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25/01/2016 12:37 EST | Actualisé 24/01/2017 05:12 EST

Les enjeux vitaux des femmes venues d'ailleurs

Pour plusieurs, ce texte ne présentera rien de nouveau. Pour d'autres, il sera surprenant. Il s'adresse d'abord aux femmes immigrantes, issues de pays arabo-musulmans, récemment installées au Québec et qui ne connaissent pas encore tous les droits qui leur sont automatiquement octroyés en vivant ici.

Il s'adresse aussi aux Québécois de souche qui, plus souvent qu'autrement, n'ont pas idée de ce que vivent leurs voisines néo-québécoises.

Je pense surtout à certaines femmes rencontrées lors de mes conférences, données dans des maisons venant en aide aux immigrants, sur les impacts psychiques du choc culturel. Quand ils arrivent au Québec, on propose aux nouveaux venus des cours sur la société québécoise, des cours de francisation, on les oriente dans le but d'obtenir leurs papiers officiels, etc. Mais trop souvent, en ce qui concerne la dimension «domestique» de leur vie au Québec, un nombre trop élevé de femmes immigrantes sont laissées à elles-mêmes et aux mœurs des hommes de leur pays d'origine.

Certaines venues d'Orient, d'Afrique ou d'Asie centrale sont carrément séquestrées dans la maison, leurs maris leur interdisant de sortir. Plus fréquemment qu'on ne le croirait, elles sont battues et/ou subissent de la violence psychologique.

Loin de leur famille et des gens qu'elles aiment, elles n'osent pas les inquiéter en leur présentant la vérité sur leur nouvelle vie dans un pays aussi riche que le nôtre. D'ailleurs, il est fréquent que les familles restées dans les pays d'origine imaginent pour leurs proches des vies bien différentes de la réalité.

Pour beaucoup d'hommes de cultures orientales ou d'Asie, la découverte des femmes québécoises et des libertés qu'elles ont acquises fait terriblement peur. Ils ont souvent peur de perdre leur femme, cette possession si prisée.

Dépassés par les implications relatives à la vie dans un nouveau pays, ces hommes et ces femmes n'ont pas l'énergie requise par l'apprentissage de leurs droits et des ressources qui s'offrent à eux, à elles. Trop de femmes (et d'hommes) souffrent en silence dans un isolement quasi complet.

Avec ce billet, j'espère créer une brèche dans le mur du silence et de l'interdit.

Ces temps-ci, la prise de parole est rapidement taxée de xénophobie, quitte à banaliser des problématiques réelles en les mettant sur le dos des «différences culturelles».

Oui, il y a une multitude de différences culturelles dans le monde, et c'est une preuve qu'on vit dans la réalité que de les reconnaître et de les nommer. Mais une chose est sûre, la violence n'est bien vue dans aucune culture ! Qu'on se le dise. Du coup, il n'y a rien de xénophobe dans le fait de dénoncer la violence, quelle que soit sa forme.

Se cacher derrière les différences culturelles pour s'absoudre de son devoir citoyen quand on est témoin de violence n'est rien d'autre que de la lâcheté.

Pour commencer à aider ces femmes - et ces hommes -, il faut oser nommer et dénoncer les problématiques réelles auxquelles ils font face. Ces femmes ont besoin d'espace pour s'exprimer et pour socialiser avec des femmes québécoises qui sont ici depuis plus longtemps qu'elles - quand ce n'est pas avec des Québécoises de souche. Les partages réguliers entre gens de cultures différentes sont ce qui permet le mieux de sortir des tendances à la ghettoïsation. Parce que les immigrants participent eux-mêmes et malgré eux à ce phénomène ; parce qu'ils souffrent, justement, du choc culturel et de la perte de repères qu'il entraîne. Les rencontres «en-deçà» des différences - i.e. entre humains, et non entre immigrants et «de souche» - sont ce qui peut être le plus bénéfique à ces deux groupes.

Une panoplie d'organismes travaille avec acharnement à ces rencontres, mais leurs moyens sont insuffisants. C'est à nous tous, Québécois de tous horizons, d'aller à la rencontre de nos voisins. Nous pouvons profiter de prétextes de plus en plus répandus, tels les fêtes de quartiers, les festivals, etc. Ou plus simplement encore, en allant faire nos courses dans les quartiers où des immigrants vivent regroupés. Je pense à Parc-Extension, au Petit Maghreb, au Quartier chinois, etc. Par la découverte des petites épiceries de ces quartiers et des cultures culinaires dont elles sont issues, de belles rencontres sont possibles. Nous pouvons nous ouvrir à l'autre en l'abordant en tant qu'humain et non en tant que représentant d'une culture «étrangère» qui nous ferait peur.

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