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24/09/2018 11:07 EDT | Actualisé 24/09/2018 11:11 EDT

«Fahrenheit 11/9»: la mort de l'empire américain

L'oeuvre tente en quelque sorte de donner un traitement d'électrochocs à un patient qui se trouve entre la vie et la mort.

En vérité, ce qui est visé dans Fahrenheit 11/9, c’est une forme de soulèvement idéologique global qui replacerait les citoyens au cœur de l’équation politique américaine et ce, peut-être pour la première fois.
Mark Blinch / Reuters
En vérité, ce qui est visé dans Fahrenheit 11/9, c’est une forme de soulèvement idéologique global qui replacerait les citoyens au cœur de l’équation politique américaine et ce, peut-être pour la première fois.

À la fois film coup de poing et documentaire complètement engagé, la plus récente oeuvre du cinéaste Michael Moore nous plonge dans le cauchemar que sont devenus les États-Unis d'Amérique, non-seulement depuis l'élection de Donald Trump, mais bien avant la prise de pouvoir de ce dernier.

D'entrée de jeu, il faut dire que Fahrenheit 11/9 n'est pas le film qui s'attaque à Donald Trump que l'on nous promettait dans les bandes-annonces sorties avant sa sortie. Il est vrai que Fahrenheit 11/9 s'en prend à Donald Trump, mais il va nettement plus loin que cela en mettant au banc des accusés l'ensemble des acteurs du système politique américain, écorchant même Barack Obama au passage.

Il s'agit d'une œuvre qui tombe à point à quelques semaines des élections américaines de mi-mandat et son message semble être bien plus profond que de simplement inciter l'électeur américain à voter contre le parti de l'actuel président des États-Unis. C'est plutôt un changement de fonctionnement politique qui est prôné ici... un changement que ni les Démocrates ni les Républicains ne sont en mesure d'incarner.

En vérité, ce qui est visé dans Fahrenheit 11/9, c'est une forme de soulèvement idéologique global qui replacerait les citoyens au cœur de l'équation politique américaine et ce, peut-être pour la première fois.

Un certain 8 novembre

Le film s'ouvre sur cette fatidique soirée du 8 novembre 2016, qui a choqué non seulement les États-Unis, mais également le monde entier. Personne, il faut le dire, n'attendait une victoire de Trump, pas même ce dernier.

Michael Moore nous explique la raison qui avait d'abord poussé Donald Trump à se lancer dans la course vers la nomination républicaine, une raison qui risque d'en surprendre plusieurs et qui n'a absolument rien à voir avec un souci d'améliorer la qualité de vie du peuple américain (Make America great again). L'hystérie collective qui caractérise les É.-U. depuis l'élection de Trump trouve donc son origine dans le profond narcissisme de cet homme. Cette hystérie incarne l'aboutissement d'une déchéance intégrale de valeurs qui avait commencé bien, il faut l'admettre, avant l'arrivée de Trump sur la scène politique américaine.

Le film de Michael Moore contient beaucoup d'informations. Certaines des données que nous présente le réalisateur étaient du domaine du connu alors que d'autres sont plus inédites. Toutes les informations proposées demeurent néanmoins pertinentes et essentielles, afin de tenter comprendre comment le peuple américain en est arrivé à se donner un chef qui a plus en commun avec le méchant d'un film d'Austin Powers qu'avec même le plus véreux des politiciens.

Il est important de mentionner que ce film représente essentiellement un point de vue face à la situation qu'il décrit, car Fahrenheit 11/9 est avant toute chose un document engagé. Il a néanmoins le mérite de s'en prendre à toute la classe politique américaine, peu importe l'allégeance idéologique, et s'attaque aussi à certains grands médias d'information qu'il place également au banc des accusés. Il dénonce donc, et parfois maladroitement il faut bien le dire, un système qui ne fonctionne plus et qui court à sa propre perte.

Les porteurs d'espoir

Fahrenheit 11/9 ne fait pas que dénoncer une culture politique pourrie jusqu'à la moelle. Il tente aussi de nous présenter certains agents de changement potentiels, comme la candidate démocrate très à gauche Alexandria Ocasio-Cortez, mais surtout ces jeunes militants engagés que sont Emma González et David Hogg, tous deux survivants de la tuerie récente à l'école secondaire Parkland en Floride.

Ces personnes semblent représenter la voie de l'avenir pour Moore, des agents de changement venus d'une nouvelle génération, et presque d'un autre monde, qui sauront peut-être faire changer un peu les choses. Seul l'avenir le dira.

Traitement électrochoc pour un patient à l'agonie

Par moment, Fahrenheit 11/9 semble faire le point sur la carrière de Michael Moore à titre de réalisateur de documentaires engagés. Oeuvre quasi-synthèse, le film revient sur plusieurs des thèmes abordés dans les films précédents du réalisateur et nous montre que le système qui a donné naissance aux réalités dénoncées ne semble que se détériorer au fil des années. Comme si Moore avait trouvé le dénominateur commun de tous les problèmes qui accablent la société de notre voisin du sud, Fahrenheit 11/9 identifie le coupable d'un crime collectif perpétré à répétition en toute impunité contre le citoyen américain moyen.

Le film revient abondamment sur le scandale de l'eau contaminée dans la ville de Flint au Michigan, afin de nous rappeler les conséquences des décisions des dirigeants politiques de l'endroit. L'objectif visé par Moore est toutefois nettement plus large, car Flint n'est qu'un microcosme du désastre qui touche toute une nation.

Bien sûr, Flint c'est les États-Unis et le plomb dans l'eau qui tue lentement la population. C'est la cupidité de la classe politique qui n'a qu'un seul but: assurer sa prospérité et celle de ses donateurs. L'Amérique toute entière est empoisonnée et se meurt à petit feu, ses citoyens les moins fortunés en premier.

Fahrenheit 11/9 tente en quelque sorte de donner un traitement d'électrochocs à un patient qui se trouve entre la vie et la mort. Nous saurons, au lendemain des élections américaines de mi-mandat prévues le 6 novembre prochain, si le patient à une chance de survie...

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