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19/12/2013 09:53 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Bonsoir, elle est partie!

«Je trouve catastrophique le départ de Maria. Mais je trouve son argumentation encore plus catastrophique.»

C'est cette réflexion qu'a livrée l'ancien premier ministre Bernard Landry hier après-midi sur les ondes du 98,5 FM, alors que les réactions à l'annonce de Maria Mourani battaient leur plein. Ainsi, comme plusieurs l'attendaient - sans y croire vraiment, toutefois - l'ancienne député bloquiste a fait le point sur sa vie politique en écrivant noir sur blanc qu'elle «n'est plus indépendantiste», car l'«appartenance au Canada, avec notamment la Charte canadienne des droits et des libertés, protège mieux l'identité québécoise de toutes les citoyennes et de tous les citoyens du Québec.»

M. Landry a bien raison de qualifier son argumentation de catastrophique : rarement ai-je vu quelqu'un de la trempe de Maria Mourani défendre une idée avec tant de généralisations, de raccourcis et de mensonges. Dans un premier temps, il va sans dire que tous les indépendantistes hors-PQ doivent se sentir floués par Mourani, qui semble les reléguer à l'arrière-ban du mouvement, alors qu'eux aussi en sont partie prenante. Réduire le mouvement indépendantiste au seul Parti québécois - dont tous les militants n'appuient pas le projet gouvernemental de Charte de la laïcité dans son entièreté, tout comme il y a des indépendantistes pour appuyer la Charte à ON ou, dans une plus faible proportion, à QS - est profondément malhonnête de sa part. Et elle est pourtant très bien placée pour le savoir. Que fait-elle également des grandes figures que sont Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry, etc. qui ont tous émis des réserves sur les présentes dispositions du projet de loi? Cela sans compter que les indépendantistes ne détiennent pas le monopole de l'appui à la Charte de la laïcité. Le mouvement ne serait-il plus alors «inclusif»? Encore faut-il encore s'entendre sur cette définition du mot «inclusif».

Car, dans un deuxième temps, on a beau être pour ou contre le projet de loi actuel, Maria Mourani va beaucoup trop loin en qualifiant ses défenseurs de xénophobes et de «nationalistes ethniques». On ne peut certes nier qu'il s'en trouve parmi les défenseurs de cette Charte qui soient racistes, il y a de ces gens partout, mais de façon générale, attribuer ces qualificatifs témoigne d'une bien mauvaise compréhension des principes qui sous-tendent la laïcité, où au premier chef se situe justement cette volonté de vivre-ensemble dans un État qui garantit à tous la liberté de conscience et de religion en empêchant le prosélytisme religieux, aussi involontaire soit-il.

Dans un troisième et dernier temps, si Maria Mourani trouve que la Charte des droits et libertés de la personne du Québec est trop facile à amender, elle aurait plutôt dû s'engager à rendre le processus plus difficile. Créer une pétition, demander des consultations, etc. On ne renonce pas à l'indépendance de son pays pour une raison qui, si on s'y attelait à la tâche, pourrait être autrement. Cela renvoie à une citation bien connue de Sénèque : «Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles».

En outre, le vire-capot de Maria Mourani, surtout appuyé de cette façon - c'est-à-dire, en reposant sur la «suprématie bien-pensante» de la Charte canadienne des droits et libertés - est fort ironique considérant qu'elle était la première à pourfendre allégrement cette Charte. Il faut en effet savoir que Maria Mourani était très combative sur les enjeux linguistiques et qu'elle n'hésitait pas une seconde avant de dénoncer vigoureusement les limites qu'imposait la Charte canadienne et, par le fait même, le charcutage dont avait été - et continue d'être - victime la loi 101 du Québec par les tribunaux de la Cour suprême. Pas plus tard que le 24 février dernier, alors que j'assistais à une série de conférences où elle était présente, elle a de surcroît déclaré: «La survivance, ce n'est même plus la loi 101, c'est l'indépendance tout court.»

Comment un projet de loi, qui ne sera vraisemblablement jamais adopté, peut-il venir remettre en cause une déclaration aussi forte, aussi profonde, et ainsi reléguer la question linguistique aux calendes grecques?

Je reviens à ce que j'énonçais ici. Le geste de Maria Mourani pue l'opportunisme crasse. Visiblement, elle est prête à de grandes choses pour conserver son somptueux salaire. Il faut croire, à la lumière de ses déclarations d'hier, que c'est désormais au parti-paradis de la Charte canadienne des droits et libertés, le Parti libéral du Canada, qu'elle poursuivra sa route. D'indépendantiste à trudeauiste, on aura tout vu! Faut-il également rappeler qu'il y a à peine deux ans, Maria Mourani ne désirait rien de moins que de devenir chef du Bloc Québécois, un parti dont la seule vocation est l'indépendance du Québec? Quelle perte de crédibilité pour cette femme. John F. Kennedy a déjà dit: «Ne sacrifiez jamais vos convictions pour être dans l'air du temps». Pour le réaliser, Maria Mourani aurait cependant dû réfléchir un peu, chose qui, malgré ses autres qualités, lui manquait cruellement parfois.

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