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17/05/2018 09:00 EDT | Actualisé 18/05/2018 16:16 EDT

Encore moins de psychologues dans les écoles

Nous croyons fermement que dans nos écoles un psy n'est pas un luxe.

Shutterstock / Piotr Marcinski
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«Ce qui m'attriste, c'est que ce sont les (enfants) qui souffrent le plus du manque de ressources. J'ai plusieurs cas de jeunes présentant des problématiques de santé mentale ayant été exacerbées par un manque de ressources. Un jeune par exemple qui faisait des attaques de panique lors des examens, mais au final présentait un trouble du langage non diagnostiqué... à 16 ans. Pas banal, et surtout pas isolé comme cas. Un parmi tant d'autres!»

« On nous réfère les enfants uniquement quand ils sont rendus en échec scolaire. On aurait pourtant pu intervenir avant : dépression, troubles de l'attachement, troubles anxieux, réactions à des problèmes familiaux, troubles d'apprentissage, déficience intellectuelle et autres... »

Ce sont les témoignages de collègues-psychologues qui œuvrent dans le réseau public depuis des années et qui constatent, comme bon nombre parmi nous, que les services des psychologues dans les écoles du Québec ne font pas encore partie des services essentiels et sont considérés comme un luxe.

En pleine semaine de la santé mentale, plusieurs commissions scolaires ont choisi d'abolir des postes de psychologues.

En pleine semaine de la santé mentale, plusieurs commissions scolaires ont choisi d'abolir des postes de psychologues. C'est le cas notamment aux commissions scolaires de Montréal, de la Beauce-Etchemin, des Rives-du-Saguenay et des Trois-Lacs. En pénurie depuis plusieurs années, les psychologues avaient encore subi des coupes en 2015 et 2016. À la Commission scolaire de Montréal, ce sont 200 élèves qui sont en attente pour une évaluation psychologique. Mais malgré cette situation tout aussi injuste qu'inadmissible, cette même commission scolaire a décidé la semaine dernière d'abolir 8% de ses postes de psychologue. Déjà l'année dernière la CSDM n'ajoutait qu'un seul psychologue à son plan d'effectif.

Pourtant l'Ordre des psychologues du Québec dans son mémoire de 2017 sur la Politique de réussite éducative avisait le Ministère de l'Éducation des risques de ne pas mettre les psychologues au cœur des interventions auprès des élèves. La présence des psychologues est capitale dans l'évaluation et le diagnostic de différents cas de santé mentale et de divers troubles d'apprentissage. Visiblement, le ministre de l'Éducation se soucie peu de ce qui se passe dans son réseau en lien avec les psychologues. Les ressources sont au rendez-vous, mais la volonté d'agir et la reconnaissance du problème de la détresse psychologique des jeunes, qui est pourtant de plus en plus documenté, semblent manquer à plusieurs commissions scolaires.

Pire encore, alors que des sommes importantes apparaissent tout à coup dans les écoles et nécessitant d'être dépensées d'ici la fin de juin, l'on assiste à une ruée de demandes d'évaluation vers les cliniques privées. Force est de constater l'effet pervers de cette décentralisation des budgets vers les écoles qui ouvre toute grande la porte vers les services privatisés.

Qu'en est-il du travail spécifique du psychologue scolaire pour le soutien à l'enseignement à travers le suivi de la mise en place de recommandations intégrées au plan d'intervention? Qu'en est-il des élèves en grandes difficultés d'apprentissage, en détresse psychologique pour lesquels en l'absence d'une compréhension globale de la problématique qu'une expertise du psychologue devrait apporter, ne peut que résulter en des interventions à l'aveugle et même parfois contre-indiquées?

Vu la diminution récurrente des psychologues à la Commission scolaire de Montréal, il serait très malvenu pour celle-ci d'attribuer leur absence à une situation de pénurie. Par comparaison, la Commission scolaire de la Capitale comporte le tiers des élèves de la CSDM et offre les services d'autant de psychologues que cette dernière. L'accessibilité au service d'un psychologue à la CSDM n'existe pas et encore faut-il constater qu'elle est de plus en plus à deux vitesses : d'un côté, nous avons les parents qui ont des assurances ou les moyens financiers et qui se tournent vers des services en privé, alors que ce sont parfois les directions d'écoles et certains membres du personnel qui en font la promotion. Et de l'autre côté, se trouvent les parents moins fortunés qui doivent faire attendre leur enfant pendant des mois et des mois pour avoir une évaluation psychologique. Est-ce que nous voulons pour nos jeunes ?

Les années passent et se ressemblent dans plusieurs commissions scolaires et nous nous demandons toujours quelle sera la place des psychologues scolaires dans la réussite éducative de nos jeunes. De notre côté, nous croyons que nous en sommes un élément essentiel, nous croyons fermement que dans nos écoles un psy n'est pas un luxe.