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11/01/2018 09:00 EST | Actualisé 11/01/2018 09:00 EST

29 janvier: pourquoi pas une Journée québécoise de la fraternité?

Il n'y a qu'à lire les bulletins de nouvelles et à parcourir les réseaux sociaux pour constater qu'encore une fois nous sommes en train de rater une belle occasion de nous élever et de nous rapprocher.

Le temps est venu, me semble-t-il, de manifester notre attachement à une culture du vivre ensemble qui sans renier nos différences et nos attachements singuliers nous invite à une bienveillance alerte, ouverte, mais sans complaisance.
Christinne Muschi / Reuters
Le temps est venu, me semble-t-il, de manifester notre attachement à une culture du vivre ensemble qui sans renier nos différences et nos attachements singuliers nous invite à une bienveillance alerte, ouverte, mais sans complaisance.

29 janvier 2017, massacre à la mosquée de Québec.

Cette date pourrait devenir l'occasion d'un rassemblement autour de notre refus de la haine et du mépris et autour des liens fraternels que nous tentons de tisser pour la très grande majorité d'entre nous. Nous assistons plutôt à un débat fractionnel concernant la pertinence d'en faire une journée contre l'islamophobie ou une journée de commémoration. Il n'y a qu'à lire les bulletins de nouvelles et à parcourir les réseaux sociaux pour constater qu'encore une fois nous sommes en train de rater une belle occasion de nous élever et de nous rapprocher.

Il y a un temps pas si lointain où, candidement, mais avec ce que cela traduisait de l'efficacité de la propagande nazie envers les juifs, on entendait dans la bouche des adultes l'expression "Mon p'tit juif" alors que, enfants, nous étions pris en flagrant délit de désobéissance. On utilisait quelquefois l'expression en y ajoutant un ton bon enfant, mais l'expression répétée au fil des conversations amplifiait l'image de combinard, de rusé, de manipulateur que le IIIe Reich accolait jour après jour à ce peuple honni. L'antisémitisme était devenu à ce point insidieux qu'il s'était inscrit dans le langage vernaculaire sur un territoire situé à des milliers de kilomètres du foyer raciste.

Toutes les époques connaissent leurs groupes souffre-douleur.

Toutes les époques connaissent leurs groupes souffre-douleur. Il fut un temps où c'étaient les Italiens associés par résonnance linguistique à la mafia quasi automatiquement malgré les si nombreux liens d'amitié qui se forgeaient entre la communauté italienne et les Québécois d'origine. Et il y eut les Chinois, puis les Japonais diabolisés et dépouillés de leur dignité, de leur liberté et de leurs biens. Les maudits Français n'y ont pas échappé, non plus que les Antillais, non plus que les autochtones envers qui la condescendance réservée à un peuple ostracisé jusque dans ses racines culturelles n'aura eu de cesse de se manifester. L'expression "mon p'tit gueux" jadis utilisée à titre de blâme nous en dit aussi assez long sur le regard que nous aurons porté sur les plus démunis.

Et puis, pour ne pas en être en reste, les Québécois de souche seront malignement traités de frogs et de pea soup. Souvent, longtemps et avec arrogance.

En tant que membres d'un groupe, d'une ethnie, d'une culture linguistique, tous les citoyens du Québec auront à un moment ou à un autre de leur histoire vécu une forme plus ou moins prononcée de disqualification culturelle, politique ou sociale et parfois la haine, le mépris, l'agression. Nous n'avons pas à remonter très loin dans notre histoire collective pour en recenser des traces. Notre créativité n'a pas de limites quand il s'agit de nous différencier, de nous singulariser, de nous définir par rapport à l'Autre, cet Autre indispensable à notre recherche d'individualité. C'est sur ce mécanisme de différenciation, essentiel à notre survie et à notre identité culturelle et personnelle, que reposent aussi les dérives du mépris, du rejet et ultimement de la haine, malveillance ou malfaisance aidant selon les circonstances.

Le temps est venu, me semble-t-il, de manifester notre attachement à une culture du vivre ensemble qui sans renier nos différences et nos attachements singuliers nous invite à une bienveillance alerte, ouverte, mais sans complaisance. Certains groupes d'extrême-droite dont la voix décomplexée se fait maintenant entendre n'hésitent plus désormais à recouvrir d'une couche de leur purin haineux notre volonté collective de vivre ensemble dans le respect et la recherche de valeurs partagées. C'est à cela qu'il faut résister. C'est avec et par la voix de l'humanisme que nous devons y répondre.

La maison est grande dans ce pays qui n'est pas un pays. Vigneault nous invitait à l'ouvrir et y partager une destinée commune:

Je mets mon temps et mon espace

À préparer le feu la place

Pour les humains de l'horizon

Et les humains sont de ma race

Le 29 janvier nous donne l'occasion de consolider cette maison. Pourquoi ne pas en faire une Journée québécoise de la fraternité?

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