LES BLOGUES
14/05/2018 10:26 EDT | Actualisé 14/05/2018 10:26 EDT

Nous dénonçons la violence organisationnelle faite aux infirmières

Nous sollicitons aussi l'aide de la population afin de soutenir les infirmières dans leur processus d'alertes et de dénonciation face aux préjudices que vivent les usagers dans le réseau de la santé.

Steve Debenport via Getty Images

Un début d'année mouvementé a touché la profession infirmière. En effet, à la suite du témoignage d'Émilie Ricard, dénonçant une charge de travail inacceptable au CHSLD où elle travaille, une importante vague de mobilisation infirmière a vu le jour. Une majorité d'infirmières partage ce sentiment d'impuissance face à la médiocrité de la qualité des soins et la surcharge de travail qui leur est imposée. Depuis janvier, des infirmières de partout au Québec se sont levées pour dénoncer les conditions dans lesquelles elles exercent chaque jour, révélant notamment le manque de ressources humaines et matérielles dans les différents milieux de soins, mais aussi les ratios patients-infirmière trop élevés qui ne permettent pas d'assurer une sécurité de soins optimale. Elles ont mis en place plusieurs moyens originaux afin de faire connaître à la population québécoise l'envers du décor dans le réseau de la santé. Que ce soit par des lettres ouvertes dans les différents médias sociaux, des auto-dénonciations auprès de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), la parution du livre noir des urgences de l'Outaouais, le port de chandails arborant différents messages de dénonciation, des événements (États généraux des soins), des entrevues télévisées et radiophoniques pour défendre le mouvement ou encore par des manifestations, les infirmières ont su faire reconnaître que l'organisation du système de santé est déficiente et que la population québécoise est en droit de connaître la vérité. Mais encore, que nous, infirmières, pouvons apporter davantage au système de santé en tant que professionnelles et qu'il faut impérativement nous prendre au sérieux et participer aux prises de décisions politiques en santé. La crise actuelle dans le système de santé n'est pas nouvelle et nous trouvons déplorable que des années de dénonciations n'aient pas suffi à tirer la sonnette d'alarme.

Bien évidemment, les gestionnaires des CISSS et CIUSSS partout au Québec trouvent laborieuses ces revendications infirmières et tentent tant bien que mal de «gérer» et de «calmer» la situation en menaçant et en intimidant directement les infirmières militantes afin de dissimuler et d'étouffer le mouvement, pour ainsi laisser croire au grand public que tout va bien. En plus des violences organisationnelles quotidiennes vécues par les infirmières (pénurie de personnel, surcharge de travail, temps supplémentaire obligatoire, manque de ressources, etc.) voilà que les gestionnaires en rajoutent en menacent les infirmières lanceuses d'alerte de suspensions sans salaire et d'avis disciplinaires afin de les décourager et ainsi, les pousser à abandonner le combat. Pourtant, ces mêmes gestionnaires ne devraient-ils pas être les premiers à dénoncer le manque de personnel dans le réseau de la santé, les ratios patients-infirmière non sécuritaires et le manque de services généralisés aux côtés des infirmières ? Ne voulons-nous pas la même chose pour nos patients soit des soins sécuritaires et de qualité ? Malheureusement, les gestionnaires des CISSS et CIUSSS préfèrent continuer à faire usage de leur pouvoir disciplinaire, par le biais de la violence organisationnelle, afin de s'assurer que les infirmières demeurent dociles et obéissantes. C'est exactement ce qui s'est passé la semaine dernière à Trois-Rivières alors que 19 infirmières ont reçu un avis disciplinaire accompagné d'une menace de perdre leur ancienneté et de recevoir une amende, à la suite d'un «sit-in» survenu le 21 avril dernier. Nous dénonçons cette violence organisationnelle faite aux infirmières et infirmiers, à ces professionnels qui enfin osent défier un modèle de soins qui trop longtemps les a contraints au silence et à la subordination.

Nous dénonçons cette violence organisationnelle faite aux infirmières et infirmiers, à ces professionnels qui enfin osent défier un modèle de soins qui trop longtemps les a contraints au silence et à la subordination.

Nous, infirmières, en avons assez que nous et nos patients soyons traités de la sorte. C'est pourquoi nous avons décidé de résister en criant haut et fort nos revendications et en militant. Militer c'est agir, c'est combattre pour quelqu'un ou quelque chose (Larousse, 2018). Militer, c'est défendre les intérêts d'un groupe en l'occurrence, ici, la population québécoise. Ce sont ces 19 infirmières qui ont su se lever, briser la loi du silence et dénoncer des pratiques mettant en danger la sécurité de leurs patients. Ces infirmières ont fait preuve d'un militantisme considérable. Elles n'ont fait que respecter leur devoir civil et professionnel envers le public. Devoir professionnel qui est dicté par un code de déontologie, dont elles ne peuvent se soustraire. Ces 19 militantes ont subi un préjudice pour avoir osé le 21 avril dernier respecter un code de conduite émis par leur ordre professionnel (OIIQ). Nous sommes d'ailleurs en droit de nous questionner sur la prise de parole de notre ordre professionnel dans ce dossier, qui demeure pour l'instant muet. Votre mandat n'est-il pas de protéger le public, alors où êtes-vous lorsque vos infirmières se lèvent et dénoncent la dangerosité des soins ?

En cette semaine des infirmières, nous aimerions réitérer l'importance pour les infirmières de continuer à participer au débat politique en santé et par le fait même, de développer davantage leur autonomie professionnelle et décisionnelle. Nous sollicitons aussi l'aide de la population afin de soutenir les infirmières dans leur processus d'alertes et de dénonciation face aux préjudices que vivent les usagers dans le réseau de la santé. Nous demandons aussi à l'OIIQ d'intervenir en dénonçant la violence organisationnelle faite à ses professionnelles. Violence qui place les patients, déjà vulnérables, dans des situations de soins précaires et non sécuritaires. Finalement, nous souhaitons un partenariat empreint de transparence et exempt de violence avec les gestionnaires des CISSS et des CIUSSS.