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08/03/2013 05:55 EST | Actualisé 07/05/2013 05:12 EDT

Le féminisme est mort, vive le féminisme!

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Féminisme est un mot qui effraie et qui divise. En dépit de l'avancement de la société postmoderne et de l'universalisme des droits humains, des tensions demeurent et persistent autour de ce sujet toujours controversé.

C'est ce mois-ci que nous célébrons la 36e Journée internationale de la femme, qui rend hommage à tous ceux et celles qui se sont battus pour les droits des femmes, mais qui met malheureusement en évidence le chemin qu'il nous reste à parcourir avant d'atteindre l'égalité entre les deux genres. Comment se fait-il qu'en 2013 ces injustices existent encore? Pourquoi, alors que nous sommes allés dans l'espace, que nous avons exploré les profondeurs marines et que nous avons découvert le boson de Higgs, est-il actuellement toujours difficile de reconnaître que les hommes et les femmes sont tous deux faits des mêmes atomes et qu'aucun d'eux n'est supérieur à l'autre?

Les progrès des dernières décennies acquis depuis les suffragettes ont profondément changé la place de la femme dans la société. Cependant, nous avons encore beaucoup de travail à faire. Selon une étude des genres effectuée par le département de psychologie de l'Université de Toronto, on conclut qu'à l'heure où nous sommes égaux sur le plan juridique, il reste des stéréotypes sexistes implicites qui nous conditionnent dans l'association préconçue homme-directeur et femme-assistante. Ce conditionnement inconscient démontre la persistance de la subordination du sexe féminin et nous amène assurément à devoir sensibiliser notre génération pour faire avancer les causes de l'égalité et de la dignité. À cet égard, un constat s'impose: nous assistons à un retour vers des valeurs et des croyances plutôt essentialistes, prônant une différence innée entre hommes et femmes, par opposition à Beauvoir et à ses disciples, constructivistes, qui préféraient dire que nous sommes à la base peu différents et que c'est la société qui construit notre genre. Bref, «on ne naît pas femme, on le devient», disait-elle.

Par ailleurs, les préjugés et les stéréotypes empêchent eux aussi la femme d'atteindre l'égalité. Prenons, par exemple, les commentaires machistes que nous entendons tel que «elle n'a qu'à ne pas s'habiller de manière provocatrice pour ne pas se faire violer ou harceler» qui, d'après le professeur de psychologie sociale Gerd Bohner, est un mythe sur les abus sexuels discriminant la femme. Ou bien, que dire de l'obsession liée à l'image véhiculée dans la société et qui devient la norme recherchée chez les jeunes filles? D'où pensez-vous que les jeunes filles prennent ces images? Des médias sociaux, qui les véhiculent abondamment! En effet, nous sommes encerclés par des stéréotypes qui favorisent une société du paraître où l'apparence règne au détriment de notre dignité. Alors qu'auparavant la femme était représentée dans la cuisine, cantonnée à un rôle de bonne ménagère, actuellement, elle est utilisée et représentée comme un objet sexuel. Évolution? Bien sûr que non!

Présentement, nous sommes dans l'ère du pornochic; à l'omniprésence des publicités de parfums, de mode et de voitures, le corps de la femme sert à vendre et il se vend bien! Malheureusement, les jeunes filles grandissent à travers ces représentations et les utilisent souvent comme des objectifs à atteindre. En conséquence, selon la sociologue Dre Mariette Julien, dans son ouvrage La mode hypersexualisée: Avec cette mode, les filles apprennent de plus en plus jeunes à se définir à travers le regard des autres, plus particulièrement celui des hommes. Résultat? Nous bâtissons notre vision de la féminité à travers ce regard. Nous sommes condamnées au paraître.... Nous évoluons dans l'ère de la tyrannie de l'image.

Pour finir, nous nous adressons à notre génération. Qu'attendez-vous pour redéfinir et actualiser le féminisme? Certes, il n'est pas question ici de devenir misandre et agressive (vieux cliché qui apparaît souvent dans nos têtes), ni d'«un élément de désordre social» comme le déclarait un article du Figaro en 1913, car ce n'est plus nécessaire. Il n'est pas non plus question de vouloir confronter tous les hommes de la Terre ou de renier sa féminité - bien au contraire -, mais plutôt de faire preuve de compassion et de solidarité, car il faut s'aimer pour s'égaler. Ne soyons pas une jeune génération non militante et endormie par la certitude de notre égalité. Il faut continuer à lutter. Et lorsque nous observons le gouvernement Harper qui menace actuellement notre droit légitime à l'avortement, alors qu'il dirige un pays reconnu pour ses «droits» fondamentaux, on se demande qui va défendre nos acquis.

Le féminisme d'antan n'est peut-être plus pertinent, mais ne croyons pas que sa pertinence n'est plus nécessaire. Jeune génération! Nous nous adressons à vous: le féminisme n'est pas mort ; il a un avenir. À nous de le redéfinir!

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