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03/07/2018 08:00 EDT | Actualisé 03/07/2018 16:44 EDT

Que fait la gauche en cette ère de «fake news»?

La gauche mondiale est désorganisée, fragmentée, perdue dans des milliers de combats qui l'ont fait perdre de vue la guerre globale qui fait rage.

Klaus Vedfelt via Getty Images

À force d'avoir les mêmes discussions avec les collègues, ami-e-s, membre du clan familial et autres, et que le constat final reste le même, je m'en voudrais de ne pas essayer (encore) de taper (encore) sur un clou qui personnellement me semblait enfoncé jusqu'à en ressortir de l'autre côté de la planche:

«QUE FAIS LA GAUCHE MONDIALE EN CETTE ÈRE DE FAKE NEWS / POPULISME À OUTRANCE / RETOUR À L'INDIVIDUALISME PRIMAIRE???»

J'aimerais vraiment, VRAIMENT pouvoir répondre à ma propre question en disant qu'elle prépare ses armes dans l'ombre, avec des idées, des solutions, des contre-attaques et des alliances potentielles en vue. Qu'elle reviendra en force au Québec en 2022, et dans le reste du monde dès 2020, portée par une volonté de changement sans précédent et par un réel désir de s'attaquer aux grands chantiers internationaux à venir que sont les migrations massives, les changements climatiques, le terrorisme international et Donald Trump.

La gauche mondiale est complètement désorganisée, fragmentée, perdue dans des milliers de combats en tous genres qui l'ont fait perdre de vue la guerre globale qui fait rage.

Et là, j'arrête de rire à en pleurer pour amèrement constater ceci: ça n'arrivera pas.

Les raisons sont multiples, il serait assez long de les énumérer et dans le fond, personne ne les connait totalement, mais au final, le verdict est accablant. La gauche mondiale est complètement désorganisée, fragmentée, perdue dans des milliers de combats en tous genres qui l'ont fait perdre de vue la guerre globale qui fait rage. C'est un constat global d'échec, partout.

Mais où est la gauche?

La gauche n'a pas de réponse à Donald Trump, aux frères Ford ou aux dirigeants est-européens. Elle n'a pas su prévoir, ni contrer, le réveil des frondes nationalistes, les bouleversements majeurs causés par les guerres et les phénomènes climatiques poussant des centaines de milliers de migrants sur les routes de l'Europe ou de l'Amérique.

Elle n'a pas été en mesure de s'organiser pour préparer des solutions collectives aux problèmes collectifs dans des sociétés ou le «me, myself and I» est exacerbé par des gens qui eux, ont compris sur quels leviers appuyer. L'échec est total, et les répercussions de cet échec se feront sentir pendant très longtemps...

Plus près de nous, force est de constater cet échec en regardant attentivement les prévisions pour les prochaines élections québécoises. En date d'aujourd'hui, la CAQ, à droite comme c'est permis de l'être, serait aux commandes d'un gouvernement majoritaire, mais la gauche (et j'y inclus le PQ, ne vous en déplaise) se ferait presque balayer du paysage politique avec un maigre 13 députés... sur 125!!

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Si ce n'est pas écrasant comme constat pour vous, je ne sais plus quoi vous dire. Quand c'est rendu que le Parti libéral du Québec, devenu conservateur jusqu'à la racine depuis Jean Charest, se proclame «progressiste», on a perdu complètement le sens du mot «progrès» dans un brume épaisse digne des films d'horreur. Mais puisque ça commence à faire beaucoup de monde à droite, le PLQ tente de séduire «à gauche» en reniant l'ensemble de ses actions depuis 2002, et personne ne semble en mesure de lui faire ravaler ses paroles, ce qui semble pourtant si facile à faire...

L'Ontario vient d'élire Doug Ford, le frère de l'autre épouvantail. Trudeau est à quelques décisions près de perdre ses prochaines élections contre les conservateurs. Je ne m'étendrai pas sur le Trumpster d'en bas, tout a été dit. Nous sommes à une élection près d'être rayé de la carte politique nord-américaine, et personne n'en parle. Personne ne semble s'en faire outre mesure. Ça va leur passer, qu'ils doivent se dire.

Quand ils verront à quel point ça va devenir pénible tout ça, que les mauvaises décisions politiques collectives vont s'enchaîner les unes aux autres et d'un océan à l'autre, il sera possible de leur refaire prendre conscience des bienfaits des politiques collectives protégeant les plus démunis et le bien commun. Je suis au regret de vous dire que cela n'arrivera pas...

Nos leaders de gauche continueront à s'entre-déchirer, à penser que leur formation à elle seule sera en mesure d'inspirer les générations futures pour changer le monde.

Seule une réponse détaillée, vulgarisée, concertée et organisée de la gauche, québécoise et mondiale, à cette guerre déclarée par la droite il y a de cela bien longtemps pourrait faire pencher l'opinion publique de l'autre côté. Des programmes politiques écrémés, où l'on se restreindrait au strict nécessaire en mettant de côté tous ces petits combats qui, bien qu'importants, peuvent attendre dans le grand schéma global; des alliances stratégiques et bien nouées, pour mener à bien des batailles spécifiques. Bref, un plan qui ferait du sens.

Hélas, connaissant on ne peut trop bien les façons de procéder de mes z'ami-e-s de gauche, c'est ce qu'on appelle du «wishful thinking». Personne ne voudra renoncer au moindre combat, personne ne mettra d'eau dans son vin, personne ne voudra s'entendre.

Nos leaders de gauche continueront à s'entre-déchirer, à penser que leur formation à elle seule sera en mesure d'inspirer les générations futures pour changer le monde. Et pendant ce temps, nous continuerons à choisir entre le pire et le moins pire. L'autre option, la bonne, ne semble pas comprendre que prendre le pouvoir est une nécessité absolue pour freiner ce qui se passe autour, et que pour cela, tous les moyens sont permis et nécessaires!! Genre, jouer la game dans le but de la gagner, et non simplement de participer.

Pour ma part, j'entre en hibernation politique. Réveillez-moi lorsque les leaders de gauche pourront s'entendre sur quelque chose, et il me fera plaisir de me secouer les puces et de mettre mes lumières au service de la cause. En attendant, j'en ai marre de m'exaspérer contre toutes sortes de mouvements / décisions / aberrations, qui ne sont que le résultat direct de votre refus de pratiquer la Realpolitik...