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10/03/2014 11:31 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Le papillon et l'amphithéâtre

Je sais, le titre ressemble étrangement à une fable de Lafontaine. Peut-être avait-il oublié de pondre celle-là avant de mourir; bien qu'il aurait dû donner dans la prémonition puisque les événements dont je veux vous parler sont chauds, très chauds. Je parle, non pas du saut en politique de Pierre Karl Péladeau avec le PQ, mais de son départ de Québécor et de sa séparation avec Julie Snyder, la productrice. Un sujet tellement chaud, que les chroniqueurs télé s'excusent presque auprès des principaux concernés avant d'en parler. Richard Therrien du Soleil nous dit qu'il faut aborder le sujet avec le plus grand respect. Je vais essayer de parler de la firme sans que le souffle de Dark Vador ne vienne influencer mes propos.

Vous connaissez le dicton chinois, le battement des ailes d'un papillon en Chine peut provoquer un ouragan en Amérique. Et bien, j'ai la ferme conviction que le battement des ailes de PKP qui le mène vers le Parlement, et vers une nouvelle vie de célibataire, va provoquer rien de moins que la perte de l'Amphithéâtre de Québec.

Avant de devenir politicien, Pierre Karl Péladeau a dû démissionner de l'empire. Il a tout quitté. Ne cherchez plus son nom dans l'organigramme de la compagnie, il a été biffé au quart de tour. Il ne reste qu'à l'ancien numéro un, ses actions qu'il dit vouloir conserver. Soit! Sauf qu'avant même la fin du point de presse qui annonçait son arrivée au PQ, François Legault lui avait déjà demandé de s'en départir. Il voit d'un mauvais œil qu'un ministre du futur gouvernement Marois, responsable du développement économique de surcroît (c'est moi qui le dit), puisse conserver ses actions dans une entreprise comme Québecor.

Et Québecor là-dedans?

Tirez-en vos propres conclusions, mais Pierre Karl Péladeau n'est plus dans le coup pour acheter une équipe de la ligue nationale. Celui qui a apposé sa signature sur l'entente avec la Ville de Québec n'est plus, et son départ ne date pas d'aujourd'hui. Depuis mai 2013, c'est un certain Robert Despatie qui a détrôné PKP. L'ancien boss de Vidéotron, la vache à lait de Québécor Inc. L'homme est reconnu pour ces qualités de grand gestionnaire. Et justement, depuis son arrivée, il s'est départi des journaux locaux qu'il a revendus à Transcontinental, il a mis aux poubelles les circulaires qui devaient concurrencer Publisac, fait du ménage chez Sun News en mettant à pied près de 300 personnes, avant de reconduire la convention collective du Journal de Montréal sans encombre. Bref, en matière de gestion, il a fait passablement tout le contraire de son prédécesseur PKP. Va-t-il investir 400 millions de dollars pour une nouvelle franchise de la LNH à Québec ? Parce que c'est d'une nouvelle franchise dont on parle. Plus 60 millions pour le nom sur l'édifice, plus 40 voir 45 millions pour des studios de télé, plus...plus...plus ! Entre vous et moi, je serais très surpris.

Des spectacles ?

Reste donc, le reste. Des spectacles, hmmmm! Honnêtement, je souhaite qu'il y ait beaucoup de concerts dans le futur éléphant blanc du maire Labeaume, mais ne perdons pas de vue que depuis deux ans, Le Festival d'été de Québec et QuébéComm se livre une guerre sans merci pour attirer les Paul McCartney et les Madonna sur les plaines d'Abraham, que restera-t-il pour «the Elephant»?

Julie Snyder

Et Julie elle? Des studios de télévision doivent être construit pour que la productrice puisse produire ses émissions à moindres coûts sans être obligée de louer les flamboyants studios Mell's de Montréal. Rappelez-vous que c'est un amphithéâtre en gyproc que Régis Labeaume va livrer à Québecor et que ce dernier va devoir y investir 40 millions de dollars pour y aménager ses bureaux et des studios de télé. Pour qui les studios de télé? On aura beau nous dire que c'est pour déménager les installations de TVA de la rue Myrand dans le nouveau panthéon du sport, ça ne coûtera pas plus qu'un ou deux millions. L'équipement est flambant neuf à TVA, pas besoin de renouveler la flotte, je le sais, j'ai moi-même participé au changement technologique. Donc, pour qui le studio de télé? Eh oui, pour Julie. Le problème c'est que Julie n'est plus là!

Vous voulez jouer à où est Julie? Ne cherchez plus, elle aurait été vue, selon le même Richard Therrien, sur les étages de Radio-Canada à Montréal. Vous comprenez ce que ça veut dire? Bye-bye Le Banquier, Star Académie, La Voix, et pourquoi pas Occupation Double, soit les émissions phares qui ont permis à Québecor d'engranger des millions depuis 10 ans. Quand ce n'est pas Productions J qui produit, c'est Julie qui anime alors «Qu'ossa change?» Mais revenons à nos papillons, sans Julie Snyder dans l'amphithéâtre à Régis, que va-t-il se passer ? Rien...Niet...Nada.

Ça sent la catastrophe annoncée. Sans Julie Snyder, pensez-vous vraiment que TVA va investir de l'argent à Québec pour y transférer sa production ? Jamais. ''Read my lips''comme disait George Bush père J.A.M.A.I.S. J'en sais quelque chose, je me suis battu pendant 10 ans pour que le CRTC oblige TVA à produire des émissions localement. Son président, Pierre Dion, était horripilé à l'idée de devoir payer un cent pour ça. Si effectivement Julie Snyder arpente les couloirs de la SRC, ça veut dire que malheureusement les papillons ne volent plus très haut et que madame s'apprête à déployer ses ailes vers d'autres cieux que ceux de TVA.

Sans la présence de la meilleure productrice au Québec, à Québec, sans PKP, sans club de hockey, je crois que l'amphithéâtre à Régis restera en gyproc.

Au fait, quelqu'un peut demander à M. Despatie ce qu'il en pense, ou à Régis Labeaume si l'entente tient toujours! Juste de même.