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05/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 05/05/2018 08:00 EDT

Une demi-tasse d’arachides: leçons à tirer d’un régime draconien pour le diabète

Si l’histoire nous a appris une chose, c’est que nous devons également avoir les bonnes politiques en place afin de mettre en pratique nos découvertes et de soutenir les innovateurs au pays.

PeopleImages via Getty Images

Il y a un siècle, un diagnostic de diabète était comparable à une peine de mort. Le seul traitement capable de ralentir quelque peu la progression de la maladie était un régime draconien. Il était conseillé de consommer 400 calories tout au plus par jour, soit l'équivalent d'environ une demi-tasse d'arachides rôties à sec.

Ironiquement, certains patients atteints de diabète décédaient de faim plutôt que de la maladie. Les enfants diabétiques survivaient rarement plus d'un an après le diagnostic et moins d'un adulte sur cinq survivait plus de dix ans.

En 1922, les Canadiens Frederick Banting et Charles Best ont administré pour la première fois et avec succès de l'insuline à un garçon diabétique de Toronto âgé de 14 ans. Cette découverte canadienne a transformé à jamais ce qui était autrefois une mort certaine en un état chronique, présentant une survie à long terme.

Au cours du siècle dernier, des millions de personnes ont profité d'une longue vie productive grâce à l'insuline – l'un des plus grands cadeaux que le Canada ait offert au reste du monde. Depuis cette première découverte, nous avons accompli des progrès graduels, mais significatifs dans la prise en charge du diabète grâce à de nouveaux traitements pharmacologiques.

Depuis cette première découverte, nous avons accompli des progrès graduels, mais significatifs dans la prise en charge du diabète grâce à de nouveaux traitements pharmacologiques.

La semaine dernière, le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes a produit un rapport recommandant d'aller de l'avant avec la mise en place d'un régime national d'assurance médicaments. Dans le cadre du budget de 2018, un panel a été mis sur pied afin d'étudier la question. Nous entrons décidément dans une importante phase de réflexion à l'échelle nationale sur la façon dont les Canadiens devraient accéder aux médicaments dont ils ont besoin.

L'histoire de notre progression dans le traitement du diabète nous permet de tirer des leçons importantes pour continuer à innover en matière de soins de santé, pas seulement pour le diabète, mais aussi pour de nombreuses autres maladies chroniques et aiguës.

Nous continuons toujours d'en apprendre davantage sur le diabète et des recherches récentes montrent qu'il pourrait y avoir jusqu'à cinq types de diabète différents – une découverte révolutionnaire qui remet en question ce que nous croyions savoir sur la maladie. Cela a un énorme potentiel quant à l'amélioration de l'état de santé des patients, tout en permettant des économies pour les systèmes de soins de santé, d'autant plus que de plus en plus de médicaments personnalisés commencent à faire leur apparition dans l'éventail des traitements. Des moments stimulants sont à venir!

Même s'il y a lieu d'être optimiste, il reste beaucoup à faire. Bien que le diabète ne constitue plus la peine de mort d'autrefois, il représente toujours un énorme fardeau pour la société, au-delà même des 7 000 décès directs causés chaque année. Le diabète contribue lourdement à d'autres problèmes de santé tels que les maladies cardiovasculaires ou rénales. Il est aussi la principale cause de cécité et d'amputations non traumatiques – des affections qui appartiendraient au passé si nous prévenions et traitions le diabète de manière optimale.

Malheureusement, l'épidémie du diabète à laquelle nous faisons face ne reçoit pas l'attention nécessaire. Au cours du récent sommet sur les soins de santé organisé par Canada 2020 à Ottawa, Alex Munter, président-directeur général du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario, a souligné que, même si le diabète de type 1 – qui est d'origine génétique – était historiquement la forme prédominante de la maladie, la plupart des cas sont maintenant de type 2 et largement évitables. Un autre conférencier a fait remarquer que si la prévalence du diabète en Ontario était réduite pour atteindre la moyenne de l'OCDE, une économie de 2 milliards de dollars serait enregistrée en matière de soins de santé chaque année, rien qu'en Ontario.

À l'heure où nous devrions promouvoir des traitements plus personnalisés pour des maladies comme le diabète, nous ne pouvons oublier le passé et risquer de répéter les mêmes erreurs. Bien que l'insuline ait été initialement développée au Canada, la fabrication et les premiers efforts de commercialisation du médicament ont eu lieu principalement à l'étranger.

Bien que l'insuline ait été initialement développée au Canada, la fabrication et les premiers efforts de commercialisation du médicament ont eu lieu principalement à l'étranger.

Dans un pays aussi riche que le nôtre et qui est à l'origine de la découverte de l'insuline, rien ne justifie qu'un patient n'ait pas un accès adéquat aux traitements contre le diabète qui peuvent sauver, prolonger et améliorer des vies.

Alors que le débat entourant le régime d'assurance médicaments bat son plein, ce sont ces personnes qui devraient être au cœur de nos préoccupations. Je ne parle pas seulement des Canadiens atteints de diabète, mais également de ceux atteints d'un cancer, d'une maladie intestinale, d'un trouble cardiovasculaire ou de tout autre problème médical que les médicaments modernes sont en mesure de traiter.

Le Canada a l'occasion de créer un nouveau système permettant de rendre les médicaments accessibles aux Canadiens et de montrer au monde entier une nouvelle façon de faire les choses, comme l'a fait Frederick Banting au siècle dernier. Nous avons l'occasion d'innover en créant un système d'assurance médicaments qui favorise l'innovation, la recherche, le dynamisme de l'industrie et l'accès aux nouveaux traitements dont les patients ont besoin.

Les patients canadiens méritent le meilleur système de soins de santé au monde.

Grâce à l'héritage de notre pays en matière d'innovation, nous avons tous les bons ingrédients pour poursuivre notre combat contre le diabète et d'autres maladies. Il faudra une collaboration et des investissements continus de la part de l'industrie pharmaceutique, des gouvernements et des systèmes de soins de santé.

Il faudra une collaboration et des investissements continus de la part de l'industrie pharmaceutique, des gouvernements et des systèmes de soins de santé.

Mais, si l'histoire nous a appris une chose, c'est que nous devons également avoir les bonnes politiques en place afin de mettre en pratique nos découvertes et de soutenir les innovateurs au pays.

À la mémoire de deux grands Canadiens, Frederick Banting et Charles Best, faisons en sorte que l'héritage de notre pays en matière d'innovation dans le domaine de la médecine soit aussi efficace au siècle prochain qu'il l'a été au cours du siècle dernier.