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13/06/2016 10:01 EDT | Actualisé 14/06/2017 05:12 EDT

Villes québécoises: trois chantiers pour les 20 prochaines années

De Montréal, à Baie-Saint-Paul, en passant par Québec, les centres-villes ont retrouvé leurs lettres de noblesse. Un peu partout, des promoteurs innovent pour esquisser ce qui pourrait constituer bientôt des écoquartiers.

Il y a 20 ans, dans la foulée de Rio et de l'idée d'un «développement durable», quelques étudiants finissants en aménagement et urbanisme se lançaient dans la mêlée et créaient Vivre en Ville, une organisation vouée à changer la manière de construire les villes, partout au Québec. Il faut se rappeler du contexte qui prévalait dans notre mode de développement en 1996. L'étalement urbain était alors à son apogée; nombre de quartiers centraux vivaient un déclin et connaissaient l'insécurité; les derniers prolongements du métro dataient déjà de près de 10 ans. On sentait pourtant, à travers diverses initiatives politiques - surtout locales - et immobilières, qu'un autre modèle était possible.

Aujourd'hui, qu'en est-il?

Le vent de changement qu'on sentait poindre il y a 20 ans a assurément progressé. De Montréal, à Baie-Saint-Paul, en passant par Québec, les centres-villes ont retrouvé leurs lettres de noblesse. Un peu partout, des promoteurs innovent pour esquisser ce qui pourrait constituer bientôt des écoquartiers. Les grands projets de transport collectif se font de plus en plus crédibles. Le rôle structurant de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme dans nos vies est largement reconnu, que ce soit par les chercheurs ou les gouvernements. On ne peut plus parler de changements climatiques ni de saines habitudes de vie sans parler d'aménagement.

Pour autant, le virage n'est pas accompli. Le gaspillage de territoire, d'argent, de temps, entraîné par l'éparpillement croissant de nos villes et de nos villages, est encore le modèle dominant. La dépendance à l'automobile, la destruction des milieux naturels, la pression sur le coût des infrastructures sont toujours à l'ordre du jour.

On sent, actuellement, une tension entre ces deux modèles: le désir d'un mode de développement urbain efficient, susceptible de garantir à long terme notre qualité de vie et notre prospérité, et l'attrait persistant pour l'american way of life, peu importe ses conséquences que nous ne sommes pourtant plus très nombreux à ignorer.

Il est urgent, pour le Québec, de prendre résolument la voie d'un développement urbain plus soutenable, et de s'en donner les moyens. Nous avons peu de temps: c'est maintenant, alors que notre croissance démographique demeure significative, que nous pouvons en profiter pour changer progressivement le visage de nos villes. Les choix que nous faisons aujourd'hui produiront leurs conséquences pour les décennies à venir, et nous ne pourrons que les regretter - ou nous en féliciter.

Pour les 20 prochaines années, nous proposons trois grands chantiers, qui devront mobiliser tous les paliers de gouvernement et l'ensemble des citoyens.

Premier chantier: cesser l'étalement et refaire la ville sur la ville. Nos centres-villes, nos banlieues, même nos villages regorgent d'espaces sous-utilisés, disponibles pour accueillir la croissance attendue. Profitons-en pour adapter l'offre résidentielle aux besoins de tous, à commencer par les familles, mais aussi les aînés, dont la proportion va considérablement augmenter.

Deuxième chantier: rationnaliser l'offre commerciale. Nous ne pouvons plus prétendre à la fois revitaliser nos artères commerciales et nos rues principales, vouloir rendre accessibles à pied les commerces du quotidien, et continuer d'accepter le développement de toujours plus grandes surfaces, à grands frais d'échangeurs autoroutiers et de terres agricoles gaspillées.

Troisième chantier: développer une offre de transport multimodale. Toujours le modèle dominant, la culture automobile montre pourtant des brèches, notamment dans la jeune génération, dont il faut profiter. C'est maintenant qu'il faut investir pour nous donner le choix de nous déplacer autrement. Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons investi des milliards pour adapter nos villes à l'automobile. Il est temps de changer la mise, en faveur maintenant des transports actifs, collectifs et partagés.

Ces chantiers, Vivre en Ville entend les suivre de près. À travers ce défi collectif pour les 20 prochaines années, nous poursuivrons ainsi notre travail en faveur de milieux de vie de qualité, prospères et favorables au bien-être de chacun - dans le respect de la capacité des écosystèmes, et la recherche de l'intérêt collectif.

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