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12/09/2015 09:08 EDT | Actualisé 12/09/2016 05:12 EDT

Du sable dans le caillou

J'étais au Mexique avec ma copine et nous prenions une navette en destination de Playa del Carmen. C'est là que nous l'avons vu pour la première fois: l'homo-erectus-québécois-en-vacances.

L'histoire qui suit est malheureusement vraie. Elle s'est produite en mai dernier. Seul le nom de la personne concernée a été modifié dans le but d'amoindrir sa honte... ainsi que la nôtre.

J'étais au Mexique avec ma copine et nous prenions une navette en destination de Playa del Carmen. C'est là que nous l'avons vu pour la première fois: l'homo-erectus-québécois-en-vacances.

Au début, nous n'étions pas certains d'avoir affaire à lui. Un homme francophone, vêtu d'une chemise hawaïenne et d'un sac banane. Peut-être était-il seulement mal conseillé d'un point de vue vestimentaire? Même s'il n'avait pas le profil d'un athlète, j'ai d'abord résisté à la tentation de lui apposer une étiquette, et j'ai décidé de laisser la chance au coureur.

Mes craintes se sont cependant confirmées lorsqu'il a commencé à étaler à voix haute toutes ses «connaissances» à propos de la nation mexicaine. «Regarde comme ils sont pauvres!» «Hostie qu'ils sont paresseux!» Des phrases énoncées avec une certitude qui ébranlerait même Benoît des Fromages d'ici. Quand il a commencé à prendre en photos les franchises de Home Depot en guise de souvenirs, j'ai réalisé que ma copine et moi étions en présence d'un spécimen sorti tout droit de l'enfer de la préhistoire.

La préhistoire est une époque formidable pour quiconque ne s'intéresse pas à la lecture et aux inventions autres que le feu. N'allez donc pas croire que je tente de la dévaloriser en l'associant avec l'homo-erectus-québécois-en-vacances qui était assis à mes côtés. Je ne le dirai jamais assez: vive la préhistoire!

De retour au lobby de l'hôtel, le spécimen est allé se plaindre de la mauvaise qualité du Wi-Fi. C'est bien connu, regarder ses courriels et naviguer sur Facebook est la meilleure façon pour décrocher du quotidien. Malheureusement pour lui, la connexion était temporairement brisée. Selon vous, qu'a-t-il fait pour soulager sa peine? Il a bu. Il a bu. Il a bu beaucoup.

Pourquoi a-t-il tant bu? Parce que l'alcool était gratuit.

Il buvait tellement qu'il monopolisait une serveuse à lui seul. Dans un élan de lucidité, il s'est cependant rendu compte de la situation. Afin de lui témoigner sa reconnaissance, deux actions bien précises lui ont alors traversé l'esprit. La première était de la prendre par le chignon et de la ramener dans sa grotte. Cette option était sans doute la plus attrayante pour lui, puisque ses yeux criaient déjà yabadabadoo. À ma grande surprise, le spécimen a cependant choisi la seconde option: enfin lui accorder du pourboire. Le voyant glisser des billets sous son verre, je croyais assister à l'évolution d'une espèce. Wow, si Darwin avait pu voir ça!

L'homme glissait plusieurs billets sous son verre et cela piquait ma curiosité. Était-ce plusieurs billets d'un dollar américain? Des billets de cinq dollars canadiens? Des billets de vingt dollars canadiens? J'avais du mal à identifier le visage imprimé sur ceux-ci. J'ai donc fait appel à ma copine. Chérie, sur quel billet trouve-t-on un Écossais moustachu avec un béret? Sur l'argent Canadian Tire, voyons!

Hey oui! Vous avez bien lu. L'homo-erectus-québécois-en-vacances offre du pourboire en argent Canadian Tire. Je sais ce que vous vous dites: «C'est épouvantable, il n'y a même pas de Canadian Tire au Mexique!» Après tout, s'il y en avait, certains les auraient pris en photos...

Notez que l'homo-erectus-en-vacances n'est pas toujours Québécois. Qu'il soit Américain, Canadien ou Chinois, c'est d'abord son attitude qui fait de lui une véritable plaie. Une attitude qu'il jugerait probablement inacceptable si elle se manifestait dans son pays d'origine.

Qu'est-il arrivé du spécimen que j'ai observé? Je ne sais pas. Lorsque je l'ai aperçu pour la dernière fois, il était tellement bronzé qu'il semblait avoir changé de race. Pour lui, le pourboire était sans doute comme la crème solaire: une option.

Si vous croisez un individu de race brune avec des photos de franchises mexicaines de Home Depot : méfiez-vous. Lorsqu'il voyage, il n'a pas seulement du sable entre les deux orteils. Il en a également... dans le caillou.

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