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01/06/2018 06:00 EDT | Actualisé 01/06/2018 15:52 EDT

La puissance des mots et des gestes

On croirait assister à une version politico-québécoise de «A Town Without Pity» tant les mises en accusation populaires tiennent lieu de pensée politique.

The Canadian Press Images

Voici l'allocution de France Théoret (avec son autorisation) en appui à Martine Ouellet. Cette allocution a été prononcée au rassemblement du 27 mai 2018 au Monument national à Montréal. France Théoret, pour ceux et celles qui ne la connaissent pas, est une de nos grandes écrivaines québécoises. Lorsqu'elle porte son regard sur notre société, c'est toujours pour en dire quelque chose de hautement intelligent et percutant, comme en fait foi toute son oeuvre. Voici:

Martine Ouellet ose des prises de position claires avec des mots évidents. Son discours est limpide. Son but visé, annoncé, l'indépendance du Québec ébranle tout le monde. Elle choque ceux qui sont contre elle et elle secoue positivement aussi celles et ceux qui sont avec elle.

Ses mots sont porteurs d'action et de dynamisme. Cela surprend dans la situation historique actuelle.

À la suite de cet éloquent mot d'espoir, c'est une autre grande écrivaine que le Québec a appelé la « passionaria de l'indépendance » celle qui ne mâche pas ses mots et à qui on doit le merveilleux : « Mon désir de révolution », de prendre la parole pour s'adresser à la politicienne. Comme on a dit MONSIEUR de Parizeau, Madame Andrée Ferretti interpelle MADAME Ouellet ainsi (avec autorisation de l'auteure) :

« (...) il vaut mieux faire peur que pitié.

En ce sens, vous ressemblez à Jacques Parizeau, à Monsieur.

Comme lui, Madame, vous êtes franche, claire, loyale, déterminée.

Vous faites courageusement face à l'adversité, y compris à celle venant de personnes qui devraient normalement compter parmi vos inébranlables alliés.»

Ces textes enchantent parce qu'il y a de la hauteur dans leur pensée. Il y a tant de petites et basses choses dans les médias officiels comme non officiels ces dernières semaines. Des accusations que certains répètent à satiété, sans fondement. On croirait assister à une version politico-québécoise de A Town Without Pity tant les mises en accusation populaires tiennent lieu de pensée politique. Parce qu'une pensée politique est un ensemble cohérent de principes qui l'orientent, de concepts qui l'appuient, de faits qui témoignent de sa rigueur. Cette pensée est incarnée en politique par une personne. Une personne qui par ses actions y sera fidèle ou la détournera progressivement ou pire la trahira. Tout est possible en politique. Martine Ouellet y sera fidèle jusqu'au bout: elle a démontré par ses gestes l'importance qu'elle accorde de récupérer tous nos pouvoirs au Québec (et non pas uniquement de se plaindre de ne pas les avoir) et en particulier celui de l'environnement. L'exemple de Kinder Morgan vient nous rappeler tristement que nous sommes complètement à la merci de décisions du gouvernement canadien sur ce plan là aussi. Et ce ne sont pas les pseudo-unificateurs crypto-fédéralistes qui vont nous propulser pour nous sortir de là.

Aujourd'hui et demain, des gens qui ne sont pas très au courant de l'actualité politique n'oseront pas se prononcer.

Tout l'enjeu du vote du 1er et du 2 juin repose sur cela. Aujourd'hui et demain, des gens qui ne sont pas très au courant de l'actualité politique n'oseront pas se prononcer. D'autres le voudront, secoués par les querelles, mais n'auront pas de cartes de membres ou auront oublié de la renouveler. À l'horizon toutefois, personne n'est indifférent, car l'enjeu semble tout à coup dépasser la personnalité: il s'agit du projet d'indépendance. Qu'allez-vous faire « après » le vote? Dans un sens comme dans l'autre, certains se réjouiront, d'autres pleureront. On a envie tout à coup de jeter un regard vers l'Espagne et la Catalogne pour se reposer un peu. Le dictateur tombé. Tous les espoirs sont permis. Et quelle magnifique solidarité.