LES BLOGUES
30/03/2017 09:25 EDT | Actualisé 30/03/2017 09:25 EDT

En attendant les sondages

Peu importe les résultats, si les libéraux ne ressortent pas majoritaires lors des prochaines élections, le deuxième parti aura tout le loisir de discuter avec les autres formations politiques afin de former un gouvernement de coalition.

Comme moi, bien des analystes politiques attendent les résultats du prochain sondage CROP. La fluctuation des intentions de vote est, bien sûr, un sujet d'interrogation. Est-ce que l'effet Nadeau-Dubois se fera aussi sentir du côté de la maison de sondage fédéraliste? Mais il y a aussi la maison CROP comme telle. La dernière fois que CROP avait publié un sondage dans les pages web de La Presse, on avait plus parlé du sondeur que des variations politiques du Québec... Les jours suivants, les pages éditoriales de La Presse s'étaient employées à défendre la véracité des sondages plutôt qu'à commenter les hauts et les bas des partis politiques.

Est-ce que le média de la famille Desmarais a décidé de larguer la maison de sondage avec qui il fait affaire depuis tant d'années? Toutefois, rien n'est moins certain. N'oublions pas que, de septembre 2015 à janvier 2016, le même phénomène s'était produit, alors que La Presse avait décidé de ne pas publier l'étude mensuelle produite par CROP. En 2009, La Presse avait même décidé de publier des sondages de la firme Angus-Reid, une maison de sondage «sur la coche» quand on se réfère à l'exactitude des intentions de vote, pendant que CROP changeait ses méthodes de collecte de données. Il reste tout de même que le dernier article d'un journaliste de La Presse concernant une étude menée par CROP a été publié en décembre dernier et que depuis, c'est le silence radio.

Donc on se met sous la dent ce que Léger Marketing a produit pour le quotidien Le Devoir .

Les libéraux ont maintenant 9 points d'avance sur les péquistes. Seul hic, avec de tels résultats, ils n'ont que 22% d'appui chez les francophones, ce qui réduit à néant leur possibilité de remporter une majorité de sièges. Selon ce sondage, les projections donnent donc 51 sièges aux Libéraux, contre 48 pour le PQ. Pire encore, en ajoutant les 6 sièges solidaires à ceux des péquistes, une coalition souverainiste et progressiste coifferait les gouvernements Couillard au fil d'arrivée.

Projections des sièges selon le sondage Léger de mars

Et c'est justement là toute l'erreur des péquistes jusqu'à maintenant. Tout est dans la sémantique. Le parti de Jean-François Lisée devrait parler de coalition et non de convergence. Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé n'ont assurément pas envie de fusionner avec le PQ. Lisée devrait donc changer son fusil d'épaule. Peu importe de quelle façon on tourne et retourne la carte électorale, une évidence ressort; les partis devront maintenant viser à s'allier après 20 heures le 1er octobre 2018 et non plus viser à former une seule entité avant ce moment.

Le 1er octobre au soir, Jean-François Lisée pourrait appeler soit François Legault ou le duo à la tête des solidaires afin de former un gouvernement.

L'avantage de cette stratégie est que les égos n'auront pas à être trop maganés à la suite d'une fusion qui pourrait faire des malheureux. Et peu importe les résultats, si les libéraux ne ressortent pas majoritaires lors des prochaines élections, le deuxième parti aura tout le loisir de discuter avec les autres formations politiques afin de former un gouvernement de coalition. Ça devient donc une course au meilleur deuxième! Le 1er octobre au soir, Jean-François Lisée pourrait appeler soit François Legault ou le duo à la tête des solidaires afin de former un gouvernement. Tout le monde évite donc de se peinturer dans le coin.

D'ici là, il reste aux partis à opter pour la stratégie la plus efficace qui lui permettra soit de remporter une majorité ou soit de viser la deuxième marche du podium.

Donc d'ici 18 mois :

«Si j'étais le gouvernement libéral», je m'évertuerais à trouver un projet fort lié à la fierté d'être Québécois. Depuis l'arrivée de Philippe Couillard, en 2014, les libéraux ont beaucoup de difficulté à rester regroupés. Le premier ministre se révèle être un très mauvais leader, en plus de mal s'entourer. Un projet rassembleur lui permettrait de regrouper tout son caucus autour de lui, de mettre de la substance autour de l'os nationaliste des fédéralistes québécois et mettre l'accent sur autre chose que les faiblesses du chef. Couillard doit trouver son Plan Nord, comme Charest l'avait fait, il y a 10 ans. En 2018, Philippe Couillard fera face à une forte tête politique, en la personne de Jean-François Lisée. Il ne faut pas oublier que François Legault est un très bon orateur en période électorale, comme il a su sauver son parti lors des joutes de 2012 et 2014. Un seul objectif: reprendre le pouvoir de façon majoritaire. C'est avec une équipe unie que Couillard peut espérer cela.

«Si j'étais Jean-François Lisée», je ferais tout pour surprendre. Lors de la prochaine campagne, le PQ aura soufflé ses cinquante bougies. Face à la nouveauté que Gabriel Nadeau-Dubois insufflera à Québec solidaire et face à une jeune formation comme la CAQ, les péquistes ne peuvent se permettre le jeu des comparaisons. Tout comme il l'a fait pendant la campagne à la chefferie, Lisée devrait surprendre ses opposants là où ils ne l'attendent pas. Que ce soit sur l'axe gauche-droite, identitaire, environnemental ou économique, le chef péquiste devra marquer des points de façon originale. Son mantra devra être: «Quoi? Un péquiste vient de dire ça?»

«Si j'étais François Legault», je viserais à centrer mon message. Le chef a la fâcheuse habitude de toujours arriver lors d'une nouvelle session avec un projet différent qui pourrait changer la face du Québec. Ce n'est pas mauvais d'en vouloir plus pour le Québec, mais ça manque de mordant. De plus, la CAQ joue déjà amplement dans les talles du PQ et elle doit maintenant se positionner comme l'alternative auprès de l'électorat libéral et fédéraliste. En octobre 2018, cela fera plus de 15 ans que les troupes de Jean Charest auront pris le pouvoir. On sent déjà l'effritement du vote libéral et pour espérer l'emporter, la CAQ se doit de grappiller autant de votes du côté fédéraliste que celui des nationalistes. Legault se doit donc de proposer des projets qui toucheront les Québécois tout en les situant directement dans l'ensemble canadien. Objectif: montrer le Québec comme LA locomotive du Canada.

«Si j'étais un co-chef solidaire», je ferais tout pour garder le momentum actuel. Quitte à diviser l'électorat en deux: ceux qui nous aiment et ceux qui nous haïssent. Beaucoup d'électeurs n'aiment pas et ne changeront pas d'avis concernant Gabriel Nadeau-Dubois, mais ça reste tout de même gagnant pour Québec solidaire. Tant que les élus de QS restent fidèles à leurs convictions, même si ça divise, ils continueront de monter. Avant de partir, Françoise David en était le parfait exemple.

Bien sûr, les solidaires ne peuvent aspirer à prendre le pouvoir en 2018, mais la balance du pouvoir au sein d'un gouvernement de coalition reste un objectif louable et réalisable. Toutefois, QS doit garder en tête qu'il ne doit pas enlever trop de votes au PQ, car celui-ci pourrait se retrouver au troisième rang le 1er octobre 2018 au soir...

LIRE AUSSI:

» Un lieu portera le nom de Jean Lapierre dans Outremont

» La Russie conseille d'éviter les blagues salaces au Canada

» L'opposition attaque le budget Leitao

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST