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07/03/2016 10:10 EST | Actualisé 08/03/2017 05:12 EST

Pourquoi je suis féministe?

La solidarité du mouvement féministe est nécessaire et devrait être soutenue tant par les femmes que par les hommes. Nous ne serons pas libres si nous ne marchons pas tous ensemble.

L'idée d'être féministe semble être issue du passé, quelque chose que ma grand mère espérait, que ma mère revendiquait. Comme le droit de vote pour l'une et l'équité salariale pour l'autre. Donc, tout est fait; nous avons le droit de vote depuis 75 ans et l'équité salariale a été consacrée par le gouvernement il y a 20 ans.

Alors, au moment où les études supérieures sont devenues accessibles aux femmes, où nos universités sont majoritairement fréquentées par des filles, que les femmes ont massivement investi le marché du travail, que nous reste t il à réclamer? L'égalité est faite. Filles et garçons ont accès aux mêmes études, au même traitement dans nos grandes écoles et aux mêmes emplois. Or, quand ils arrivent sur le marché du travail avec les mêmes bases, ont-ils droit aux mêmes chances, aux mêmes conditions de travail, aux mêmes salaires, aux mêmes types de travail? Hélas, non!

Encore aujourd'hui, les femmes gagnent 75 % du salaire des hommes. Le travail d'une femme ne vaudrait donc que les trois quarts de celui d'un homme? Et les frontières des métiers et des professions sont encore très présentes. Les femmes ne sont que 1,3 % dans les métiers de la construction, pourtant très bien rémunérés. À l'opposé, elles sont largement majoritaires dans des postes pour lesquels les exigences académiques sont supérieures, mais qui s'avèrent beaucoup moins payants. Pourquoi un électricien ayant un diplôme d'études professionnelles gagne mieux sa vie qu'une infirmière technicienne qui possède trois années de plus d'études supérieures?

Vous me répondez que les femmes n'ont qu'à devenir électriciennes? Si seulement c'était si simple! Les femmes ne sont pas les bienvenues sur les chantiers où, rapidement, on leur fait savoir qu'elles ne sont pas à leur place. Celles qui persistent subiront insultes, intimidation et se dirigeront, tôt ou tard, vers les emplois dans les roulottes de chantier, à l'abri des attitudes machistes, ou, tout simplement, quitteront les métiers de la construction. C'est d'ailleurs le cas pour la majorité d'entre elles.

Il y a aussi celles qui devront laisser temporairement ou définitivement un travail pour le congé de maternité ou pour devenir proche aidante, et qui subiront, à leur retour, la pression du marché du travail quand le tout petit aura de la fièvre et que le service de garde ne pourra l'accueillir. Oui, encore aujourd'hui, ce sont les femmes qui ont la charge des enfants et des tâches ménagères.

Autre réalité, le corps des femmes est objet de convoitise. Il est possible de le louer, de l'acheter, de l'utiliser ou même de le vendre. Comment ne pas être féministe quand on voit, par exemple, un père de famille faire cinq enfants à sa belle-fille sans que quiconque ne l'ait dénoncé? Comment ne rien dire quand des adolescentes sont vendues comme esclaves sexuelles? Pourquoi accepter que des hommes empruntent, à la chaîne, la même chambre de motel pour visiter une adolescente, en faisant semblant de ne pas voir son âge? Vous me demandez pourquoi je suis féministe?

Parce qu'il y a encore aujourd'hui une discrimination systémique à l'endroit des femmes.

Parce qu'il n'y a que 27 % de femmes à l'Assemblée nationale, alors que le Québec compte 52 % de femmes.

Parce que les femmes élues au sein des conseils municipaux doivent se présenter le lendemain d'un accouchement pour protéger leur siège, en raison d'une règle archaïque.

Parce que je dois me battre, encore aujourd'hui, pour protéger le libre accès aux cliniques d'avortement.

Parce que les femmes autochtones souffrent dans leurs chairs de la colonisation, des pensionnats et de la mise en réserve de leur peuple.

Parce que les nominations de femmes au sein des conseils d'administration des grandes entreprises cotées en bourse se font encore rares. À quand une législation pour obliger toute entreprise souhaitant faire affaire avec l'État à concrétiser la parité à son conseil d'administration?

Le slogan « nous marcherons tant que nous ne serons pas libres » me convient parfaitement. L'égalité n'est pas une question individuelle. C'est collectivement, ensemble, que les femmes y arriveront. En n'oubliant personne derrière.

La solidarité du mouvement féministe est nécessaire et devrait être soutenue tant par les femmes que par les hommes.

Nous ne serons pas libres si nous ne marchons pas tous ensemble.

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