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03/02/2018 08:00 EST | Actualisé 03/02/2018 08:00 EST

Mes très chères soeurs, je vous vois: une lettre d'amour aux femmes noires

Je vous remercie. Je vous aime. En ce Mois de l'histoire des Noirs, c'est mon privilège de vous honorer.

Carlos Osorio/Toronto Star via Getty Images

Mes chères soeurs,

Je sais que cela fait un moment que je ne vous ai pas parlé. On dirait que je suis simplement apparue dans le décor. Pendant les vingt dernières années, j'étais occupée à élever ma famille et à bâtir mon entreprise et nous avons perdu contact. Je ne suis pas allée aux barbecues, aux rencontres de quartier ou aux soupers, tant j'étais occupée.

Je sais ce que vous pensez: «Ma chère Celina. Nous avons toutes été occupées, mais certaines d'entre nous ont tout de même trouvé le moyen d'assister à ces événements.» Oui, je sais. Et c'est pourquoi nous (je) vous en sommes reconnaissantes. Vous êtes restées connectées alors que je n'ai pu le faire. Vous avez sacrifié votre temps et votre énergie et nous (je) vous en sommes reconnaissantes.

C'est pourquoi je vous écris. Pour vous dire que malgré que nous nous soyons éloignées et que je semble loin, je vous aime et #JeVousVois.

J'ai essayé de vous rejoindre, via mes publications, mes blogues, mes discours et le travail que je fais en arrière-scène. J'ai essayé de briser le statu quo et de parler de la problématique de la santé mentale, des micro-agressions et du fait qu'il est inacceptable de passer des remarques humiliantes sur notre physique, que ce soit à propos de nos cheveux, de la taille de nos cuisses, de nos hanches ou de nos lèvres.

Vous écrire est le moyen que j'ai trouvé pour vous signifier que je vous vois et que de ma position, je vous vois plus clairement que jamais.

Il est possible que je n'aie pas accompli tout ce que vous attendiez de moi et que je n'agisse pas à la vitesse à laquelle vous vous attendez. Je fais mon possible. Ce n'est pas une excuse, mais de temps en temps, ma dépression et mon anxiété prennent le dessus alors que j'essaie d'apprivoiser la vie politique, qui est nouvelle pour moi. Vous écrire est le moyen que j'ai trouvé pour vous signifier que je vous vois et que de ma position, je vous vois plus clairement que jamais.

Je vous vois, les aînées.

Vous avez pavé la voie. Vous avez un héritage considérable à nous laisser, si seulement nous vous écoutions. Votre sagesse est si profonde, connectée qu'elle est à ce territoire, à nos pays d'origine et à la terre.

Je te vois, maman.

Que tu sois seule ou accompagnée. En train de tout faire pour tes enfants. De les protéger de la rue et des institutions qui les brimaient et qui voulaient les diriger vers la prison ou des familles d'accueil. Je te vois prier Dieu pour que ton fils ne se fasse pas arrêter et contrôler pour aucune raison et pour que ta fille ne se fasse pas dire d'attacher ses cheveux parce qu'ils sont trop épais, parce que ce sont des choses qui pourraient les faire souffrir. Je prie, moi aussi.

Je te vois, épouse.

Être en train d'aimer tellement fort et profondément que cela fait mal. Parce que tu as un partenaire que tu veux inspirer, protéger et supporter et que, en même temps, tu veux jeter dehors chaque jour de la semaine. J'en ai un, moi aussi. Je l'aime profondément un instant, puis, la minute d'après, je veux lui montrer la porte. Mais quand je le regarde dans les yeux, tout ce que je vois, c'est de l'amour.

Je te vois, employée d'une corporation.

Travailler fort. Obtenir des résultats. Proposer des stratégies qui réussissent à la direction pour être par la suite remise en question, ignorée quand vient le temps des promotions et baillonnée quand tu fais face à des comportements agressifs. Je sais comment cela fonctionne.

Je te vois, entrepreneure.

Essayer de transformer un 15 cents en un dollar. Essayer de faire fonctionner ton entreprise. Espérer qu'elle sera aussi magnifique et rentable que tu l'avais imaginée. Espérer que tes idées ne se feront pas voler par certains, qui pourraient faire passer ton génie pour le leur. Essayer d'obtenir des prêts qui ne suffiront peut-être même pas. Je connais les investisseurs qui ne comprennent pas ta vision et les gens négatifs qui te traînent vers le bas.

Je te vois activiste. Et toi aussi, manifestante.

Oui, c'est à vous que je parle, Black Lives Matter et aux autres comme vous aussi. Alors que vous faites ce que la démocratie vous donne la liberté de faire, vous vous faites accueillir avec de la haine et du mépris. Je vous vois. Vous, avec vos esprits brillants et vos coeurs débordant de passion. Vous qui connaissez votre histoire, qui avez fait vos recherches. Vous qui vous vous battez non seulement pour les communautés noires, mais aussi pour les droits des Autochtones et des membres de la communauté LGBTQ2. Vous qui vous vous battez pour les droits humains, en fait.

Je vous vois, journalistes, conseillères politiques, lectrices de nouvelles, blogueuses.

Nous ne nous voyons pas toujours en personne. En avons-nous absolument besoin? Vous devez me mettre la pression. Vous devez me rendre responsable de mes actes. C'est votre travail. C'est votre raison d'être. Ne soyez pas ralenties ou trop douces parce que nous sommes soeurs. Ne vous retenez pas. Vous voulez que fasse la meilleure politique possible et je veux que VOUS soyez les meilleures dans votre domaine.

Je vous vois, historiennes, enseignantes, auteures et libraires.

Je vous vois documenter et préserver notre histoire tout en racontant notre présent. C'est une histoire qui a été effacée de la mémoire de ce monde et votre travail sera votre héritage. C'est primordial. Notre peuple regorge de conteurs et conteuses et vous êtes les gardiennes de ces histoires magnifiques.

Je vous vois.

Travailler fort tous les jours, peu importe votre profession. Suer sang et eau. Être deux fois plus rapide, deux fois plus efficace, parce que c'est ce qu'on nous a enseigné. Parce que c'est le seul moyen par lequel nous pouvons réussir. Je vois aussi que tout cela à un prix. La fatigue. L'épuisement mental et physique. Je peux voir que vous êtes fatiguées. Malgré tout, vous vous relevez toujours.

Mes soeurs, devant toute cette adversité, toujours vous vous relevez. Je vous vois. Je vois votre talent, votre courage et votre amour inconditionnel.

Je vous vois, vous et votre peau magnifique, qu'elle soit de velours, comme le chocolat noir, les amandes, le caramel. Votre peau riche en mélamine, qui brille plus fort que le soleil.

Je vous vois, avec vos courbes et vos formes. Elles ne sont pas toujours faciles à arborer de nos jours, mais elles sont justifiées, magnifiques, bénies et maudites à la fois.

Je vous vois dire que tout se passera bien. Je vous vois me supporter, malgré la distance. Je vous vois prier pour moi.

Je vous vois. Je vous remercie. Je vous aime. En ce Mois de l'histoire des Noirs, c'est mon privilège que de vous rendre hommage.

Je vous aime,

Celina

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.

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