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13/12/2013 12:36 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Unissons-nous contre la francophobie

Ce jeudi 12 décembre s'est tenue la conférence de presse inaugurant la campagne «Unis contre la francophobie»; une campagne d'envergure québécoise, canadienne et même internationale. Ainsi, pour marquer le coup d'envoi, 101 personnalités, des milieux politique, scientifique, artistique et même sportif ont apposé leur signature au bas de la déclaration. On y compte non seulement des Québécois, mais aussi des Métis, des Acadiens, des Français, des Suisses. De Bernard Landry à Luck Mervil, en passant par Guy Rocher, Charles Castonguay, Julie Snyder, Martine Desjardins, Robert Bob Sirois, Daniel Turp, Claude Meunier, Djemila Benhabib, Fred Pellerin, Paul Piché, Emmanuel Bilodeau, Guylaine Tremblay, Normand Lester, Gilles Proulx et autres, la palette de signataires est large et diversifiée. C'est avec honneur que j'ai, à titre de blogueuse et de présidente du Mouvement des étudiants souverainistes de l'Université de Montréal, également joint ma signature à cette imposante liste.

Mais pourquoi une telle campagne? D'abord, parce qu'il est un devoir citoyen de dénoncer toutes formes de préjugés, d'insultes ou de menaces, qu'ils soient formulés à l'endroit de femmes, d'homosexuels, de musulmans, d'autochtones ou envers les francophones. Ensuite, parce qu'il est manifeste que le phénomène de la francophobie devient des plus inquiétants. Bien sûr, la chose était peut-être encore davantage répandue avant les années 1960, du temps des frogs et des peasoups lorsque les francophones étaient systématiquement exclus du monde des affaires, du commerce et de la finance. Si les années de la Révolution tranquille et celles post-loi 101 ont changé la donne, du moins au Québec, force est de constater que cette haine revient en force aujourd'hui. On a notamment pu en être témoin le soir du 4 septembre 2012, lors de l'élection du Parti québécois.

Outre le geste de Richard Henry Bain ce soir-là - l'œuvre d'un déphasé, il va sans dire, mais doté d'une profonde signification politique -, des propos à glacer le sang ont été tenus sur les réseaux sociaux. Certains déploraient que le meurtrier ait raté sa cible. Par la suite a été créée la page «I hate Pauline Marois» sur Facebook. Une page sur laquelle les propos haineux et incitant à la violence abondent, le tout avec plus de 5 500 mentions «J'aime». Chez Facebook, on refuse d'ailleurs toujours de fermer cette page. Il a également été fort ardu d'arriver à faire fermer le groupe «The Lac Megantic Train Disaster Was Hilarious» l'été dernier. De surcroît, à chaque fois qu'un événement concernant la langue française est créé sur le célèbre réseau social, peu de temps s'écoule avant qu'on ait droit à un déferlement déchaîné d'animosité, jusqu'à décourager certains participants de s'y présenter, de peur que les menaces soient mises à exécution, et ce particulièrement depuis l'attentat au Metropolis. C'est très grave.

Il faut dire que les médias, surtout ceux du Canada anglais, sont les principaux complices de ce climat de peur. Discrimination, intolérance, intimidation, diabolisation? Pfff, envers les francophones, on n'y voit aucun problème. C'est vrai jusqu'à un point tel que la francophobie est devenue politically correct. Et puisqu'il en est ainsi, la haine est sans limites, sans gêne. Elle devient décomplexée, exacerbée par les médias. Les anglophones étant socialisés dans un tel environnement, où les attaques envers les francophones pullulent dans les journaux et radios, on se demande comment les choses pourraient être autrement. On y accuse le plus souvent les francophones d'être des «nazis» (sic) parce qu'ils se soucient de leur langue. Les références à cet égard ne manquent pas: un journaliste de The Gazette qui qualifie de police SS l'Office québécois de la langue française (OQLF), un intervenant dans le National Post qui qualifie des jeunes membres de mouvements de protection de la langue française et de l'indépendance du Québec de jeunesses hitlériennes, et j'en passe (vous trouverez une recension ici). Heureusement, le phénomène n'est pas généralisé, mais il est assez important pour qu'on le dénonce vigoureusement, sans détour. Il faut dire que certains francophones se détestent tellement, ont tant honte de soi, qu'ils font eux-mêmes partie intégrante, et une autre fois via les médias, de cette entreprise de dénigrement. Une entreprise qu'il faut cesser dès maintenant.

Certains diront qu'il y a aussi des anglophobes parmi les francophones. C'est tristement vrai. Des fous, des intolérants, il y en a partout. Toutefois, ces personnes n'ont très heureusement pas de tribune dans les médias et leurs manifestations dans les réseaux sociaux demeurent limitées. Cela n'excuse en rien leurs gestes, mais il faut relativiser les choses. On ne donnerait jamais la parole à un meurtrier à une heure de grande écoute sur les ondes du 98,5 FM. D'autant plus qu'au niveau institutionnel, on est loin, au Québec, de paver la voie à l'assimilation. En effet, les anglophones jouissent d'un réseau d'éducation primaire, secondaire, collégial et universitaire et d'un réseau de santé complet comptant plusieurs hôpitaux. Cela est d'ailleurs très bien ainsi. Ces institutions sont même financées au-delà du poids démographique des anglophones dans la population québécoise. Les francophones du ROC ont de quoi les envier, eux dont l'assimilation se perpétue année après année, notamment en raison du sous-financement des institutions de langue française.

Bref, il m'apparaît clair que les médias ont un sérieux examen de conscience à faire. Car si les manifestations de francophobie sont également nombreuses en dehors des médias traditionnels, la faute peut leur être indirectement imputée. À force d'entretenir un climat de tensions, voire de haine, on obtient nécessairement de la violence. Et ce n'est pas ce qu'on souhaite dans une société qu'on veut saine et respectueuse de ses différences. Qu'on soit pour ou contre la Charte de la langue française, qu'on soit pour ou contre la Charte de la laïcité, on doit être contre ce genre de comportement haineux.

Les francophones n'ont pas à accepter un tel traitement. Il ne faut plus le tolérer. Il faut maintenant dénoncer, car ne rien faire, c'est cautionner. Pour signer la déclaration «Unis contre la francophobie», c'est par ici.

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