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04/10/2015 09:08 EDT | Actualisé 04/10/2016 05:12 EDT

Matricule 728 ou l'éloge de l'obéissance

À la suite du passage de Stéphanie Trudeau à Tout le monde en parle (TLMEP), il semble y exister un large consensus vis-à-vis la réception du public face à l'entrevue de la policière, du moins, si on se fie à la chronique de Sophie Durocher. Si je devais paraphraser les commentaires qui sont revenus le plus souvent sur les médias sociaux, je le ferais ainsi :

«Je ne suis pas d'accord avec ses agissements (matricule 728), mais elle a su tirer son épingle du jeu, et ce, malgré les interventions de Philippe Falardeau et de Patrick Huard, qui eux, tentaient de la planter.»

Cette opinion, qui est revenue ad nauseam sur les médias sociaux, a même obligé Patrick Huard à s'expliquer concernant son passage à TLMEP, c'est peu dire. Personnellement, ce n'est pas tellement les agissements de la policière qui me scandalisent, même s'ils ne me laissent pas indifférent, mais plutôt le raisonnement de matricule 728 qui vient légitimer ses actions, quelles soient douteuses, ou pas.

Qu'est-ce qui cloche dans le raisonnement de Stéphanie Trudeau?

En évoquant, la loi n'est pas faite pour être interprétée, mais seulement pour être appliquée par le corps policier, car la loi, c'est la loi. Elle stipule que la légitimité de la loi n'émane pas des individus, mais transcende ceux-ci. En ce sens, la loi serait, au fond, un nuage qui survolerait nos sociétés modernes et qui serait inaccessible aux citoyens.

Qu'on se comprenne bien. Je ne dis pas qu'elle a tort quand elle affirme que le corps policier doit appliquer la loi. Bien sûr que non. Le problème, il est ailleurs. C'est lorsque les policiers soustraient leur capacité de jugement par la loi. Là, il y a un réel problème, voire un danger.

Étant une policière lors de la crise de 2012, Stéphanie Trudeau se devait d'appliquer la loi, car comme Philippe Falardeau l'a affirmé à TLMEP, elle avait des protocoles à suivre, et c'est bien normal. Pourtant, arrêter le raisonnement ici serait réducteur. Mme Trudeau était peut-être bel et bien une représentante de la loi, mais ne possédait-elle pas d'autres rôles? N'était-elle pas une amante, une mère, qui sait? Mais, malgré tous ces rôles qu'un individu peut endosser au sein de la société, il est avant tout un être humain et il doit agir comme tel.

Qu'est-ce que ca veut dire agir comme un être humain?

Pour répondre à cette question, on doit, dans un premier temps, déterminer ce qui caractérise l'être humain des autres formes de vie (animale, végétale et minérale). Pour faire simple, la réponse se trouve dans notre capacité de penser. En ce sens, agir comme un être humain, c'est penser à ce que l'on fait et évaluer ses conséquences.

Or, c'est précisément ce que Stéphanie Trudeau s'est empêchée de faire en limitant son explication à un langage purement protocolaire, voire administratif. Ainsi, son manquement ne porte pas sur ses agissements, mais plutôt sur une réflexion pauvre et superficielle vis-à-vis ses actes.

Certains vont dire haut et fort qu'un policier se doit de rester neutre, et donc, de se garder à l'écart des débats politiques. Cependant, la loi est-elle réellement neutre? En refusant de prendre position, le corps policier ne risque-t-il pas de devenir instrumentalisé par la loi? Ne risque-t-il pas d'être déshumanisé?

En poursuivant, il n'est pas faux de croire que les réactions de Mme Trudeau auraient pu être différentes si le contexte n'avait pas été le même. Effectivement, comment aurait-elle réagi, en tant que policière, à la vague sociale revendiquant les droits civiques des homosexuels dans les années 60 aux États-Unis? Je crois qu'elle se serait sentie, en tant que citoyenne, beaucoup plus concernée par ces revendications. Permettez-moi de croire qu'il y aurait eu, de sa part, un plus grand effort de réflexion sur les conséquences sociales, revendiquées à l'époque par ledit mouvement contestataire.

À vrai dire, il est peut-être là le problème : cette sélectivité de la sensibilité policière face aux mouvements sociaux. En effet, comme nous avons pu l'observer au cours des années, l'attitude du corps policier n'est jamais la même lorsqu'il est question d'étudiants, d'enseignants ou de policiers dans la rue...

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