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31/08/2016 11:57 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

M. Taillefer, à quand votre défense du salaire maximum?

TEXTE COLLECTIF - Dans la lutte pour l'équité salariale, nous utilisons la formule «à travail égal, salaire égal.» Il serait temps d'évaluer quel est réellement le travail qu'un patron effectue de plus qu'un employé et qu'est-ce qui justifie un tel écart de rémunération.

TEXTE COLLECTIF - Alors que le Québec s'apprête à célébrer la «fête du Travail» et non la fête des travailleuses et travailleurs, que notre premier lundi de septembre est férié et non notre 1er mai, il apparaît nécessaire de repolitiser cet intermède en questionnant les inégalités inhérentes à notre organisation actuelle du travail.

M. Alexandre Taillefer, votre participation à l'actuelle discussion sur le salaire minimum à 15 $ est fort appréciée. 15 $ de l'heure, ce n'est que la pointe de l'iceberg pour accéder, avec un travail à temps plein, à un niveau de vie «décent». On ne dit pas confortable, on dit décent.

À force de parler de ce qui est nécessaire pour avoir une «vie décente», on en oublie de parler de ce qui est indécent : Qu'attendez-vous pour défendre l'idée d'un revenu maximum?

À l'heure actuelle, en payant leurs employés 10,75 $/h, des entreprises réussissent à constituer de jolies marges de profit sur le dos de ceux et celles qui peinent à boucler les fins de mois. Pendant que des Bouchard de chez Couche-Tard et autres PDG gagnent individuellement près de 15 millions par an, ce sont les banques alimentaires, l'assurance maladie, l'aide sociale, ainsi que tous les services étatiques et communautaires qui comblent les besoins primaires afin de permettre à leurs employés de vivre.

«Même s'ils s'autoproclament « preneurs de risques », les patrons des grandes entreprises auraient 13 fois moins de chance de se faire montrer la porte que leurs employés.»

Dans la lutte pour l'équité salariale, nous utilisons la formule «à travail égal, salaire égal.» Il serait temps d'évaluer quel est réellement le travail qu'un patron effectue de plus qu'un employé et qu'est-ce qui justifie un tel écart de rémunération.

Une compensation pour le risque? Même s'ils s'autoproclament « preneurs de risques », les patrons des grandes entreprises auraient 13 fois moins de chance de se faire montrer la porte que leurs employés selon le quotidien britannique The Guardian. Même s'ils ne travaillent plus jamais, de généreuses compensations de départs assurent leur subsistance, les risques sont portés par d'autres épaules. Une motivation à la performance, les salaires vertigineux? Non seulement aucun lien effectif entre la performance et de hautes rémunérations n'est avéré, plus encore, certaines études de la très gauchiste Réserve fédérale américaine démontrent que les salaires dans les six chiffres réduisent l'ouverture d'esprit et la pensée créative. Une juste évaluation du talent? La performance dans le secteur financier est aléatoire et l'idée qu'elle relève d'habiletés effectives des gestionnaires et autres PDG prétendant dompter le marché est une vue de l'esprit.

Rien ne justifie un tel écart

Chaque année, le 2 janvier, les journaux publient la même nouvelle : les grands patrons ont déjà gagné le salaire annuel de la majorité de leurs employés. Le Centre canadien de politiques alternatives a calculé en 2016 que les 100 Canadiens les mieux payés avaient récolté 8,96 millions de dollars, 184 fois plus que le salaire moyen des Canadiens et Canadiennes, 48 636 dollars par année. Grâce aux gains boursiers, ces salaires de privilégiés ont grimpé de 73 % entre 1998 et 2012, alors que les travailleurs et travailleuses devaient lutter pour réussir à obtenir des augmentations inférieures à 6 % pour la même période.

Augmenter le salaire des salariés les moins rémunérés permettrait de réduire la pauvreté, toutefois ce qui génère le plus de distorsions est l'inégalité entretenue par l'enrichissement illimité. L'accumulation de telles richesses ne fait que concentrer les ressources et le pouvoir entre les mains d'une infime portion de la population alors que le reste du monde, dépossédé, s'endette et doit multiplier les moyens pour survivre.

Alors, M. Taillefer, au nom de la décence, expliquez-nous quel devrait être le salaire maximum pour bien vivre?

Chloé Domingue signe ce billet de blogue au nom du Front d'action socialiste, une organisation militante regroupant des citoyens et citoyennes de plusieurs horizons prônant la diffusion des idées et pratiques socialistes.

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