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03/10/2016 10:18 EDT | Actualisé 05/04/2017 03:53 EDT

Devenir fou avec le sport des kids

Qu'est-ce qui s'est passé en 20 ans pour que la performance et la réussite de nos enfants deviennent si importantes?

Qu'est-ce qui est arrivé pour qu'on devienne fou avec les activités de nos kids?

Qu'est-ce qui s'est passé en 20 ans pour que la performance et la réussite de nos enfants deviennent si importantes?

Comme si l'on était un meilleur parent parce que notre kid performe dans un sport. Notre enfant devient notre trophée.

En 1985 je faisais du patinage artistique deux fois semaine. Ma mère venait me voir en compétition et en spectacle. Ce qui veut dire 3-4 fois par année. Le reste du temps, je voyageais à l'aréna avec ma coach ou une autre petite patineuse. Coût des cours 45$ pour la session +30$ pour le spectacle. On achetait les vieux cols roulés et les cotons ouatés rouges des autres patineuses et on se passait les robes de compétitions.

C'est vrai, je ne suis pas devenu une Joannie Rochette ou une Josée Chouinard, mais j'ai fait du patin pendant plus d'une décennie. Comme ça. Juste patiner, ramasser des écussons, faire des petits sauts, me faire des amies au patin pis passer du bon temps. Ma mère ne demandait pas au coach pourquoi je n'avais pas passé l'écusson numéro 4. En fait elle me demandait juste au retour «Pis c'tait tu le fun?». C'était pas mal sa seule question. Et c'était parfait ainsi.

Aujourd'hui, on veut que notre enfant progresse. On veut que notre 300$, notre 500$ ou notre 1 000$ soit bien investi.

Ce moment de patin était à moi. Ma mère ne se mêlait pas de ce que je faisais de ce temps. Il m'appartenait. Si je m'entrainais bien c'était tant mieux, parfois je ne faisais que jaser en patinant sur la musique de Ghostbuster. C'était mon sport. Je n'étais pas vraiment bonne et alors? Ça ne me dérangeait pas. Quand je patinais, je m'amusais. That's it.

Ce temps est révolu.

Aujourd'hui, on veut que notre enfant progresse. On veut que notre 300$, notre 500$ ou notre 1 000$ soit bien investi. On veut voir des résultats. On veut que notre enfant rentabilise les frais qu'on paie. Au y'able le fun. Vive les minis PK, les minis Simon Biles et les minis Joannie Rochette.

Pis je fais mon mea culpa, je suis de ces parents-là. Ma fille fait de la gym. Elle est bonne. Elle fait du compétitif. Mais j'ai réfléchi. Du sport OK. 4, 5, 7 heures OK. Mais plus? Vraiment? Pourquoi? Pour gagner des médailles? Pour avoir une mini chance d'aller aux Olympiques, parce que j'y rêve?

Parce que les enfants ne rêvent pas de victoire. Peu rêvent d'Olympiques. La plupart rêvent juste de réussir un saut, une longueur, un but, devant vous. Ils aiment réussir une petite étape dans leur sport. Ils aiment avoir du temps juste à eux dans leur gym, avec leurs amis. Avant qu'on leur explique qu'ils doivent gagner, ils font de leur mieux, tout simplement, et c'est parfait.

Et si on laissait les enfants gérer seuls leur temps de sport et d'activités?

Et si les résultats ne se voyaient pas juste dans leurs performances sportives? Si le plus lent de l'équipe avait appris le respect des adultes en pratiquant le hockey. Et si la ballerine qui traîne de la patte avait vaincu sa timidité. Et si la gymnaste avait gagné de l'estime de soi. Notre argent aurait été rentabilisé.

Et si on laissait les enfants gérer seuls leur temps de sport et d'activités? Et si on ne s'en mêlait pas? Votre gars ne fait pas la double lettre au hockey et vous trouvez cela injuste? Tant pis. Votre enfant apprend maintenant que la vie n'est pas toujours juste et que ses parents n'ont pas à remettre en question les choix du coach. Vous trouvez que votre enfant n'écoute pas bien son entraineur, et bien ce dernier va s'organiser pour que ça fonctionne, sinon il vous fera signe. Vous trouvez que votre enfant s'amuse trop dans la pratique de son sport au lieu de progresser? Ben c'est le but.

Et les associations sportives qui deviennent de plus en plus des associations lucratives qui veulent garnir leur compte en banque, je suis tannée. Maintenant il faut s'entrainer 4 saisons par année pour suivre le groupe. Ils doivent faire des camps spécialisés pour progresser, sinon ils stagnent. Le hockey une fois par semaine, oubliez ça! Oubliez aussi les activités ordinaires qui ne coûtent presque rien. Le jour de l'inscription, c'est déjà plein.

Alors on se lance dans des activités à 30 minutes de route de chez soi. On fait faire de la route dans le trafic à nos kids pour aller faire du sport. On les pousse dans le derrière pour se lever à 6h00 du mat la fin de semaine pour gagner un tournoi.

On pile sur le temps en famille pour que notre rejeton puisse progresser au karaté ou au hockey. On presse nos enfants comme des citrons le samedi et dimanche matin pour faire des steppettes en souliers de ballet ou un bâton de ringuette dans les mains.

Je vois des mères essoufflées, qui manquent de temps, qui font des pieds et des mains pour que leurs filles performent à la gym. Je vois des familles qui ne passent pas de temps de qualité en famille la fin de semaine à cause du hockey. Le père étant avec un pendant que la mère est avec l'autre.

Et ce n'est pas parce que je me fous de leur sport que je ne passe pas mon temps à les regarder s'exercer. Je leur laisse s'approprier leur sport, s'approprier leur vie.

Je vois des familles qui mettent 10 000$ par année pour le sport «compétitif» de leurs enfants. Des parents qui font du temps supplémentaire pour payer les frais.

Pourquoi? Qu'est ce qu'il va rester à nos enfants dans 20 ans? La majorité ne pratiquera plus leur sport.

J'ai fait du patin 2 heures par semaine et j'ai plein de beaux souvenirs. Avais-je besoin de 15 heures par semaine pour en retirer les bénéfices? Non.

Pour mon 10 heures d'activité physique par semaine, je pédalais dans le quartier, je patinais au parc, je grimpais la côte du parc Renaud. J'avais le temps moi.

J'ai réfléchi pas mal ces derniers temps. Qu'est ce que je veux pour mes enfants?

Parce que le temps passe vite. La vie va vite. Nos enfants grandissent à vue d'œil. Pis moi et mon chum vieillissons aussi vite qu'eux grandissent. Peut-être qu'égoïstement je veux que ma fille passe moins de 15 heures dans un gym pour la voir faire du vélo dans la rue. Je veux la voir grimper au parc. Je veux qu'on soit tous ensemble.

Et ce n'est pas parce que je me fous de leur sport que je ne passe pas mon temps à les regarder s'exercer. Je leur laisse s'approprier leur sport, s'approprier leur vie.

Peut-être suis-je égoïste parce que je décide qu'il n'y aura pas de camp de spécialisation de soccer pour qu'on puisse se payer des vacances tous ensemble.

Mais je ne crois pas que mes enfants me reprocheront d'avoir fait ces choix pour eux, pour notre famille. Sinon, ben j'assume.

Bianca Longpré parle de cette texte à RadioX à l'émission Martineau-Trudeau.

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