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01/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 01/09/2018 06:00 EDT

Une question d'attitude, dirait le DG du Canadien

La vérité n'est pas importante, seule l'image du moment prévaut.

Vous avez peut-être vu comme moi, aux infos et sur les médias sociaux, l'arrestation dans le métro de Montréal, d'un homme tentant de passer les tourniquets avec la passe de sa copine.

Il y aura eu un journaliste amateur pour filmer l'évènement. Quelle aubaine, trois inspecteurs devant se débrouiller avec un homme ne voulant pas obtempérer et sa copine qui en remet. Filmons, filmons encore, peut-être qu'ils devront le frapper et nous aurons une primeur.

Drôle, un citoyen voit la scène, mais l'idée de venir en aide aux trois hommes, ne serait-ce que pour leur demander si son intervention est nécessaire, ne semble pas lui venir. Oui, juste démontrer aux inspecteurs qu'ils peuvent compter sur son assistance. Un citoyen en a le droit et même le devoir*, ouais... le devoir, un concept totalement dépassé.

Que non, le citoyen-journaliste improvisé, filme avec délectation le combat. Son raisonnement est simple: je vois, je filme et j'interprète: «L'homme fut attaqué par trois inspecteurs zélés.» «Ce n'est pas parce qu'il a tort que l'on doit utiliser une force excessive.»

La vérité n'est pas importante, seule l'image du moment prévaut.

Voilà comment se passent les arrestations maintenant. Les cellulaires se déclenchent au quart de tour. Tant pis, si nous n'avons pas l'entièreté de la scène, nous avons un scoop et faisons vite avant qu'un autre nous devance. La vérité n'est pas importante, seule l'image du moment prévaut.

Selon les inspecteurs, l'homme aurait fait des menaces de mort et il aurait été arrêté pour cela. Bien sûr, la scène n'a pu être captée, mais à voir comment les deux inspecteurs en avaient plein les bras, oui, il ne restait qu'à couper l'arrivée d'air. Et si l'homme continuait à crier «lâchez-moi» et «vous m'étouffez», c'est que l'emprise n'était pas si terrible. Je ne connais personne qui s'époumone lorsqu'il étouffe.

Si tu fais des menaces aux gens sensés vérifier si tu payes ton passage, tu te mets toi-même dans une merdouille sans nom.

Pour le reste, la cour aura à trancher. Dans ces causes, qui en somme sont banales, tout commence par un geste, une parole, une remarque. Si tu te fais prendre à resquiller un passage, ce n'est pas le crime du siècle. Mais si tu fais des menaces aux gens sensés vérifier si tu payes ton passage, tu te mets toi-même dans une merdouille sans nom.

J'aurais aimé que ce citoyen journaliste soit un des trois inspecteurs, juste pour voir sa réaction. L'opinion change vite quand tu chausses les souliers de l'autre.

Et si ce citoyen capteur d'images avait vu l'homme frauder et que les inspecteurs n'avaient pas bougé, il aurait sûrement filmé en disant: «Ils ne font pas leur travail». Il aurait eu raison, car c'est l'idée de la fonction.

Le scoop aura eu son effet. J'imagine que l'incident divisera encore une fois les gens. Et les cellulaires n'ont pas fini de capter les scoops, ça rend célèbre pour quelques jours.


*Code criminel

25 (1) Quiconque est, par la loi, obligé ou autorisé à faire quoi que ce soit dans l'application ou l'exécution de la loi:

  • a) soit à titre de particulier;

  • b) soit à titre d'agent de la paix ou de fonctionnaire public;

  • c) soit pour venir en aide à un agent de la paix ou à un fonctionnaire public;

  • d) soit en raison de ses fonctions,

est, s'il agit en s'appuyant sur des motifs raisonnables, fondé à accomplir ce qu'il lui est enjoint ou permis de faire et fondé à employer la force nécessaire pour cette fin.

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