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25/04/2019 13:54 EDT | Actualisé 25/04/2019 14:10 EDT

Aliénation parentale: un abus psychologique envers les enfants

Les études démontrent que 70 % des enfants aliénés risquent de souffrir de dépression à l’âge adulte et que 80% des adultes, autrefois enfants aliénés, auraient souhaité que l’aliénation soit détectée et stoppée.

Elva Etienne via Getty Images
Ce phénomène a de conséquences graves sur la santé de nos enfants, car l’aliénation parentale, c’est d’abord et avant tout un abus psychologique envers eux.

Le 25 avril marque la journée internationale de sensibilisation à l'aliénation parentale (AP). Ce n'est certes pas une journée de célébration ni une occasion de se réjouir. C'est cependant l'occasion de prendre connaissance d'un phénomène qui a des conséquences graves sur la santé de nos enfants. Car l'aliénation parentale, c'est d'abord et avant tout un abus psychologique envers eux.

Qu'est-ce que l'aliénation parentale?

L'aliénation parentale se caractérise par la participation active d'un ou de plusieurs enfants, sous l'influence d'un parent aliénant, au dénigrement, à la disqualification, à l'exclusion ou au bannissement de l'autre parent ciblé, sans fondement valable. L'ultime conséquence est la perte du lien affectif avec le parent et avec tout son réseau.

En résumé, l'aliénation parentale, c'est le rejet injustifié et inexplicable d'un parent par un enfant.

Il s'agit d'un phénomène plus répandu qu'on le croit. En 2018, le Carrefour aliénation parentale a reçu plus de 350 appels à l'aide, demandes d'informations et d'éducation de la part de parents (autant de mères que de pères) et d'intervenants sociaux. Un besoin d'identifier, de comprendre et de déjouer les pièges d'une dynamique tragique s'exprime ici.

Au Québec, ce sont des milliers de femmes et d'hommes qui sont directement touchés par une dynamique d'aliénation et d'exclusion parentales.

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Malgré tout, le concept même d'aliénation parentale serait remis en question. Au Carrefour, on s'inquiète de voir certains groupes de pression appeler à l'abolition du terme tant sur la place publique que dans le jargon juridique. Il nous apparait dangereux de chercher à invalider un phénomène en accusant les failles d'une théorie introduite dans les années 1980, car elle a été largement étudiée et recadrée depuis. Entre Gardner et les psychologues experts qui se prononcent sur le phénomène aujourd'hui, près de 40 ans se sont écoulés.

Depuis, de nombreuses études effectuées par d'éminents chercheurs sont venues affirmer, confirmer et définir la notion d'aliénation parentale, tout mettant au point des outils permettant d'encadrer son identification et d'en limiter les dégâts.

La science a progressé, les recherches se sont multipliées, et nous estimons que c'est aux études récentes qu'il faut nous attarder. Nous sommes par ailleurs tous bien conscients du danger que représente l'instrumentalisation de l'aliénation parentale par des parents violents.

Les fausses accusations existent, il est vrai

Mais laisser entendre que le concept d'aliénation parentale protège les droits des pères est contre-productif. Cela perpétue d'abord le mythe que l'aliénation parentale serait l'apanage des femmes alors que les études démontrent que les hommes ont des comportements aliénants autant que les femmes.

Il faut bien comprendre que c'est l'instrumentalisation du phénomène, son détournement, et l'ignorance face aux dynamiques de l'aliénation parentale, qui permettent aux hommes violents d'agir.

Rappelons-nous: l'aliénation parentale, c'est le rejet injustifié et inexplicable d'un parent par un enfant. C'est le drame d'un parent qui «perd» son enfant, mais pour qui le deuil est impossible, car l'enfant est toujours vivant bien qu'inaccessible. C'est aussi et surtout le drame des enfants qui se voient inexorablement contraints à tenir un rôle qu'ils ne voulaient pas, dans une pièce qu'ils n'ont pas écrite, et dont la «récompense» est la perte d'un lieu affectif fondamental pour leur développement, leur équilibre, leur santé et leur futur.

Ce n'est pas en niant la réalité de l'AP qu'on endiguera le phénomène, ce n'est pas en abolissant le concept que l'on règlera le problème, mais bien en l'encadrant adéquatement et en exigeant la formation nécessaire à tous les professionnels concernés afin d'éviter les erreurs, et l'instrumentalisation et leur permettre d'investir leurs efforts dans sa résolution.

Le Parental Alienation Study Group (PASG) est un regroupement international d'experts composés de psychologues et de juristes de plusieurs pays qui se consacrent à la recherche et à la proposition de solutions à la dynamique d'aliénation parentale. Leurs travaux, ainsi que ceux de nos propres chercheurs québécois, nous permettent aujourd'hui de mieux en comprendre les conséquences à court et à long terme sur la santé de ses victimes.

Les études démontrent en effet que 70 % des enfants aliénés risquent de souffrir de dépression à l'âge adulte et que 80% des adultes, autrefois enfants aliénés, auraient souhaité que l'aliénation soit détectée et stoppée.

Ces enfants espéraient secrètement que quelqu'un, quelque part, y verrait clair et serait en mesure de les aider à se sortir du piège.

Nos efforts communs ne devraient-ils pas tous avoir le même but: celui d'assurer la sécurité et la santé de nos enfants? Des efforts sont faits dans ce sens. À Québec, par exemple, le protocole PCR (Parentalité Conflit Résolution) utilise des méthodes mises au point par les spécialistes des hauts-conflits parentaux et de l'aliénation parentale pour aider à résoudre les conflits. Nous espérons que cette initiative conduite à petite échelle soit plus largement répandue.

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