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08/10/2018 06:00 EDT | Actualisé 08/10/2018 06:00 EDT

Je soutiens mon fils qui se défend en rendant les coups à l'école

Un soir, il a explosé en sanglots et là, j'ai découvert l'ampleur de ce que subissait mon fils depuis le début de la rentrée.

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Lorsque Loulou (mon fils aîné NDLR) est rentré du collège hier, il m'a montré le mot qu'une enseignante a laissé dans le cahier de correspondance:

«Loulou s'est fait 'agresser' par un camarade de classe. Le problème c'est qu'il a répondu en lui donnant des coups alors qu'il aurait dû venir prévenir son enseignante.»

Je lui ai demandé des explications. Il s'avère que ledit camarade s'amusait à arroser Loulou et un de ses copains, ce qui ne leur plaisait pas. Loulou a voulu prendre la bouteille d'eau, le camarade ne l'entendait pas de cette manière et a donc frappé mon fils. Ce dernier a alors répondu en donnant un coup à son tour. L'enseignante les a surpris, convoqués et mis un mot dans les carnets de correspondance à faire signer par les parents.

Ma réaction face à cette situation?

J'ai donné raison à mon fils et je vais vous expliquer pourquoi. Oui, je lui ai dit qu'il avait bien fait de se défendre et même que, si cela devait se reproduire, il continue à le faire.

Je n'ai pas rédigé de réponse à cette enseignante, car il m'aurait fallu tout le carnet de correspondance pour cela. Je me suis contentée de signer ce mot pour montrer que je l'avais lu.

Le soir, au moment du repas, nous sommes revenus sur cet événement en famille. Même si la violence ne règle pas toutes les situations, il semblerait que pour notre enfant, soit il se défend, soit il passe pour le souffre-douleur. Et ça, l'an dernier, ça lui a fait beaucoup, beaucoup de mal...

Mettre un mot sur les maux: le harcèlement scolaire

Lorsqu'il était encore en maternelle, en grande section, Loulou présentait des signes auxquels nous n'avions pas prêté attention au début. Puis, petit à petit, il a commencé à perdre sa joie de vivre, il avait des maux de ventre le matin en allant à l'école, faisait de terribles cauchemars.

Un jour de trop-plein d'émotions, il a «lâché le morceau» et nous a confié que des copains l'embêtaient dans l'école, l'enfermaient dans les toilettes, le tapaient...

Quand nous lui avons demandé pourquoi il ne se défendait pas, il nous a répondu:

Mais vous m'avez dit que je ne dois pas taper mes amis!!!

Loulou était donc tiraillé entre son envie de se défendre et notre injonction de parent «tu ne dois pas frapper». Alors il se laissait faire et forcément, c'était plus drôle pour les autres de s'en prendre à lui qu'à un enfant qui se défend.

Nous avons pris rendez-vous avec son enseignant, directeur d'école également. Nous lui avons exposé la situation et clairement expliqué qu'à partir de ce jour, nous autorisions Loulou à se défendre, à rendre les coups. L'enseignant a redoublé de vigilance, la situation s'est améliorée, mais Loulou avait quand même la peur au ventre certains matins. Pour son entrée en primaire, nous avons fait une demande de dérogation pour le changer d'école de secteur, appuyée par le directeur. Il a donc changé «de fréquentation» et nous étions pleins d'espoir.

Et au secondaire, tout bascule...

Pendant ses années de primaire, il y a eu quelques bagarres dans la cour de récréation. Les enseignantes ont mis des mots dans le cahier de liaison en indiquant que Loulou ne devait pas se battre, mais venir les voir. Nous avons donc recommandé à Loulou de suivre ces indications. Mais rien ne changeait et parfois même, il se faisait disputer par les enseignant·e·s ou les animateur·trice·s.

Oh, ça va, on a d'autres choses à faire, ce n'est pas grave, vous n'avez qu'à régler ça entre vous?

Bon bah, quitte à régler ça entre eux, vas-y Loulou, défends-toi comme on te l'autorise nous, tes parents. Loulou a donc terminé, avec des hauts et quelques déceptions, ses années de primaire.

L'entrée au collège semblait se faire en douceur. Au bout de quelques semaines, j'ai bien senti que quelque chose n'allait pas chez Loulou. J'ai mis ça sur le compte de changement de rythme, de sa prise de responsabilités, de son entrée de plein fouet dans l'autonomie et la préadolescence. Je me suis bien mis le doigt dans l'œil!

Un soir, il a explosé en sanglots et là, j'ai découvert l'ampleur de ce que subissait mon fils depuis le début de la rentrée. Je n'ai eu qu'une envie: aller sonner à la porte du petit merdeux qui le faisait chier et lui exploser la tête contre le mur. Voir mon fils dans cet état m'a fait plonger dans un gouffre sans fond. Comment l'aider à sortir de cette situation dans laquelle, cette fois, il se sentait enfermé? Quels outils lui donner pour qu'il mette un terme aux agissements de ce gamin:

  • qui prend son sac à dos et le jette cinq mètres plus loin parce que ça fait rire les autres,
  • renverse de l'eau dans ses affaires,
  • frappe mon fils dans le dos,
  • envoie les autres le mettre à terre,
  • l'insulte parce que c'est drôle de voir Loulou s'énerver et partir en pleurant,
  • lui dit qu'il l'invite à son anniversaire et la veille lui dit que non, finalement il invite quelqu'un d'autre,
  • menace Loulou de se retrouver tout seul parce que lui, il est «populaire» et qu'il peut dire aux autres de ne plus être ses copains,
  • et j'en passe....

Pourquoi Loulou ne se défendait pas et ne disait rien?

Pour plusieurs raisons. La première était qu'à part cette «bande de copains» de primaire, il ne connaissait personne au collège en début d'année. Il avait donc peur de se retrouver isolé, tout seul, sans personne avec qui jouer. Et oui, les menaces de «je peux dire aux autres de plus être tes copains» fonctionnaient très bien sur lui.

La deuxième, c'est que le petit «merdeux» qui l'embêtait fait bien une tête de moins que mon fils. Physiquement, il y a un énorme écart. Et nous avons appris à Loulou à ne pas s'en prendre à des plus faibles. À nouveau, il y avait ce conflit dans sa tête: j'écoute mes parents ou je désobéis?

La troisième, je la connais bien, il s'agit de l'emprise. Vous savez, ce cercle vicieux et infernal dans lequel vous entrez lorsque vous êtes confronté·e·s à une personne manipulatrice. Un jour, le copain est tout gentil, il propose de venir jouer aux jeux vidéos chez lui... Loulou baisse la garde, se dit que finalement, c'est un bon copain.

Et là, BAM! la salle crasse qui tombe, la réflexion qui tue, le coup dans le dos, le sac à dos jeté dans la cour. Quand Loulou dit que ça suffit, qu'il faut arrêter, le copain redevient gentil, c'est la lune de miel. Et ainsi de suite.

Bref, une situation très compliquée de laquelle mon fils ne pouvait pas sortir sans notre aide.

En mode «il faut sauver Loulou»

J'ai pris rendez-vous avec le professeur principal qui était leur prof de sport. Hélas, rien n'a abouti puisque, pendant les cours d'éducation physique, tout se passait bien entre les élèves. J'ai alerté sur la situation, j'ai demandé à ce que les enseignant·e·s soient vigilent·e·s. Là encore, le professeur m'a conseillé de dire à Loulou de venir en parler dès que l'un des autres le malmenait.

En parallèle, j'ai croisé les parents dudit garçon auxquels j'ai expliqué que l'attitude de leur fils envers le mien n'était pas correcte. Mais les parents ont sans doute pensé que Loulou exagérait parce qu'ils étaient convaincus que leur fils n'était pas comme ça. Fin de non-recevoir.

Par la suite, comme conseillé par le professeur principal, Loulou est allé voir les surveillant·e·s du collège dès la première bousculade. Et là, qu'est-ce qui se passe au collège quand un enfant, un garçon (en plus – stéréotypes sur la virilité, la force, etc.) va se plaindre?

Alors non seulement un enfant est bousculé, mais en plus, le voilà insulté, rabaissé, dénigré. Aller en parler aux adultes n'a fait qu'envenimer la situation jusqu'à ce point de non-retour.

Alors non seulement un enfant est bousculé, mais en plus, le voilà insulté, rabaissé, dénigré. Aller en parler aux adultes n'a fait qu'envenimer la situation jusqu'à ce point de non-retour. Jusqu'à ces mots terribles qui sont sortis de la bouche de mon enfant et qui m'ont glacé le sang.

Autant vous dire que là, il n'était même plus question de «se défendre», mais bel et bien de réussir à mettre un terme à ces faits et gestes. Alors on a pris le temps, moi de l'écouter, de l'emmener chez une professionnelle qui était à même de l'écouter. Égalipère (mon conjoint, NDLR) de lui apprendre comment le langage corporel peut modifier la perception des autres, comment poser sa voix, comment parer les coups et se défendre...

Nous lui avons aussi rappelé que lui ne devait jamais frapper en premier et que s'il est possible de dialoguer avec les autres avant d'en arriver là, qu'il le fasse.

Bien sûr, nous avons autorisé Loulou à rendre les coups qu'il reçoit. Oui, nous lui avons même montré comment faire. Mais nous lui avons aussi rappelé que lui ne devait jamais frapper en premier et que s'il est possible de dialoguer avec les autres avant d'en arriver là, qu'il le fasse.

Et vous savez quoi? Cela lui a permis de terminer son année de sixième dans de meilleures conditions. De reprendre confiance en lui, de ne plus se laisser emmerder par le petit merdeux et sa bande, de se trouver un super copain avec qui il partage les mêmes affinités, de retrouver son sourire et sa joie de vivre.

Et cette joie de vivre, je veux qu'il la garde. Il n'a que 12 ans et à cet âge-là, on ne doit pas penser qu'on ne vaut rien, que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Non, à 12 ans, on doit garder une partie d'insouciance, de spontanéité, de joie de vivre, de rigolade, d'envie de bouffer la vie à pleines dents!

Alors cette année, même si je dois signer des mots et des mots, je soutiens mon fils dans sa légitime défense. Je ne prône pas la violence, j'aimerais qu'il y ait d'autres solutions.

Ce billet a également été publié sur le blogue Égalimère.

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