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10/02/2014 12:01 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

L'UdeM, «emblême rayonnant» de la langue française, vraiment ?

La situation a fait la Une du journal Le Devoir la semaine dernière. Y a-t-il « dérive vers l'anglais » à l'Université de Montréal ? Pour être honnête, je ne sais pas s'il s'agit d'une dérive. Je termine actuellement ma deuxième année universitaire, je ne peux donc que constater ce qui y a cours en 2014 : un laxisme incontestable vis-à-vis de la politique linguistique pourtant dûment votée et adoptée par l'établissement.

Dans une lettre ouverte aux médias, Vincent Blais-Fortin, vice-président de l'Association des jeunes péquistes de l'Université de Montréal (AJPUM) et étudiant en droit, soulève une problématique importante, celle de la rédaction d'examens et de travaux dans la langue de Shakespeare.

Mais qu'est-ce que ça peut bien faire que certains étudiants rédigent leurs examens et travaux en anglais, diront certains ? Évidemment, la question ne se pose pas dans le cas des étudiants étrangers, venus au Québec dans le cadre d'un échange étudiant. Ils doivent, bien sûr, bénéficier d'une exemption, ce que prévoit justement la politique linguistique de l'Université. Là où le bât blesse, concerne les étudiants permanents de l'UdeM. Le règlement prévoit que ces derniers, dans le cas où ils n'ont pas le français comme langue maternelle, puissent jouir d'un certain temps d'adaptation, généralement un an au cours duquel ils se voient accorder le privilège d'utiliser l'anglais dans leur cursus normal. Ce qui doit constituer une exception tend cependant à être la norme : les professeurs n'analysent même pas le cas de l'élève, ils acquiescent plutôt à la demande sans broncher, et ce, même lors de la dernière année de baccalauréat, alors que l'élève fréquente une université de langue française depuis plus de deux ans.

À mon sens, cette problématique mérite qu'on s'y penche, pas tant parce qu'elle touche un grand nombre d'étudiants - ce n'est pas le cas -, mais plutôt parce qu'elle témoigne du caractère nonchalant de certains professeurs envers la langue. J'ai moi-même déjà été témoin d'un enseignant qui, lors du premier cours du trimestre, sans même s'être vu questionné sur le sujet, a avancé que les examens et les travaux pouvaient - au choix de l'étudiant - être rédigés en français ou en anglais. Ce que j'ai par la suite expliqué à Lisa-Marie Gervais, journaliste au Devoir, est le mauvais message envoyé aux étudiants étrangers présents en classe. Une telle affirmation laisse en effet croire que le français n'est pas si important entre les murs de l'Université, qu'il est même optionnel. N'en déplaise à ce professeur, l'Université de Montréal n'est pas une université bilingue, mais bien une université francophone.

Néanmoins, je ne crois pas que le nerf de la guerre concernant la langue à l'Université de Montréal se situe dans cette problématique, bien qu'il soit important de la soulever. Après tout, le rôle de l'université québécoise est de former des citoyens aptes à travailler dans la langue commune et seule langue officielle du Québec, le français, ce aussi pourquoi le cas des étudiants francophones dans les universités québécoises de langue anglaise est différent. Je crois toutefois que le problème est plus insidieux que cela et qu'il se trouve en grande partie dans le matériel pédagogique imposé aux étudiants.

Est-ce normal, en effet, que les bibliographies des plans de cours soient, dans certains cas, exclusivement en anglais? Que dans des cours généraux du 1er cycle, les manuels obligatoires soient tous en anglais? Je ne le crois pas. Loin de moi l'idée de vouloir « couper l'Université du monde », j'ai parfaitement conscience que la littérature scientifique dans de nombreux domaines est principalement en anglais et que le recours à du matériel pédagogique dans cette langue est, par le fait même, pratiquement inévitable. Il est cependant faux d'affirmer que du matériel généraliste de qualité n'existe pas en français. Il y en a, ce ne devrait pas être sujet à débat. Et la politique linguistique de l'Université de Montréal est claire à ce sujet, stipulant que « lorsqu'une version française des manuels obligatoires existe, son usage est privilégié » et affirmant de surcroît que « tout particulièrement au premier cycle, l'université favorise la production de manuels en français ou la traduction de la documentation d'usage courant. »

L'anglais est pourtant tellement présent dans les cours de baccalauréat que cela peut grandement désavantager un étudiant moins à l'aise dans la langue de Shakespeare, ce que des « motifs pédagogiques » ne justifient en rien. Aux cycles supérieurs, c'est une chose, au 1er cycle, ça en est une autre. L'étudiant devrait pouvoir avoir le temps de s'ajuster - notamment en suivant des cours d'appoint de lecture en anglais - sans que ses notes en soient affectées dès la première année universitaire.

Tout cela, sans compter les nombreuses fautes d'orthographe et de grammaire jonchant les PowerPoint de certains professeurs et chargés de cours... À croire que personne, parmi tous les fonctionnaires formant l'administration, n'est affecté à leur révision.

Bref, le statut de la langue française semble réellement être de second ordre entre les murs de l'Université de Montréal, et ce, en tous points. Pour une institution qui se targue de faire rayonner la langue française, on repassera donc.

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