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02/08/2018 13:25 EDT | Actualisé 02/08/2018 13:32 EDT

La peur de ne jamais devenir maman m'a longtemps hantée

Voir le temps qui passe, l'horloge de la vie qui tourne et ne pas donner la vie est quelque chose qui vous change à jamais.

Viktor_Gladkov via Getty Images

Cette peur, j'ai commencé à la connaître quelque part en 2014. Elle s'est immiscée doucement dans mon esprit, s'y est fait un nid douillet et a entamé sa lente et terrible croissance. Cette peur, qui est devenue pendant plusieurs années ma fidèle compagne, se résumait en une question, une simple et douloureuse question: et si tu n'avais jamais d'enfant?

Le poids de cette question, on ne peut le soupçonner si on ne se l'est jamais posée sérieusement, en tremblant en la voyant se concrétiser, mois après mois, années après années. Et encore, je n'ai pas à me plaindre, elle ne m'a accompagnée que deux ans: de ce jour de 2014 jusqu'au 29 décembre 2016 où, miraculeusement, mon corps a expulsé un bébé vivant. Pour l'unique fois de bien des tentatives...

Voir le temps qui passe, l'horloge de la vie qui tourne et ne pas donner la vie est quelque chose qui vous change à jamais. On peut affirmer prendre tout le recul que l'on veut, cela ronge de l'intérieur. On assiste, impuissante, oubliée du destin, aux grossesses et naissances, le plus souvent faciles, des autres.

Et l'on ne peut que sentir son ventre bien vide et le trou qu'il laisse dans sa vie. On essaie de comprendre: pourquoi les autres y arrivent-elles et moi non? Qu'est-ce qui ne va pas? Après avoir maudit le destin, en tant que non-croyante, je n'y voyais que des raisons purement rationnelles: mon corps était un traître, il n'y avait pas d'autre explication. Je me traînais un corps incapable de faire ce pour quoi il était fait: donner la vie.

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Dans la vie de tous les jours, on fait «comme si». On maintient la flamme de son couple, on achète une jolie maison avec jardin et chambres prévues. On esquive avec un sourire gêné les questions de la famille qui s'interroge sur le moment où on fera enfin cet enfant. Quand même, depuis le temps qu'on est ensemble!

À chaque question, le cœur se serre, l'âme se verrouille, ne pas pleurer, ne pas craquer, se taire, attendre.

On va de temps en temps dans la chambre qu'on espérait un jour habitée d'un petit être gazouillant et plein de vie et on constate avec douleur le silence qui y règne. Ce silence qui règne dans toute la maison alors que partout dans les environs résonnent les rires d'enfants...

L'attente... interminable

Attendre, c'est ce que l'on apprend le plus, dans ce parcours. Attendre l'ovulation, attendre les règles, toujours si ponctuelles. Si par miracle le test est positif, attendre de voir le taux grimper...Ou s'effondrer. Attendre les années requises avant d'aller en procréation médicalement assistée, attendre les résultats des différents examens, attendre. On se pensait acteur de la venue de son enfant, comme dans n'importe quel couple, on en devient tristement spectateur. Il faut dire qu'on a tellement attendu, vainement, on n'est plus à de longs mois d'attente près. Finalement, s'en remettre à la médecine fait du bien.

Cette brûlante colère qui m'habitait

En tant que femme, le rapport à mon corps, déjà pas simple de base, s'est bien détérioré. Comment aimer un corps qui nous trahit, mois après mois? Comment l'excuser de cette infertilité «inexpliquée», de ces fausses couches «inexpliquées», elles aussi. Alors arrive cette colère. Elle est sourde, le monde ne la voit pas, mais elle est aussi brûlante qu'un cratère en fusion. On se déteste, on se hait autant qu'on hait toutes ces femmes heureuses au ventre rebondi. On hait tout et tout le monde, mais en fait, la haine la plus forte est toute entière tournée vers soi-même.

Evidemment, on apprend à tout cacher: la colère, l'angoisse croissante, la tristesse et la profonde lassitude qui s'installe. En voyant les autres couples enfanter si facilement, on renonce encore plus: on ne doit pas être faite pour ça, c'est la seule explication.

Cet article, il y a trois ans, je n'aurais pas pu l'écrire. Ce n'est pas faute d'avoir extériorisé tout cela sur un blogue anonyme, mais quand on est dedans, le recul est difficile voire impossible.

Je suis sortie de tout cela comme j'y étais entrée: sans l'avoir vu venir.

Pourtant, même quand on mesure jour après jour sa chance, on n'oublie rien. On ne souffre plus, la peur sourde s'est envolée, mais on n'a rien oublié. On n'ose pas se plaindre de quoi que ce soit lié à la maternité, ce serait indécent. On se refuse de ne pas assurer, en tant que mère, ce serait cracher sur un cadeau inestimable de la vie. Mais on comprend, mieux que personne, la souffrance profonde que ressentent les couples qui n'ont pas encore réussi.

Malgré tout, quand je suis des blogues de femmes qui attendent encore, je me sens illégitime. Je n'ose que rarement commenter, je suis miraculeusement passée de l'autre côté de la barrière, du côté des chanceuses, de celles qui «ne peuvent plus comprendre». Cependant, je me souviens bien que lorsque j'étais enceinte, je ne me sentais pas plus légitime auprès de mes congénères au ventre rond.

Mon corps reste un terrain hostile, ma grossesse n'a pas été un long fleuve tranquille, je n'étais pas une future maman sereine. Peu importe le côté où l'on se trouve, finalement, avoir traversé ce tunnel, avoir vécu avec cette terrible question laisse des traces.

Toutes mes pensées pour celles et ceux qui cohabitent encore avec cette affreuse peur.

Ce texte a d'abord été publié sur le HuffPost France.

Ce billet est également publié sur le blog Tribulations d'une drôle de mummy et de La Bête.

Tribulations d'une drôle de mummy et de La Bête

(Le nom de l'auteur a été modifié à sa demande)