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21/11/2016 08:46 EST | Actualisé 21/11/2016 08:46 EST

Faire ce qu'il faut

Je souhaite pouvoir partager un jour les connaissances de mon grand-père avec mon futur fils ou ma future fille. Si on me demande de décrire Fernand en une seule phrase, ma réponse sera déjà prête. Je répondrai que c'était un homme fort, travaillant et qui faisait tourner toutes les têtes lorsqu'il chantait dans la chorale de son église.

J'ai toujours considéré que les moments passés à discuter avec mes grands-parents constituaient des moments précieux. Récemment, mon grand-père me racontait comment il s'y prenait pour transporter des billots de bois avec des chevaux, en plein hiver, dans des camps forestiers. C'était en 1946. À cette époque, Fernand était âgé de 16 ans et il gagnait quelques cents par jour. Par la suite, il a cumulé tous les emplois inimaginables. De vendeur de pains à journalier, il n'a jamais cessé de travailler. Et un jour, grâce à l'argent amassé, il a finalement pu réaliser son rêve : acheter une terre et devenir producteur laitier.

Quand je lui demande où il a puisé la force pour travailler si fort et pendant si longtemps, mon grand-père m'offre toujours la même réponse : « Il fallait que je fasse ce qu'il faut ».

Faire ce qu'il faut. Une phrase toute simple, mais qui englobe un savant mélange de courage, de persévérance et de détermination. Plus encore, cela signifie également faire les choses en conformité avec ses valeurs. Si tu paresses, tu ne fais pas ce qu'il faut. Si tu triches, tu ne fais pas ce qu'il faut. Pour mon grand-père, c'est une sorte de maxime.

Après avoir visité Fernand, je dois conduire pendant 45 minutes pour retourner chez moi. 45 minutes où j'imagine ce que notre société pourrait accomplir si elle « faisait ce qu'il faut ». Si elle décidait de mettre de côté les solutions à court terme et si elle choisissait de ne pas se soustraire à ses engagements. Je pense à la manie que nous avons de couper dans les domaines aussi importants que sont l'éducation, la santé, l'environnement et les infrastructures. Je réfléchis au manque d'audace qui pousse la classe politique à gérer un budget en exigeant plus de la classe moyenne, mais en faisant fi des pertes occasionnées par les paradis fiscaux. J'en viens souvent à la conclusion qu'économiser nos efforts aujourd'hui ne nous permettra pas d'épargner quoi que ce soit dans le futur et que ce sera toujours le cas... tant que nous ne ferons pas ce qu'il faut.

Dans ces moments d'introspection, il m'arrive également de mettre en doute ce que mon grand-père m'a dit. Au fond, peut-être qu'il ne faut rien. Possiblement qu'on peut paresser et réussir. Sans doute, on peut tricher et gagner. Le quotidien nous propose une multitude de raccourcis faciles. Achetez maintenant et payez plus tard. Perdez 10 livres en une semaine. Voilà deux exemples courants, accessibles à tous, qui permettent d'accéder à une gratification instantanée. Quand on réalise que rien ni personne ne nous contraint à faire quoi que ce soit, toutes nos actions deviennent alors des choix.

Un jour, je souhaite pouvoir partager les connaissances de mon grand-père avec mon futur fils ou ma future fille. Si on me demande de décrire Fernand en une seule phrase, ma réponse sera déjà prête. Je répondrai que c'était un homme fort, travaillant et qui faisait tourner toutes les têtes lorsqu'il chantait dans la chorale de son église. Surtout, j'ajouterai que c'était un homme qui se définissait en fonction de ses décisions et que sa meilleure avait sans doute été d'avoir sciemment choisi de « faire ce qu'il fallait », tout au long de sa vie.

Et c'est exactement cela que j'aimerais que mes enfants retiennent de leur arrière-grand-père.

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