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24/06/2013 08:24 EDT | Actualisé 24/08/2013 05:12 EDT

Bonne Saint-Jean-Baptiste!

Avec la crise des accommodements raisonnables qui a battu son plein en 2007 et les plus récents scandales concernant la prière au conseil de ville de Saguenay et la question du port du turban au soccer, gageons que l'automne ne sera pas de tout repos avec le dépôt du projet de loi sur la mise en oeuvre d'une « Charte des valeurs québécoises » par le gouvernement du Parti québécois. Les débats s'annoncent en effet pour le moins houleux.

Je suis de ceux qui prônent la laïcité complète de l'État. Il ne doit pas avoir de demi-mesure. Si les Québécois ont mis dehors la religion catholique depuis la Révolution tranquille, il n'est pas temps, 50 ans plus tard, de réintégrer la religion dans nos institutions, aussi «tolérants» devrait-on être, sacro-saint multiculturalisme canadien oblige. Je me dois cependant de rappeler, pour calmer les ardeurs de certains, qu'il existe bel et bien des accommodements qui soient raisonnables (au vrai sens du terme) dans cette vision de la laïcité. Il faut faire attention pour ne pas voir tout blanc ou tout noir dans ce dossier délicat, ce pourquoi la Charte devra, à mon avis, poser des balises pour éviter les dérives, sans toutefois exclure qu'on devra recourir à la méthode du cas par cas lorsque la situation l'exigera.

Mais quel rapport avec notre fête nationale? J'y arrive...

Au-delà de la question de la laïcité, il y a celle de la conservation du patrimoine québécois. Plusieurs personnes peinent à comprendre pourquoi de grands défenseurs de la laïcité de l'État se font en même temps gardiens de certains symboles catholiques. Souvent, ils leur imputent simplement une xénophobie à peine avouée. Pourtant, s'il y a quelque chose de particulier au Québec, c'est que ces symboles catholiques n'ont justement, pour la plupart, absolument plus rien de catholique. Ils sont en effet vidés de leur sens religieux. Pensons à la fête de Noël ou encore, à celle de Pâques, qui sont des congés fériés de l'État québécois. De la naissance et de la résurrection du petit Jésus, nous sommes passés à la célébration du Père Noël (et surtout, des cadeaux qui l'accompagnent) et des lapins en chocolat.

Et il en est de même pour notre 24 juin, la Saint-Jean-Baptiste, qu'on célèbre depuis aussi loin que l'an 1834. Bien que d'abord associée au mouvement patriote, la fête sera rapidement reprise par le clergé qui en fit une célébration catholique. Le tout fut couronné en 1908 quand le pape Pie X fit de Saint-Jean-Baptiste le saint patron des Canadiens français. Depuis la Révolution tranquille, le 24 juin n'a cependant plus rien à voir avec la religion. Néanmoins, la plupart des Québécois, les plus vieux comme les plus jeunes, continuent de la désigner comme fête de la Saint-Jean-Baptiste. Il est manifestement impensable d'exclure toutes les références à notre héritage catholique sans payer le prix de rayer des pans entiers de notre histoire nationale. Ce n'est, après tout, qu'une question de bon sens.

Arrêtons-nous pour y réfléchir quelques secondes. On considère que de souhaiter «Joyeux décembre» au lieu de «Joyeux Noël» dans certaines écoles va de soi au nom de l'ouverture à l'autre, mais on traite les Québécois de racistes lorsque certains se montrent réticents à accepter qu'un jeune porte un kirpan (qui demeure, au-delà du symbole religieux, une arme) en classe? Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Ce double-standard est pour le moins indignant.

Je terminerai en citant Joseph Ki-Zerbo, historien et homme politique burkinabé : «C'est en étant profondément enraciné qu'on est prêt à toutes les ouvertures.»

Sur ce, je vous souhaite une bonne Saint-Jean à tous!

Oh, et... Vive le Québec libre ;-) c'est la fête nationale, après tout!

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