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19/07/2018 06:00 EDT | Actualisé 20/07/2018 12:56 EDT

Santé mentale et services de psychologie: 4 questions aux partis politiques

Nous avons préparé quatre questions qui abordent les sujets de la santé mentale, l'accès à la psychothérapie, les services psychologiques du secteur de la santé et les psychologues scolaires.

asiseeit via Getty Images

L'Association des psychologues du Québec, qui joint plus de 3000 psychologues aux quatre coins du Québec, s'intéresse à la campagne électorale qui se dessine présentement.

Nous voulons en savoir plus long sur ce que les partis politiques proposent aux Québécois. Pour ce faire, nous avons préparé quatre questions qui abordent les sujets de la santé mentale, l'accès à la psychothérapie, les services psychologiques du secteur de la santé et les psychologues scolaires.

Nous avons demandé aux représentants des quatre formations politiques représentées à l'Assemblée nationale de répondre à nos questions pour que nous puissions informer nos membres et la population en générale sur leur vision et leurs engagements en matière de santé mentale. Nous publierons leurs réponses sur notre blogue au mois d'août.

Pour l'instant, voici une présentation des enjeux qui nous préoccupent.

1. Santé mentale

Nous savons qu'une personne sur cinq vivra, au cours de sa vie, une situation liée à la maladie mentale. Déjà, on évalue l'impact économique de la maladie mentale à plusieurs centaines de millions de dollars. En plus des enjeux économiques, nous savons aussi que les problèmes de santé mentale affectent les personnes, les familles et amis ainsi que les milieux de travail.

De nombreuses recherches démontrent pourtant la rentabilité financière d'investir en santé mentale.

Malgré les coûts économiques et sociaux très élevés liés à la santé mentale, ce domaine demeure le parent pauvre des services de santé. De nombreuses recherches démontrent pourtant la rentabilité financière d'investir en santé mentale. L'économie est d'au moins le double de chaque dollar investi, parce qu'il s'en suit une réduction marquée des visites aux urgences, aux cabinets des médecins, de l'usage de médicaments et de l'absentéisme au travail.

Notre question: Que propose votre parti politique pour ce qui est de l'offre de services à la population en santé mentale?

2. Accès à la psychothérapie

Plusieurs pays industrialisés ont décidé d'investir en santé mentale et de subventionner les services de psychothérapie, ayant compris la rentabilité économique et sociale qui en découle.

L'actuel gouvernement a choisi d'emboiter le pas et a amorcé un projet pilote. Mais l'accès à la psychothérapie financé par l'État soulève plusieurs questions. En effet, l'expérience amorcée dans quelques pays européens a révélé plusieurs lacunes qui nous inquiètent:

- on observe une dérive dans le concept de psychothérapie: un protocole mécanisé restreint à une seule approche de psychothérapie. L'accent est mis sur le volume, au détriment de la qualité: les utilisateurs de ces services décrochent rapidement.

- Il s'agit principalement de services d'aide en santé mentale: un concept utile à la population, mais qui ne devrait pas être annoncé comme étant de la psychothérapie.

- Le passage obligé par la référence d'un médecin entraîne un dédoublement inutile, un gaspillage de fonds publics, alors qu'ici au Québec, les psychologues sont reconnus par la Loi 21 comme spécialistes en santé mentale et que les médecins sont déjà débordés.

- Des économies sont faites sur le dos des professionnels effectuant les traitements (secteur privé) et ceux-ci déplorent l'ingérence administrative dans leur autonomie professionnelle de même que des conditions de travail et tarifs insatisfaisants.

Notre question: Quelle est la vision de votre parti politique à l'égard d'un programme public de psychothérapie?

3. Accès aux psychologues du secteur public de santé

Selon le dernier Portrait de main d'œuvre du gouvernement du Québec, nous constatons qu'il y a une forte pénurie (artificielle) de psychologues dans le réseau public de santé (quelques centaines de psychologues manquants).

Depuis plus d'une dizaine d'années, nous assistons à un exode des psychologues vers le secteur privé.

Pourtant nous ne manquons pas de psychologues au Québec, puisque nous en comptons près de 9000. Depuis plus d'une dizaine d'années, nous assistons à un exode des psychologues vers le secteur privé. Il faut se poser des questions sur les facteurs qui sont responsables de cette fuite et trouver des solutions.

L'expertise précieuse développée au sein du réseau de santé en matière de services en santé mentale, notamment au chapitre des services psychologiques, doit être appréciée à sa juste valeur et non seulement préservée, mais renforcée pour le mieux-être de la population.

Les équipes de santé mentale fournissent une approche interdisciplinaire nécessaire au traitement des troubles de niveaux modéré à sévère. Avant même d'inventer un coûteux programme d'accès à la psychothérapie, nous croyons que la priorité est de corriger la pénurie de psychologues dans le réseau public de santé.

Notre question: Que propose votre parti politique pour remédier à cette situation et améliorer l'accès aux psychologues du secteur public?

4. Psychologues scolaires

Les services des psychologues dans les écoles du Québec ne font pas encore partie des services essentiels et sont considérés comme un luxe. D'année en année, le nombre de psychologues scolaires est en diminution, plusieurs commissions scolaires ayant choisi d'abolir leurs postes.

L'impact est désastreux: des centaines d'élèves sont en attente d'une évaluation psychologique ou d'un traitement psy pour différents cas de santé mentale et divers troubles d'apprentissage. La place des psychologues scolaires dans les écoles est un élément clé de la réussite éducative des jeunes.

Si plusieurs parents se tournent vers les cabinets privés de psychologues, cette possibilité est loin d'être à la portée de tous, ce qui entraîne un système à deux vitesses, pénalisant bon nombre d'enfants en besoin de services pour assurer leur réussite scolaire.

La Fédération canadienne des enseignants attribue la dégradation du climat dans les classes et la hausse de la violence subie par les enseignants à deux facteurs: le nombre plus élevé d'élèves à besoins particuliers et le manque de personnel de soutien, notamment de psychologues.

Notre question: Que propose votre parti politique pour régler cette situation?Quelle sera la place des psychologues scolaires dans la réussite éducative de nos jeunes?

Faisons-nous une tête sur la qualité des services qu'on veut en santé mentale.

Un psy n'est pas un luxe!

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