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13/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 13/05/2018 08:00 EDT

Maman aimait le cinéma

Je me souviendrai toujours de cette journée, la seule durant laquelle j'ai eu ma mère à moi tout seul.

Fournie par Christian Merciari
Une des rares activités que nous faisions moi et mon frère avec notre mère était les sorties au cinéma.

- Pourquoi tu aimes tant aller au cinéma Christian?

- Parce que j'aime me faire raconter des histoires.

Cette réponse ne correspond pas tout à fait à la vraie vérité. En fait, j'aime aller au cinéma à cause de ma mère.

Ma mère avait une santé fragile. Elle est d'ailleurs décédée à cause de sa santé défaillante quand j'avais 20 ans. Ses problèmes de santé l'empêchaient de faire beaucoup d'activités avec ses deux fils qui étaient, je dois l'avouer, assez turbulents. Une des rares activités que nous faisions moi et mon frère avec notre mère était les sorties au cinéma. Probablement parce que ça lui demandait un effort moins important qu'aller faire du camping ou de la natation. Probablement aussi parce qu'elle aimait aller au cinéma.

Avec ma mère, j'ai donc vu toute une série de films pour enfants dans des salles de Montréal qui sont toutes, pour plupart, fermées depuis. La Planète des singes au Monaco du boulevard Monk. Les films de la « Coccinelle » au cinéma Saint-Denis sur la rue du même nom et La Guerre des étoiles au Odéon Verdun pour ne nommer que ceux-là. Ces sorties étaient pour moi mémorables, car il était rare, dans ma petite famille réduite, de faire des choses tous ensemble. Mon père étant décédé accidentellement quand j'avais un an, l'unité familiale avait un peu été mise de côté très tôt dans ma vie. Mais les sorties au cinéma venaient périodiquement à la rescousse et offraient, à mon frère comme à moi, un semblant d'unité familiale standard pendant quelques moments précieux. En ce qui me concerne, c'était parmi les seuls instants que je passais avec ma mère dans le contexte d'une relation maman-enfant normale, elle qui était souvent trop faible pour que ces épisodes soient plus fréquents et plus variés.

Le paroxysme de ces sorties est venu pour moi un jour de pluie durant lequel j'étais en congé pédagogique et que mon frère, plus vieux, était lui à l'école.

Le paroxysme de ces sorties est venu pour moi un jour de pluie durant lequel j'étais en congé pédagogique et que mon frère, plus vieux, était lui à l'école. Maman m'avait amené voir avec elle le film « Young Frankenstein » au défunt cinéma Palace sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. C'est moi qui avais choisi ce film qui ne disait sans doute pas grand-chose à ma mère, mais elle aimait son fils. Une maman c'est comme ça. Nous étions ensuite allés manger des crêpes, mon dessert préféré au monde, et elle m'avait acheté des livres à colorier et de nouveaux crayons de couleurs. Je me souviendrai toujours de cette journée au cours de laquelle j'ai eu ma mère à moi tout seul. Je m'en souviens, car c'est arrivé seulement une fois.

Le paroxysme de ces sorties est venu pour moi un jour de pluie durant lequel j'étais en congé pédagogique et que mon frère, plus vieux, était lui à l'école. Maman m'avait amené voir avec elle le film « Young Frankenstein » au défunt cinéma Palace sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. J'avais choisi ce film qui ne lui disait sans doute pas grand-chose mais elle aimait son fils. Une maman c'est comme ça.

Je crois donc profondément que mon amour infini des sorties au cinéma vient donc de ces quelques épisodes heureux de mon enfance en compagnie de mon frère et surtout de ma mère. Les films importaient peu au fond, la salle également, l'important c'était ce moment partagé avec mes proches... avec maman surtout. Des moments que je recréé vraisemblablement inconsciemment à chacune de mes sorties au cinéma depuis. On dit souvent que la grande force de l'écran de cinéma c'est de faire ressortir les émotions qui dorment en nous. Dans certains cas, ces sentiments ne se retrouvent pas seulement sur le grand écran devant nous mais aussi sur le siège d'à côté occupé par une maman ou par n'importe quel autre être cher que l'on a jamais oublié.

Pensez-y: les gestes et les moments d'aujourd'hui seront un jour les souvenirs de demain. Bonne fête des Mères à toutes les mamans, qu'elles aiment le cinéma ou non, mais qui aiment toujours leurs enfants passionnément!