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12/02/2018 09:00 EST | Actualisé 12/02/2018 10:57 EST

Milieux scolaires défavorisés: une alliance CSDM-Alliance demandée!

Serait-il possible que nous puissions compter sur autre chose que la confrontation entre l'Alliance et la CSDM pour améliorer le sort des enfants, des parents et des enseignants des milieux éducatifs défavorisés?

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La CSDM songe à offrir des primes pour encourager le personnel enseignant à appliquer sur des postes dans les milieux défavorisés. Tout de suite, on entend les hauts cris de l'Alliance des professeures et des professeurs de Montréal qui, dirait-on, ne connaît que ce registre. Sa présidente demande: « Y aura-t-il aussi des primes pour celles et ceux qui mettent en péril leur santé dans les écoles aux prises avec la moisissure ?» Admettons qu'amalgamer «milieu défavorisé» et «moisissure» n'est pas l'argument du siècle.

Les raisons avancées par l'Alliance pour rejeter cette option, si elle était la seule envisagée, ne sont pas pour autant incongrues. Il y a belle lurette que les problèmes sanitaires de l'air vicié, des moisissures, de la décrépitude, comme ceux du débordement des écoles de la CSDM auraient dû être réglés par le gouvernement du Québec. Ce dernier, qui après 15 ans, se découvre soudainement un intérêt pour la chose en année électorale avec un engagement de 750M$ pour la mise à niveau des écoles pour la prochaine année. Il y a pourtant belle lurette que les conditions de travail des enseignants oeuvrant en milieu défavorisé sur le territoire de la CSDM sont condamnables.

Il y a pourtant belle lurette que les conditions de travail des enseignants oeuvrant en milieu défavorisé sur le territoire de la CSDM sont condamnables.

Mais ces arguments n'invalident pas pour autant l'idée d'offrir une allocation supplémentaire à celles et ceux qui, parmi nos enseignants les plus expérimentés, investiraient de leurs compétences et de leur savoir-faire dans les milieux qui ont le plus besoin de leur expertise. Cette mesure ne règlerait pas tous les problèmes certes, mais qui affirmerait cela sinon par pure stratégie de confrontation?

Les programmes de primes à l'installation et de rétention de médecins en régions éloignées mises à l'essai dans le monde font la démonstration qu'à elles seules ces primes ne sont pas suffisantes. Elles contribuent à l'objectif visé si elles sont associées à d'autres éléments du casse-tête. Pourquoi l'Alliance n'offre-t-elle pas à la CSDM autre chose qu'une fin rigide de non-recevoir (elle devrait avoir pourtant appris que la rigidité ne mène nulle part comme dans le cas de l'École Rose-Des-Vents) et n'ouvrirait-elle pas la porte à un examen des éléments qui pourraient, mis ensemble, faire une différence? Pour l'heure, ce sont ses jeunes membres sans expérience qui sont amenés à pourvoir trop de ces postes en milieu défavorisé et qui en sortent perdants. Et ils ne sont pas les seuls.

Serait-il possible que nous puissions compter sur autre chose que la confrontation entre l'Alliance et la CSDM pour améliorer le sort des enfants, des parents et des enseignants des milieux éducatifs défavorisés?

À titre d'exemple, je soumets une brève liste d'éléments sur lesquels l'Alliance et la CSDM pourraient plancher:

  1. Création d'un front commun uni devant le gouvernement du Québec pour que les investissements de réfection et de mises à niveau des écoles de la CSDM aboutissent rapidement et création dans ce contexte d'un comité de veille bipartite.
  2. Mise à l'essai d'un programme d'encouragement financier pour les enseignants d'expérience qui choisiraient d'oeuvrer dans les écoles de milieux défavorisés. Ce programme pourrait être complété par un programme d'allocation logement sur le territoire de la CSDM ce qui viendrait diminuer l'attrait pour les écoles de banlieue.
  3. Programme costaud et motivant de formation continue, d'ateliers de mise à niveau, de soutien à des communautés de pratique en milieu défavorisé et d'une équipe de conseillers pédagogiques exclusivement dédiée à ces enseignants-es.
  4. Diminution plus marquée des ratios maître/élèves dans les écoles de milieu défavorisé qui passeraient, par exemple, d'une moyenne de 18 à une moyenne de 14 (comme dans les classes d'accueil) avec un maximum de 16.
  5. Ajustement local et constant des ratios élèves en difficulté-ressources spécialisées pour que l'accès à ces ressources et le suivi soient assurés plutôt qu'espérés.
  6. Ajout de personnel de soutien aux enseignants dans des domaines d'enrichissement pédagogique (ressources en numérique, en arts, en activités physiques en apprentissage expérientiel).
  7. Formation d'une équipe bipartite permanente d'innovation de l'enseignement en milieu défavorisé composée de membres de l'Alliance et de conseillers pédagogiques de la CSDM.
  8. À plus long terme, révision de la formation des enseignants et des gestionnaires scolaires eu égard aux particularités que l'on retrouve en milieu vulnérable.

Il se pourrait bien que certains de ces éléments soient déjà en place ou qu'il en existe de bien plus intéressants. Pourquoi ne pas en discuter de bonne foi? Il faut de toute nécessité renoncer à cette culture détestable de la rigidité, du blâme et de la fin de non-recevoir.

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