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24/09/2015 03:32 EDT | Actualisé 24/09/2016 05:12 EDT

Cinq sujets de politique étrangère qui devraient intéresser les électeurs

Dans l'histoire récente, la politique étrangère a trop souvent été absente des campagnes électorales canadiennes. Peut-être est-ce une question d'époque? Notre désir de solutions instantanées, la dictature de l'urgence, nous éloignent de ces sujets jugés lointains, étrangers et parfois trop complexes. À quelques jours du débat MUNK sur la politique étrangère, voici cinq sujets qui devraient tout particulièrement intéresser les électeurs.

Dans l'histoire récente, la politique étrangère a trop souvent été absente des campagnes électorales canadiennes. Peut-être est-ce une question d'époque? Notre désir de solutions instantanées, la dictature de l'urgence, nous éloignent de ces sujets jugés lointains, étrangers et parfois trop complexes. On en vient à oublier que le Canada a joué un rôle important dans les affaires internationales et que sa place dans le monde reste toujours à construire.

À quelques jours du débat MUNK sur la politique étrangère, voici cinq sujets qui devraient tout particulièrement intéresser les électeurs :

1. Le climat

Sans doute l'un des plus grands dossiers de l'heure, la lutte au réchauffement climatique s'impose par son urgence et par le fait qu'elle requiert une réponse globale. Des engagements fermes devront être pris par les états à l'échelle planétaire. La Conférence de Paris sur les changements climatiques (COP21), au début du mois de décembre, offre « une nouvelle chance » aux pays de s'entendre entre eux - certains diraient la dernière...

Pour le Canada, la question est relativement simple : allons-nous renouer avec l'esprit du Protocole de Kyoto ? A l'exception du Parti conservateur, tous les autres partis s'y engagent. Il serait intéressant de savoir comment et par quels moyens ces partis entendent assumer un leadership mondial en la matière.

2. Daech - Lutte contre l'État islamique

Daech - le soi-disant « état islamique » - constitue, à l'heure actuelle, la première menace à la sécurité collective. La coalition mise en place, il y a plus d'un an, par le Président américain, Barack Obama, et dont le Canada fait partie, a permis d'endiguer ce mouvement terroriste, mais il n'est ni neutralisé ni éradiqué. Dans un sens, Daech interroge le concept même de «communauté internationale» : Seule une vraie coalition militaire et politique, comprenant les États-Unis, l'Europe, les Saoudiens, les Qataris, les Jordaniens, mais aussi les Turcs, la Russie et même l'Iran - pourra en venir à bout.

Il faut, comme le rappelait l'ex-ministre des Affaires étrangères de la France, Hubert Védrine « que cette opération soit cautionnée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, y compris donc par la Chine. Pour cela, il s'agit d'être, certes, clair sur l'objectif - détruire Daech- mais également sur l'après-guerre, comme il a été fait durant la seconde guerre mondiale lors des conférences de Téhéran, de Yalta et de Postdam».

Pour le Canada, la question se pose comme suit : pouvons-nous, sans renier nos responsabilités vis-à-vis de la sécurité collective, nous soustraire de l'actuelle coalition ? Le Parti Libéral et le Nouveau Parti Démocratique semblent penser que oui. Le Parti conservateur et le Bloc Québécois estiment, à l'inverse, que nous avons un devoir moral a) d'y participer aux côtés de nos alliés et b) d'y mettre les moyens requis.

3. La crise des migrants

Le sujet s'est invité dans la campagne fédérale à la mesure des voix qui se sont élevées pour demander que le Canada accueille un plus grand nombre de réfugiés syriens. Devant l'urgence et l'ampleur de ce déferlement, deux logiques s'opposent. La première est principalement guidée par la compassion et suppose que l'on accélère les procédures du droit d'asile. La seconde est guidée par l'impératif sécuritaire; la question Islam/ islamisme y est sous-jacente. Elle entraine une procédure plus lourde visant à filtrer les éléments terroristes.

En toile de fond, on retrouve également le rapport des provinces canadiennes vis-à-vis du multiculturalisme. Selon que l'on parle d'asile provisoire ou durable, la question de l'intégration de ces réfugiés va se poser.

Enfin, il faut se rappeler que les réfugiés fuient une menace, en l'occurrence une guerre civile en Syrie et la barbarie de Daech. Face à la crise des migrants syriens, un « accueil généreux » ne saurait constituer une politique suffisante. La solution passe par la fin du conflit en Syrie et l'éradication de Daech. Le Canada est-il prêt à s'y commettre ou laissera-t-il les autres nations s'en occuper ? L'alternative se situe entre une crise de centaine de milliers de migrants et un désastre impliquant des millions d'entre eux.

À différents degrés, tous les partis ont convenu de l'urgence d'agir. Si les partis diffèrent quelque peu sur le nombre de réfugiés à accueillir, seul le Parti conservateur a évoqué l'impératif sécuritaire. L'autre volet de la question, la lutte contre Daech, constitue le véritable point de différenciation entre les formations politiques.

4. Crise ukrainienne - Embargo russe

Sujet peu ou pas traité par les médias, le jeu de sanctions croisées entre le Canada et la Russie a eu un impact sur l'économie canadienne et en particulier sur celle du Québec. Selon les chiffres les plus récents de l'Institut de la statistique du Québec, la valeur des exportations québécoises vers la Russie a chuté de 72 % depuis l'entrée en vigueur des sanctions russes - passant de 496 millions (pour la période équivalente d'août 2013 à mai 2014) à 138 millions de dollars (août 2014 à mai 2015). Dans le reste du Canada et pour la même période, le chiffre passe de 774 à 384 millions de dollars, une chute de 51 %.

Sur un an, les pertes pour le Québec pourraient s'élever à quelque 500 millions de dollars. La question se pose : le gouvernement fédéral devrait-il aider les entreprises canadiennes qui sont particulièrement touchées par l'embargo russe, à l'instar de ce que fait l'Union européenne - qui a débloqué une deuxième tranche d'aide de 500 millions d'euros (environ 750 millions de dollars canadiens), le 7 septembre dernier ? Pour l'instant, aucun parti politique ne s'est saisi de cette question.

5. Les accords de libre-échange

Face à la décision unilatérale d'Ottawa de sacrifier les produits laitiers québécois lors de la conclusion de l'accord de libre-échange Canada-Union européenne (CETA), le gouvernement de madame Pauline Marois était monté au créneau, obtenant au minimum la promesse d'une compensation fédérale pour les dommages économiques occasionnés au Québec. Étrangement, le gouvernement Couillard n'a pas relancé le gouvernement fédéral sur cette question. A l'opposé, la conclusion prochaine d'un accord de libre-échange Trans-Pacifique (TPP) fera vraisemblablement des victimes au Canada.

Il serait intéressant de connaître les avis des partis sur la question de la compensation aux perdants de tels accords.

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