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13/08/2015 10:41 EDT | Actualisé 13/08/2016 05:12 EDT

Les enjeux trans ne sont pas le prochain combat, c'est un combat déjà en cours

Ce n'est pas vrai que le T de la communauté LGBT est moins visible. Il n'est pas non plus moins bruyant, moins actif, moins vivant que les autres lettres. En vérité, il est surtout effacé par les attentes des personnes envers nos mouvements et nos vies.

Dans La Presse + du 10 août dernier, Luc Boulanger décrivait la situation des personnes trans au Québec, en disant qu'« il faut informer la population de la réalité » des personnes trans. J'aimerais cependant formuler une demande encore plus radicale: celle d'écouter les trans.

Car ce n'est pas vrai que le T de la communauté LGBT est moins visible. Il n'est pas non plus moins bruyant, moins actif, moins vivant que les autres lettres. En vérité, il est surtout effacé par les attentes des personnes envers nos mouvements et nos vies. Le fait que l'appel à la solidarité de M. Boulanger n'ait pas mentionné la deuxième Marche pour les droits des personnes trans, qui avait attiré plus de 300 personnes la veille dans les rues de Montréal, est symptomatique du problème.

Les revendications mentionnées par le journaliste de La Presse sont largement reprises par les médias nord-américains. Certes, « il y a des gens qui militent pour interdire l'accès aux toilettes des femmes aux transsexuelles ». Des gens comme Donald Plett, un sénateur conservateur qui avait amendé le projet de loi C-279 pour y permettre la discrimination contre les personnes dans les toilettes, suscitant un mouvement désormais international de selfies dans des toilettes lancé par Brae Carnes, une activiste basée à Victoria. Des gens comme Lysiane Gagnon, qui disait le 28 novembre 2014 dans La Presse que les femmes « ne veulent partager les douches et les lavabos avec des hommes biologiques qui n'ont pas complété leur transformation ».

Cependant, nous ne parlons pas que de cela. Dimanche, nous rappelions que, contrairement à ce que l'article de M. Boulanger laisse entendre, l'égalité des droits n'est pas atteinte pour les personnes LGBT. Depuis 19 mois, nos communautés souffrent de la trahison d'un État qui promettait, avec l'adoption unanime du projet de loi 35, de mettre fin à la barbarie des stérilisations obligatoires comme prérequis au changement de mention de sexe. Nous attendons aussi que le gouvernement agisse pour permettre aux personnes migrantes et aux enfants trans de changer de mention de sexe.

Même dans ce processus, nos expertises sont oubliées. Le ministère de la Justice ne nous a pas consultés avant de publier un premier projet de règlement hautement discriminatoire en décembre, pas plus qu'il ne l'a fait depuis la fin de la commission parlementaire de ce printemps, il y a bientôt trois mois. Le gouvernement temporise, mais la violence, elle, n'attend pas. La transphobie ne prend pas de vacances.

On nous efface aussi au cinéma. Le film Stonewall, qui paraîtra à l'automne, a poussé en marges le rôle fondamental des femmes trans de couleur comme Marsha P. Johnson ou Sylvia Rivera dans l'émeute historique de 1969, pour mettre de l'avant un protagoniste gai blanc - tout comme l'émeute a été récupérée par des organismes gais racistes et transphobes dans les décennies qui ont suivi.

La violence vécue par les femmes trans de couleur a d'ailleurs été dénoncée dimanche par Kama La Mackarel, et son message a été amplifié par la présence en première ligne d'un contingent de personnes de couleur.

Les enjeux trans ne sont pas le prochain combat. C'est un combat déjà en cours que nous menons depuis des années devant l'indifférence générale, un combat largement bénévole étant donné le peu de ressources dont nous disposons, l'absence d'intérêt pour nos besoins de la part de l'État et des organismes LGBT et la discrimination à l'emploi qui nous marginalise partout.

Nous avons besoin d'alliés. Merci de vous ranger parmi eux. Toutefois, nous demandons à nos alliés de relayer nos voix, pas de les récupérer en aseptisant leur colère, en blanchissant leur peau ou en minimisant le travail qui se cache derrière elles.

Rien sur nous sans nous.

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