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04/03/2015 05:41 EST | Actualisé 04/05/2015 05:12 EDT

Lettre ouverte à Anne-Marie Dussault

J'ai écouté votre entretien avec Adil Charkaoui et j'avoue avoir été choqué. Choqué par la rigidité de votre raisonnement, le manque de neutralité et le peu de curiosité intellectuelle dont vous avez fait preuve lors de l'entrevue.

Comme des milliers de citoyens, j'ai écouté votre entretien avec Adil Charkaoui et j'avoue avoir été choqué. Choqué par la rigidité de votre raisonnement, le manque de neutralité et le peu de curiosité intellectuelle dont vous avez fait preuve lors de l'entrevue.

Il me semble que lorsqu'on invite quelqu'un à s'exprimer sur les tribunes médiatiques, la moindre des choses c'est de le laisser s'exprimer. Or, vous avez semblé, durant l'entrevue, plus intéressé par vos questions que par ses réponses. Pourtant, êtes-vous certaine d'avoir posé les bonnes questions? Peut-être qu'elles étaient incomplètes, ou du moins, non exhaustives pour comprendre la complexité de la situation au Moyen-Orient?

Or, toute tentative de sortir de votre vision manichéenne du monde pour préférer une approche plus nuancée était perçue comme suspecte. Comme si refuser de voir la situation actuelle à travers une grille d'analyse opposant les «méchants» islamistes radicaux aux «gentils» musulmans innocents était une manière de se défiler du débat démocratique.

En effet, vous avez été jusqu'à dire que traiter des enjeux géopolitiques n'était pas pertinent pour comprendre les crimes commis actuellement au Moyen-Orient. Comme si refuser de vouloir condamner des actes de violence était une façon de cautionner celle-ci. Il ne s'agit pas de dire que ces actes sont bien, évidemment pas, mais plutôt qu'ils ne sont pas commiss par des gens malades mentaux et profondément méchants. Qu'ils sont en réaction à l'impérialisme américain qui détruit impunément des territoires et des villages pour servir ses intérêts. C'est une grave erreur logique de penser que si on ne condamne pas la violence islamique, on est, de facto, sympathisant avec ces «barbares». Qu'en est-il de la violence des pays occidentaux? La chanson de faire la guerre pour établir la paix et la démocratie qu'on nous chante pour justifier ces massacres et ces crimes, mérite notre regard critique tout autant que les crimes commis par l'État islamique,non?

Comme le souligne, Francis Dupuis-Déri, avant l'arrivée des Américains au Moyen-Orient, la concentration de groupes radicaux en Afghanistan était pratiquement nulle. Ce sont les guerres civiles et les massacres perpétrés par les États-Unis au nom de la paix qui sont, du moins en partie, responsables de la montée du radicalisme dans ces régions. En effet, plusieurs études démontrent que la destruction des infrastructures et de l'économie, de ces régions, a obligé des citoyens respectables a s'engager dans des milices ou a cultiver le pavot pour gagner leur vie. Ainsi, l'opposition entre, d'un côté, des êtres profondément méchants, et de l'autre, de pauvres civils innocents semblent une simplification vulgaire de la situation actuelle au Moyen-Orient.

Ainsi, comme le souligne Adil Charkaoui, il n'est pas nécessairement contradictoire de refuser de condamner les exécutions commises par l'État islamique, et en même temps, promouvoir la démocratie et la justice sociale. Premièrement, parce que refuser de condamner ces actions ne signifie pas nécessairement qu'on cautionne celles-ci. On refuse peut-être de condamner ces crimes, car on veut comprendre ces gestes, et ce, même si ceux-ci sont effroyables et terribles. C'est par la raison humaine qu'on doit éclairer les noirceurs de ce monde et non pas à coup de bombes et de missiles.

P.-S. Je vous informe que la plupart des universités du Québec détiennent une copie du livre d'Adolf Hitler, Mein Kampf, un ouvrage qui fait la promotion de la violence et de la brutalité humaine.

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