en Ontario et la coalition antitabac doit recommencer un combat... que l'on croyait terminé.

Le pire dans tout cela, c'est que nous n'avons rien entendu de la part de ceux qui nous représentent. Vous savez, ceux pour qui nous votons et qui sont à notre service. J'aurais aimé entendre la voix larmoyante de Justin, fustigeant ces malfrats, et dire aux victimes du tabagisme: nous serons à vos côtés... ou celle de M. Legault, trouver désolant l'attitude des cigarettiers.

Il est vrai que des taxes sont prélevées et que les cigarettiers remplissent les coffres de l'État. Mieux, ces sinistres compagnies avancent le fait qu'ils créent de l'emploi. Donc, mourez en paix bonnes gens! Vous faites vivre les travailleurs du tabac.

En attendant, nous ne pouvons que constater le cynisme à sa plus simple expression. L'arrogance de ses compagnies ressemble à celle de Monsanto, dans l'affaire de Bhopal. Cette compagnie avait tout simplement fermé ses portes et laissé les installations derrière elles, après la tragédie qu'elle avait provoquée.

Les multinationales mènent les états par le bout du nez; les politiciens ferment les yeux, se bouchent le nez et demeurent muets.

Comme le chantait Brel: L'argent n'a pas d'odeur, mais pas d'odeur me monte au nez...

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