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25/10/2014 08:39 EDT | Actualisé 25/12/2014 05:12 EST

Le prix à payer

Contre toute attente, nous venons tous de subir une attaque terroriste à Saint-Jean-sur-Richelieu et au Parlement d'Ottawa. Qui l'eût cru? Que faut-il en penser?

Je veux exprimer toutes mes condoléances aux victimes de ces deux tristes attentats.

Contre toute attente, nous venons tous de subir une attaque terroriste à Saint-Jean-sur-Richelieu et au Parlement d'Ottawa. Qui l'eût cru? Que faut-il en penser?

Il y a plusieurs choses qui ressortent de ces incidents déplorables. Sommes-nous prêts? Dans le premier cas, les policiers auraient-ils pu faire autrement? Où était l'entourage? Les militaires devraient-ils porter leur uniforme ailleurs que dans le camp? Que pouvons-nous faire?

Sommes-nous prêts? Désolé, nous ne le sommes pas et pour plusieurs bonnes raisons. Nous ne pouvons détenir préventivement un individu, même si nous pensons qu'il puisse devenir un potentiel terroriste ou criminel. Pour cela, même la loi antiterroriste a des limites. Le faire voir par un psychiatre de façon obligatoire, ça aussi dans la loi, il y a des limites. Pourquoi ces limites? Détenir un individu est un acte plein de conséquences. Des gens ont été détenus arbitrairement dans le passé, pensez juste à octobre 1970 : des centaines de personnes ont été préventivement maintenues en prison, pendant des semaines. Il y a les lois et les dérapages. Et pour éviter ces dérapages, le législateur a prévu des critères que la société a approuvés. La même chose en psychiatrie : pour amener quelqu'un à l'hôpital contre sa volonté, cela prend un mandat signé par un juge et un temps déterminé.

Il reste la surveillance.

Physiquement, la police ne peut filer tous les terroristes ou criminels potentiels. À part les ficher, saisir leurs passeports, faire quelques recherches, voir qui sont leurs contacts, si contacts il y a. Comment deviner quand sera le moment ou l'occasion? La seule chose : lors du premier événement et dans une probable filature, les policiers auraient été aux premières loges pour voir l'horreur. Dans le deuxième cas, ils auraient probablement pu intervenir à temps, en autant qu'ils aient été disponibles ce jour-là.

Dans les deux cas, les policiers auraient-ils pu faire autrement ? La réponse est complexe. Ayant écrit la semaine dernière sur l'affaire Magloire, vous comprendrez que je répondrai « pas vraiment ». Ceci dit, nous demeurons dans la même veine. Un fanatique ou un malade mental en pleine crise ne raisonne pas. La seule différence est que nous avons une plus grande sympathie pour le second. Car un marteau, un couteau ou un fusil de chasse, ça ne fait pas une énorme différence. S'équiper pour arrêter l'homme sans arme létale? Peut-être. Mais combien d'entre nous vont blâmer les policiers cette fois?

Où était l'entourage ? Je suis persuadé que les familles immédiates se sont aperçues de la dérive, que les amis ont commencé à se poser des questions. Alors, que pouvaient-ils faire? Espérer pour le mieux, croire qu'il allait changer de discours. Appeler la police? Dire quoi? Mon fils est devenu fou, il se réclame terroriste d'Allah. Une fois avisés, les policiers auraient fait quoi? Nous revenons donc à : sommes-nous prêts.

Les militaires devraient-ils porter leur uniforme ailleurs que sur les bases? Oui, si nous cédons à la peur, nous devenons des victimes. Empêcher les militaires de porter l'uniforme, c'est de dire au monde entier que nous avons peur, ne faisons pas de vague. Quand un peuple cède à la peur, il perd sa dignité.

Comparer un terroriste à un malade mental est peut-être fort, mais dans leurs agissements, les deux se rejoignent. Dans la pensée délirante, les deux se rejoignent aussi et quand vient le moment de passer à l'acte, rien ni personne ne peut y changer.

Que faire? Insister auprès des autorités qui seront maintenant plus vigilantes, mais pas beaucoup plus outillées? On ne peut filer, écouter, enquêter, incarcérer tous les sympathisants de l'islam radical, ni détenir en psychiatrie tous les malades ayant un potentiel de violence.

Sommes-nous prêts à accepter une entorse à nos libertés et droits individuels, ceci, impliquant quelques erreurs de parcours? Car il y aura des erreurs de parcours et c'est le prix à payer.

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