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31/01/2016 09:12 EST | Actualisé 31/01/2017 05:12 EST

Prêcher la diversité par l'exemple

Pendant qu'on se plaint de l'analphabétisme fonctionnel dans la population, des milliers d'immigrants, issus de minorités visibles, croulent sous le chômage ou quittent le Québec vers des lieux plus égalitaires.

Il y a sept mois, j'ai écrit ici même un article, intitulé «Folklorisation de la diversité et manipulation des minorités», dans lequel je relevais la sous-représentativité chronique des minorités ethniques dans la fonction publique et dans l'entreprenariat du Québec. Je faisais également ressortir que cette situation s'observait d'ailleurs aussi bien au niveau gouvernemental qu'au niveau de la Ville de Montréal. Je concluais mon texte en rappelant qu'il était donc temps «de cesser de réduire la diversité montréalaise et québécoise aux mets ethniques, aux fêtes religieuses et aux galas exotiques».

Le 21 janvier dernier, c'était autour de Radio-Canada de soulever le problème dont je discutais dans mon texte. En s'appuyant sur des données divulguées en décembre 2014 par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le diffuseur public rapportait qu'il manque actuellement plus de 25 000 employés issus des minorités visibles dans les organismes publics du Québec. À titre d'exemple, la Société des alcools du Québec (SAQ) compte 38 minorités visibles seulement parmi ses quelques 6 000 employés. À Hydro Québec, il n'y a que 312 personnes de couleur sur un effectif de plus de 20 000. En tout, les organismes publics ne comptent pas plus que 2 000 personnes dans leurs effectifs.

Apparemment, rien n'a donc changé et, si l'on juge par les réactions timides des médias et des politiciens face à ces révélations, ce n'est pas demain la veille que les choses changeront dans le sens souhaité. D'ailleurs, à la ville de Montréal, le maire Denis Coderre, pourtant «coqueluche» de certaines communautés, n'a toujours pas publié les résultats du plan d'action en accès à l'égalité en emploi de 2013-2015. La raison est évidente : alors qu'environ un Montréalais sur trois est issu des groupes minoritaires, la représentativité des minorités dans les effectifs municipaux de Montréal, dans le meilleur des scénarios, ne dépasse probablement pas un maigre 20 %.

Cette situation problématique, qui nuit à l'intégration des immigrants et dessert le Québec sur tous les plans, ne changera pas bientôt, d'autant plus que le gouvernement provincial, non seulement ne fait rien de concret pour la corriger, mais l'aggrave en donnant des signaux dans la mauvaise direction.

En effet, le récent remaniement gouvernemental en est la preuve la plus éloquente. Ce gouvernement porté au pouvoir grâce, en partie, à des groupes minoritaires, ne compte parmi ses ministres aucune personnalité issue des minorités visibles. Même les quelques personnes visibles qui ont été nommées dans certains cabinets au lendemain des élections de 2014 n'y sont malheureusement plus. Pire : cette sous-représentativité au niveau de l'exécutif n'est que le reflet d'une représentativité au niveau de l'Assemblée nationale et, de manière générale, dans la classe politique.

La situation ne changera également pas plus si l'on juge par la réalité de la représentativité des minorités culturelles dans le champ médiatique, qui n'est pas bien différente de ce que l'on vient d'affirmer dans le domaine de l'administration publique et de la scène politique. En effet, plusieurs études ont fait écho de la sous-représentativité des minorités dans cette vitrine du Québec sur le Canada et le monde.

Il faut donc le dire : pendant qu'on se plaint de la baisse du niveau de scolarité et de l'analphabétisme fonctionnel dans la population totale, des milliers d'immigrants, issus de minorités visibles, en particulier les Maghrébins, croulent sous le chômage ou quittent le Québec vers des lieux plus égalitaires.

C'est bien beau de parler de la diversité et des minorités dans nos discours publics, mais, à un certain moment, il faut bien prêcher que les responsables politiques et médiatiques prêchent par l'exemple et passent aux actions. Car si les instances publiques ne règlent pas ces dysfonctionnements au niveau de la représentativité des minorités, le privé n'emboîtera certainement pas le pas.

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