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19/03/2016 09:10 EDT | Actualisé 20/03/2017 05:12 EDT

Les moustaches des dames et la cruauté des enfants

La capacité, ou le manque de capacité, à se mettre à la place des autres a d'importantes répercussions sur la nature des phobies sociales que vivent les enfants et sur la façon dont ils s'intègrent.

«Mademoiselle, pourquoi avez-vous une moustache, comme un homme ?»

Avez-vous déjà entendu un enfant de six ans faire une remarque de ce genre à un professeur ? Ou bien : «Pourquoi avez-vous le nez rouge ?» Ou encore : «Vous avez de grandes oreilles !»

En tant qu'adultes, ces remarques enfantines peuvent nous faire sourire, mais qu'arrive-t-il lorsque c'est un enfant qui en est la cible ?

Les enfants ont une façon intéressante de penser. Ils sont entièrement dans leur petite bulle. La question sur la moustache, je l'ai déjà vraiment entendue dans une école primaire. Les adultes n'oseraient jamais poser de telles questions, parce qu'ils savent que cela peut blesser la personne visée. Mais l'enfant essaie simplement de comprendre le monde qui l'entoure, et il n'a encore aucune idée de ce qui se dit et de ce qui ne se dit pas. L'enfant ne fait qu'une remarque intéressante, tout à fait inconscient de l'effet qu'elle a sur la femme à qui elle s'adresse.

La plupart des préadolescents n'ont pas la maturité pour se mettre à la place d'un autre. Ils pourraient dire à quelqu'un dans l'autobus : «Regardez mes nouvelles chaussures !», sans se demander si cela intéresse le passager.

Dans l'esprit d'un enfant du primaire

La capacité d'imaginer ce qu'une autre personne pense ou ressent s'appelle la «théorie de l'esprit». C'est ce qui aide à prendre conscience du fait que l'esprit d'une autre personne est distinct du nôtre.

Lorsqu'un enfant de six ans s'intéresse à un défaut physique, ce n'est qu'une question de curiosité. Il ignore complètement qu'il pourrait blesser des gens. Pour se rendre compte de l'effet de ces remarques, il faudrait qu'il ait la capacité de se mettre à la place de l'autre.

C'est pourquoi les enfants peuvent être si cruels avec leurs compagnons de classe qui sont différents. Ils vont souligner les différences physiques ou psychologiques, ou en rire, simplement parce qu'elles se détachent du reste. Sans théorie de l'esprit, ils sont inconscients des sentiments qu'ils suscitent chez les autres. Ces différences attirent comme des aimants les commentaires et les rires.

Si un collègue, dans votre bureau, était victime d'une incontinence accidentelle, vous en seriez mortifié(e) pour cette personne. Il lui serait difficile, le lendemain, d'affronter ses collègues, mais au moins ceux-ci ne l'appelleraient pas «le pisseux» pendant des années. C'est cependant ce à quoi les enfants s'exposent parfois avec leurs camarades de classe. Et cela se produit au moment où les enfants commencent à construire leur identité personnelle.

Être différent. Se sentir différent.

La théorie de l'esprit est un facteur clé de l'anxiété que subissent nos jeunes, alors qu'ils essaient de trouver leur place dans le monde. La capacité, ou le manque de capacité, à se mettre à la place des autres a d'importantes répercussions sur la nature des phobies sociales que vivent les enfants et sur la façon dont ils s'intègrent parmi leurs pairs.

Sans la capacité d'évaluer les sentiments d'une autre personne, les enfants du primaire peuvent sembler cruels et sans pitié. Mais, alors qu'un adulte peut être cruel dans le dessein véritable de blesser, un enfant peut agir avec cruauté simplement parce que c'est la nature de l'esprit des enfants.

Les enfants du primaire peuvent bien s'entendre avec leurs camarades et ils ne se feront pas harceler, tant qu'ils ne sont pas différents. Mais un nom rare, un trait physique hors de l'ordinaire, un défaut d'élocution ou un autre trait malheureusement différent peut attirer la cruauté comme un aimant. Les cibles de ces sarcasmes ont tendance à développer d'importants troubles d'anxiété sociale. Souvent, ils se sentent anormaux, d'une certaine façon, et cela peut persister jusque dans leur identité d'adulte. Les blessures peuvent être enracinées profondément et ne jamais cicatriser complètement.

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